L’opposition avait annoncé la couleur à Tarahoi, elle a finalement obtenu gain de cause. Le collectif budgétaire n°3, prétexte à de nouvelles tensions entre Moetai Brotherson et les représentants de l’Assemblée, a finalement été adopté ce mercredi matin. 72 amendements ont été adoptés lors de l’examen du texte, un record dans l’histoire del’institution. Malgré cette profonde réécriture du texte initial, le collectif a été voté à l’unanimité.
Le collectif porte sur 34,555 milliards de Fcfp d’ajustements, dont 15,052 milliards en fonctionnement et 19,503 milliards en investissement. Parmi ces derniers, 9,5 milliards correspondent à des écritures d’ordre.
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En fonctionnement, les nouvelles recettes reposent principalement sur la reprise du résultat de fonctionnement reporté, pour près de 11,962 milliards, ainsi que sur 4,4 milliards provenant de comptes d’affectation spéciale. Le moratoire de six mois sur la fiscalité applicable aux hydrocarbures et aux produits pétroliers, entré en vigueur le 1er juillet, entraîne une diminution de recettes fiscales estimée à 2,146 milliards de Fcfp.
Les crédits supplémentaires doivent notamment permettre de financer les dépenses courantes des services publics et plusieurs mesures d’intervention. Le texte prévoit ainsi 2,5 milliards de Fcfp pour le FPSU, 1,1 milliard pour le FPPH afin de compenser les effets du moratoire, ainsi qu’une subvention d’équilibre de 603 millions à l’Huilerie de Tahiti.
Côté investissement, les crédits concernent notamment le renouvellement des cabines des quatre appareils d’Air Tahiti Nui, la sécurité aéroportuaire, les infrastructures routières et cyclables, l’agriculture, la pêche, les abris de survie, les bâtiments administratifs, les systèmes d’information, le foncier, la zone biomarine de Faratea et les équipements du CHPF.
« La minorité majoritaire » à la manœuvre
« On a montré que la ‘minorité majoritaire’ est capable d’être unie (…). on a tous travaillé ensemble avec nos élus (…). On a eu la chance d’avoir des ministres, bien sûr, qui tenaient à leur budget, mais ils ont été à l’écoute« , souligne Heinui Le Caill, co-rapporteur du collectif budgétaire n°3 et représentant Tavini.
Une attitude qui traduit, selon lui, un changement dans les rapports de force entre l’exécutif et l’Assemblée. « Il est vrai qu’on avait des choix bien définis. On a surtout voulu apporter notre soutien aux associations qui s’occupent du logement très social. On voulait apporter aussi notre touche pour la partie chèreté de la vie, mais on n’avait pas eu de grande manœuvre à faire, enfin de possible. On a fait au mieux, et les ministres ont dû nous suivre » , explique-t-il.
Interrogé sur la question de savoir qui mènera les discussions autour du budget 2027, le représentant Tavini se veut catégorique : « C’est l’Assemblée« , affirme-t-il.

Une analyse partagée par Nicole Sanquer, représentante non-inscrite. « Dès les premiers amendements, quand ils ont vu que la perte de majorité était réelle (…) il y a eu un changement d’attitude des ministres qui ont pris le temps d’expliquer chaque opération, de répondre à nos questions, et ce qui a permis un débat apaisé », observe-t-elle. Ce manque de majorité fait qu’aujourd’hui, nous sommes obligés chacun de trouver des compromis. On a bien entendu l’urgence qu’il y avait de faire passer ce collectif, notamment dans le secteur de la santé, pour les Jeux du Pacifique (…) et le pouvoir d’amender participe à cet apaisement » , estime-t-elle.
« Cela a été un bon exercice pour aborder le budget (…). Nous avons amendé sur des opérations qu’on ne considérait pas urgentes, et qui relevaient du budget de 2027. Il y a eu beaucoup d’opérations qui ont été supprimées, des augmentations d’appels qui ont été supprimées (…). mais ce n’est pas parce qu’on ne reconnaît pas l’intérêt de cette opération. Ce n’est pas dans un collectif qu’on parle de ça » , conclut-elle .
L’adoption du collectif intervient alors que des rumeurs de motion de censure contre le gouvernement ont circulé ces derniers jours. Mais Nicole Sanquer assure que cette perspective n’a pas été au cœur des discussions pendant l’examen budgétaire. « On n’en a pas du tout discuté, parce que nous on avait un objectif, c’était de faire passer ce collectif pour les besoins urgents (…). Ça a prouvé qu’on n’était pas dans la volonté de bloquer ce gouvernement » , assure-t-elle.
Dans la foulée, les représentants ont adopté à l’unanimité le collectif concernant les dix comptes d’affectation spéciale (CAS) de la Polynésie française. Celui-ci intègre notamment la reprise des résultats comptables cumulés de 2025 et prévoit la reprise de 14,094 milliards de Fcfp de réserves disponibles.
Au total, ces ajustements représentent 12,611 milliards de F CFP en fonctionnement et 108,3 millions en investissement.



