Carburants, Jeux du Pacifique, ATN : le collectif 3 augmente le budget de 34 milliards

Publié le

Après deux rejets et le retrait de dernière minute de sa première copie, le gouvernement présente un collectif budgétaire qui augmente le budget de 34,5 milliards de francs, dont 15 milliards en fonctionnement et 19,5 milliards en investissement. Des dépenses nouvelles, des réserves mobilisées et des dossiers sensibles, comme les carburants, les Jeux du Pacifique ou encore Air Tahiti Nui : de quoi nourrir les débats à Tarahoi.

À ceux qui lui reprochaient des retraits de crédits dans sa première version, le Pays revient finalement avec un collectif n°3 remanié à 34,5 milliards, pour un budget général de 337 milliards en 2026.

Mais au-delà du montant global, ce sont surtout les « 17,8 milliards au titre d’opérations nouvelles » qui retiennent l’attention, dont une part importante est consacrée à des investissements. Comme dans la santé, avec 314 millions de francs pour l’installation d’un scanner à l’hôpital de Taravao.

 

– PUBLICITE –

Les Jeux du Pacifique 2027, au cœur du bras de fer politique ces derniers jours, constituent également l’un des principaux postes, avec un total de 1,7 milliard de crédits de paiement.

Idem pour les transports qui concentrent 3,5 milliards de francs d’opérations nouvelles, dont 1,7 milliard pour des véhicules dédiés à la sécurité aéroportuaire et 964 millions pour l’aménagement du parc paysager et du pôle d’échanges multimodal de Mamao.

8,5 milliards de prêt pour ATN

Au rang des opérations nouvelles, il y a surtout Air Tahiti Nui, qui concentre l’enveloppe la plus importante. Soit un prêt sur 10 ou 15 ans estimé à 8,5 milliards de francs pour financer la rénovation des cabines de ses quatre appareils, afin de « renforcer son offre en classe affaires et améliorer ses recettes face à la concurrence ».

De quoi permettre à ATN de « préserver les avions dans le patrimoine de la compagnie », plutôt qu’un « sale and leaseback » (SLB), une opération qui consiste à vendre le bien, puis à le relouer à son acheteur. « Les simulations montrent que le SLB présenterait un coût très élevé sur dix ans, et conduirait surtout ATN à ne plus être propriétaire d’aucun avion », justifie le texte budgétaire.

En 2026, seuls 300 millions de francs seront décaissés, le reste de l’emprunt étant étalé sur 2027 et 2028. Une nouvelle aide qui risque de raviver les critiques autour de la compagnie, déjà vivement débattue à Tarahoi en mars dernier après l’attribution d’une subvention de 2,4 milliards de francs au premier collectif.

Carburant : « 4,5 milliards de manque à gagner fiscal »

Cette nouvelle aide s’ajoute ainsi à une série de dépenses qu’il faut bien financer. Pour y parvenir, le gouvernement puise dans les réserves du Pays. Le premier collectif avait déjà prélevé 13 milliards sur les 25 milliards de résultat excédentaire de 2025. Les 12 milliards restants sont désormais mobilisés à leur tour.

Le gouvernement va également chercher 4,4 milliards dans deux comptes d’affectation spéciale : 2,4 milliards dans le fonds pour l’investissement et la garantie de la dette, et 2 milliards dans le fonds de lutte contre la cherté et de développement de la concurrence. Des crédits disponibles « en raison de la non-mise en œuvre du dispositif Tama’a Maitai et d’une consommation moindre que prévu du dispositif de continuité internationale sur les produits de première nécessité ».

Autre levier mobilisée : celui destiné à amortir les effets de la crise pétrolière. Pour contenir la hausse des prix à la pompe, l’exécutif propose un moratoire de six mois sur la fiscalité des hydrocarbures, du 1er juillet au 31 décembre.

Une mesure qui a un coût pour les finances du Pays : « 4,5 milliards de francs de manque à gagner fiscal », dont 2,3 milliards pour le budget général et 2,2 milliards pour les comptes d’affectation spéciale. Une baisse de recettes qui entraîne à son tour des besoins de compensation : 2,5 milliards pour le FPSU (Fonds de la Protection Sociale Universelle) et 1,1 milliard pour le FPPH (Fonds de péréquation des prix des hydrocarbures), outil de régulation des prix du carburant. Une perte qu’il faudra bien compenser.

199 millions pour les dépenses de personnel

Autre mesure qui ne devrait pas passer inaperçue : le gouvernement continue à créer des postes. Le collectif prévoit notamment 199 millions de crédits supplémentaires pour les dépenses de personnel, dont 75 millions pour la création de 42 emplois permanents.

Si cette dépense reste modeste à l’échelle du budget, elle pourrait néanmoins nourrir les critiques de l’opposition sur la maîtrise des dépenses publiques, affichées comme une priorité du président de la Polynésie française, Moetai Brotherson.

Cette nouvelle version intervient quelques jours seulement après le retrait de la première mouture, transmise le 25 juin. Un retrait de dernière minute qui avait fait grand bruit dans les rangs de l’opposition. Les élus Tapura et Ahip s’étaient particulièrement agacés de voir finalement retiré un texte qu’ils avaient longuement examiné pendant leur vacance parlementaire.

D’autant que le gouvernement demande ici aussi une inscription prioritaire à l’ordre du jour, invoquant « le caractère d’urgence de ce dossier ». Nul doute que ce nouveau texte sera particulièrement scruté par les élus, après les deux précédents rejets. Dans un contexte politique de plus en plus fragmenté, le gouvernement devra une nouvelle fois trouver les voix nécessaires pour faire adopter son budget.

Dernières news

A lire aussi