A ceux qui lui reprochaient des retraits de crédits, le Pays peut désormais opposer un collectif 3 qui augmente le budget de 34,5 milliards de francs de plus, portant le budget total à 337 milliards.
Mais au-delà du montant global, ce sont surtout les « 17,8 milliards au titre d’opérations nouvelles » qui retiennent l’attention, dont une part importante est consacrée à des investissements. Comme dans la santé, avec 314 millions de francs pour l’installation d’un scanner à l’hôpital de Taravao.
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Les Jeux du Pacifique 2027, au cœur du bras de fer politique ces derniers jours, constituent également l’un des principaux postes, avec un total de 1,7 milliard de crédits de paiement.
Idem pour les transports qui concentrent 3,5 milliards de francs d’opérations nouvelles, dont 1,7 milliard pour des véhicules dédiés à la sécurité aéroportuaire et 964 millions pour l’aménagement du parc paysager et du pôle d’échanges multimodal de Mamao.
8,5 milliards de prêt pour ATN
Au rang des opérations nouvelles, il y a surtout Air Tahiti Nui, qui concentre l’enveloppe la plus importante. Soit un prêt sur 10 ou 15 ans estimé à 8,5 milliards de francs pour financer la rénovation des cabines de ses quatre appareils.
De quoi permettre à ATN de « préserver les avions dans le patrimoine de la compagnie », plutôt qu’un « sale and leaseback » (SLB), jugé plus coûteux à long terme. « Les simulations montrent que le SLB présenterait un coût très élevé sur dix ans, et conduirait surtout ATN à ne plus être propriétaire d’aucun avion », justifie le texte.
Bien que seuls 300 millions de francs soient décaissés en 2026 et que « le reste de l’emprunt sera décaissé en plusieurs tranches étalées sur 2027 et 2028 », cette nouvelle aide risque sans aucun doute de raviver les critiques autour de la compagnie, déjà au cœur des débats en mars dernier à Tarahoi avec l’attribution d’une subvention de 2,4 milliards de francs.
Carburant : « 4,5 milliards de manque à gagner fiscal »
Encore faut-il financer ces nouvelles dépenses. Et c’est là que le bât blesse, puisque le gouvernement devra notamment puiser dans les réserves du Pays. Le premier collectif avait déjà prélevé 13 milliards sur les 25 milliards de résultat excédentaire de 2025. Les 12 milliards restants sont désormais mobilisés pour financer en grande partie ce troisième collectif.
Le gouvernement va également chercher 4,4 milliards dans deux comptes d’affectation spéciale : 2,4 milliards dans le fonds pour l’investissement et la garantie de la dette, et 2 milliards dans le fonds de lutte contre la cherté et de développement de la concurrence.
Ces derniers crédits sont notamment disponibles « en raison de la non-mise en œuvre du dispositif Tama’a Maitai » et d’une consommation moindre que prévu de la continuité internationale sur les produits de première nécessité.
Autrement dit, le gouvernement dispose encore de marges de manœuvre, mais il puise désormais dans plusieurs réserves pour financer ses nouvelles dépenses. En témoigne la réponse à la crise pétrolière. Pour contenir la hausse des prix à la pompe, l’exécutif propose un moratoire de six mois sur la fiscalité des hydrocarbures, du 1er juillet au 31 décembre.
Une mesure qui a un coût pour les finances du Pays : 4,5 milliards de francs de recettes fiscales en moins, dont 2,3 milliards pour le budget général et 2,2 milliards pour les comptes d’affectation spéciale. Et cette baisse de recettes entraîne à son tour des besoins de compensation : 2,5 milliards pour le FPSU et 1,1 milliard pour le FPPH.
Le choix du gouvernement est donc clair : renoncer temporairement à des recettes fiscales pour limiter la hausse du prix des carburants, puis compenser une partie des pertes sur les fonds concernés. Un point sur lequel l’opposition devrait se montrer offensive.
199 millions pour les dépenses de personnel
Autre mesure qui ne devrait pas passer inaperçue : le gouvernement continue à créer des postes. Le collectif prévoit notamment 199 millions de crédits supplémentaires pour les dépenses de personnel, dont 75 millions pour la création de 42 emplois permanents.
Si cette dépense reste modeste à l’échelle du budget, elle pourrait néanmoins nourrir les critiques de l’opposition sur la maîtrise des dépenses publiques, affichées comme une priorité du président de la Polynésie française, Moetai Brotherson.
Cette nouvelle version intervient quelques jours seulement après le retrait de la première mouture, transmise en juin. Un retrait de dernière minute qui avait fait grand bruit dans les rangs de l’opposition. Les élus Tapura et Ahip s’étaient particulièrement agacés de voir finalement retiré un texte qu’ils avaient longuement examiné pendant leur vacance parlementaire.
D’autant que le gouvernement demande ici aussi une inscription prioritaire à l’ordre du jour, invoquant « le caractère d’urgence de ce dossier ». Nul doute que ce nouveau texte sera particulièrement scruté par les élus, après les deux précédents rejets. Dans un contexte politique de plus en plus fragmenté, le gouvernement devra une nouvelle fois trouver les voix nécessaires pour faire adopter son budget.



