Nuihau Laurey : « On ne peut pas tenir deux ans encore comme ça »

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Invité du journal de TNTV, Nuihau Laurey a réagi au troisième collectif budgétaire du Pays. L’élu non-inscrit dénonce les choix du gouvernement et estime que la perte de sa majorité rend désormais nécessaire une clarification politique.

Tahiti Nui Télévision : Pour analyser ces choix budgétaires, nous recevons ce soir Nuihau Laurey, représentant à l’Assemblée de la Polynésie française,.Ia ora na Nuihau Laurey. 34,5 milliards de francs, c’est le montant révisé de ce troisième collectif budgétaire. Est-ce que le pays a les moyens de dépenser 2,5 milliards de plus aujourd’hui ?
Nuihau Laurey, élu non-inscrit, vice-président du parti A Here Ia Porinetia : « Ça fait partie des questions qu’on va poser lors de la séance de présentation du collectif. Moi, ce que je trouve remarquable, c’est que chaque année, il y a un peu moins d’une dizaine de collectifs budgétaires et généralement, ils ne posent pas de problème. Aujourd’hui, on a un problème qui dépasse ce simple cadre tout simplement parce que le gouvernement n’a plus de majorité. Et c’est ce qui fait que des textes comme un collectif budgétaire posent des difficultés. Sur le fond, dans chaque collectif budgétaire, il y a des opérations qui sont nécessaires. On parlait un peu des Jeux du Pacifique, de la rénovation des cabines d’Air Tahiti Nui qui est effectivement une nécessité.
Mais au-delà, le collectif budgétaire, c’est vraiment l’articulation financière des choix politiques du gouvernement. Nous, on est en opposition avec le gouvernement depuis trois ans maintenant. On a essayé d’être constructif à l’Assemblée en déposant des amendements sur tous les textes, pas uniquement les textes budgétaires, et essayer de faire changer d’orientation le gouvernement. On voit que ça ne marche pas. Le président, ayant perdu sa majorité, nous a sollicité nous toute l’opposition pour venir apporter des idées. Mais on est en désaccord sur le fond. Donc je ne vois pas comment on pourrait soutenir l’ensemble des propositions du gouvernement, -même si on est d’accord avec certaines- dans ces conditions. Et puis cette situation de blocage, à mon avis, elle ne va pas se solutionner simplement parce que cette majorité, elle n’existe toujours pas. Et on l’a vu récemment, le gouvernement nous propose maintenant une boîte à idées où la population est appelée à exprimer ses idées sur la manière… »

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TNTV : Elle arrive un peu tard cette boîte à idées ?
Nuihau Laurey : « Oui, et en plus, normalement, au-delà de la majorité, le gouvernement a une feuille de route qui est son programme sur lequel elle a été élue. Et là, on a l’impression qu’il n’y a plus de feuille de route, qu’il n’y a plus de programme. Comme disait ma collègue Tepuaraurii, on ne sait pas trop où on va. Et c’est pour ça que nous, nous avons proposé déjà, dès que cette crise a commencé à se manifester, de clarifier les choses en abrégeant ce mandat et en appelant les Polynésiens à se prononcer à nouveau pour fixer une vraie majorité pour les cinq prochaines années, quelles qu’elles soient d’ailleurs, y compris si certains souhaitent soutenir le gouvernement actuel. Pour nous, il faut vraiment clarifier sur le plan démocratique cette situation. »

 

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Sur la vie chère, ce texte retire 500 millions aux aides à l’emploi tout en rajoutant 300 millions pour les Jeux du Pacifique. Le Tapura, vous l’avez dit, dénonce un abandon de la lutte contre la vie chère. Vous les rejoignez sur ce constat ?
« Oui, pas uniquement sur ce constat. Il y a effectivement des choix qui, selon nous, ne sont pas les bons. Le président, quand on évoque ces sujets, nous traite d’ultralibéraux. On n’a pas le sentiment d’être des ultralibéraux. On pense seulement que pour que notre pays se développe, il faut que son économie se développe. Et donc, dans la situation que l’on connaît depuis quelques années, déjà depuis la fin du Covid, tout le monde a pu constater que les prix avaient augmenté de manière faramineuse et que chaque Polynésien était affecté sur son pouvoir d’achat.
Et nous, nous avons proposé depuis déjà plus de trois ans de réduire les dépenses publiques inutiles et de réduire la fiscalité, la pression fiscale, y compris sur les importations, pour redonner du pouvoir d’achat aux Polynésiens. Et là, ça nécessite des efforts de la part du gouvernement. Ça nécessite de mettre en place une vraie politique dans tous les domaines. On le voit dans ce collectif budgétaire sur les carburants. Le gouvernement est en train de vider les réserves pour réabonder le FRPH, alors que le gouvernement et le président lui-même avaient exprimé à de nombreuses reprises son opposition à ce fonds de régulation des hydrocarbures (FRPH) en disant qu’il fallait le réformer, un peu comme il souhaitait réformer Air Tahiti Nui, réinventer cette compagnie aérienne. On voit finalement que toutes les propositions qui ont été faites pendant la campagne électorale ont du mal à se matérialiser aujourd’hui. Et c’est le sens de notre opposition. »

C’est ça que vous attendez, des réformes de fonds.
« Des réformes de fonds, on a eu la réforme du RNS, du régime des non-salariés. On a vu à quel point la société civile, les partenaires sociaux étaient opposés à cette réforme. Le président s’est arc-bouté sur sa réforme au point d’aller jusqu’à une épreuve de force politique qui a conduit à la suppression de ce texte. Nous, nous souhaitons que les partenaires sociaux soient complètement maîtres aussi du devenir de la protection sociale. Et donc on a une manière de voir les choses qui est totalement opposée. C’est ce qui fait que la question, pour moi, ça n’est pas tel ou tel poste du collectif budgétaire. C’est vraiment un problème de fonds avec un gouvernement qui n’a plus de majorité. Et ça, c’est implacable. Et qui n’a aussi plus de programme électoral à proposer pour les deux ans qui restent jusqu’à la fin de cette mandature. Et moi, je pense qu’on ne peut pas tenir deux ans encore comme ça. »

Sur ATN, c’est une mesure phare du texte. Un prêt de 8,5 milliards pour rénover ses cabines. Ça vous paraît beaucoup ?
« Alors la rénovation des cabines, je partage l’avis de Warren Dexter, elle était nécessaire. Maintenant, sur le fait de ne pas changer de flotte aujourd’hui, je pense aussi que c’est une bonne décision. Après, derrière ces propositions, il faut aussi que le gouvernement définisse une bonne fois pour toutes sa feuille de route sur le transport aérien. Pas uniquement sur Air Tahiti Nui. Le président avait annoncé l’entrée d’un nouveau partenaire au sein du conseil d’administration d’Air Tahiti Nui. Ça ne s’est pas fait.
Concernant Air Moana et Air Tahiti, on sait aussi que pour Air Tahiti, la DSP a mis beaucoup de temps à voir le jour. Ce qui a posé problème à de nombreux acteurs touristiques des îles. Et sur Air Moana, on voit maintenant que le gouvernement, qui a été invalidé dans ses choix de subvention par les tribunaux, souhaite utiliser le port autonome par la défiscalisation pour financer l’achat d’avions. C’est pas au port autonome de permettre à une compagnie aérienne, quelle qu’elle soit d’ailleurs, de financer ses appareils. Donc on est en opposition sur ces choix aussi. Et on voit bien, au-delà du cas particulier d’Air Tahiti Nui, d’Air Tahiti ou d’Air Moana, qu’il nous manque une vraie feuille de route sur le transport aérien. Et cette situation-là, on l’a quasiment dans tous les domaines. C’est pour ça qu’on a une opposition qui n’est pas une opposition dogmatique au gouvernement. Mais on voit qu’il n’y a aucun projet qui ne voit le jour. »

Dernière question. Le gouvernement avait déjà usé de l’article 156-1, le fameux 49.3 local. Pour le précédent collectif, vous vous préparez à un nouveau passage en force pour ce collectif-là ?
« Personne ne le sait vraiment parce qu’encore une fois, quand un gouvernement n’a plus de majorité, on navigue à vue. Et donc sur ce texte, nous, on va poser des questions. On n’est pas dans une démarche de blocage du budget. Maintenant, je ne sais pas comment vont se positionner les autres groupes, le Tavini et le Tapura. Mais encore une fois, si on a déjà des problèmes avec ce collectif budgétaire, on va entrer dans quelques semaines dans la session budgétaire à l’Assemblée avec le vote du budget pour l’année 2027. Qu’est-ce que ça va être ? Donc c’est pour ça que nous disons qu’il faut vraiment maintenant clarifier sur un plan politique cette situation. »

Merci Nuihau Laurey d’avoir été avec nous en plateau ce soir.
Merci.

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