« L’expression de nouveaux besoins », voilà comment le ministre des Finances, Warren Dexter, justifie les corrections apportées en urgence au collectif 3. Comme l’avarie sur le câble Manatua, une demande de l’OPT, ou encore d’ATN. « Au début, on voulait pas trop se presser, parce qu’on justement s’attendait à beaucoup de concertations avec les groupes politiques de l’Assemblée ». Des concertations finalement boudées par les élus, à quelques exceptions près. « Il faut dire aussi qu’il y a certaines urgences qui se sont présentées, comme le câble Manatua qui a rompu, parce que c’est notre câble de secours pour internet ».
Mais le retrait de dernière minute d’une première version et l’annulation de la commission de mardi ont également suscité des critiques de l’opposition. Le ministre reconnaît « une incompréhension » autour du retrait de la première mouture, qui avait été retiré de la séance plénière de fin juin, début juillet, mais qui était toujours au menu des travaux de l’assemblée. « Quand on a appris que le Tavini continuait à travailler sur la mouture, on a demandé à retirer l’ancienne mouture pour pouvoir présenter la nouvelle » explique le ministre.
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La rénovation des cabines d’ATN, « une urgence absolue »
Au rang des principales modifications : le prêt de 8,5 milliards de Fcfp à ATN. Une somme qui doit financer la rénovation de ses cabines mise en service en 2018. Mais aussi un meilleur accès au Wifi via la technologie Starlink. « Une urgence absolue » pour le nouveau président-directeur général de la compagnie, Lionel Guérin, afin de répondre à la demande pressante des clients et reconquérir des parts de marché face à la concurrence. « Il y a un constat que personne ne peut contester. C’est qu’il y a un besoin de rénovation des cabines. Si vous avez voyagez souvent, vous avez dû voir que ce n’est pas terrible » reconnaît le ministre. La compagnie avait d’abord envisagé de vendre ses quatre appareils pour passer à Airbus. Une option bien trop coûteuse pour le Pays.
Quant à l’option du « lease and back », qui consiste à vendre les appareils pour ensuite les louer, elle a rapidement été écartée par le Pays. « Ce scénario là, on ne l’a pas accepté parce que ça équivaut à vendre les bijoux de famille. Ça aurait été pire, je pense, dans les polémiques qu’il y aurait eu dans l’opinion publique. » Et ATN n’ayant pas les moyens d’emprunter aux banques pour le rétrofit de ses appareils, le Pays veut bien monter au créneau pour lui prêter les fonds.
« Le président utilise beaucoup les Jeux du Pacifique comme excuse pour nous forcer à voter ce collectif. »
Tepuaraurii Teriitahi, élue du groupe Tapura
Pas de quoi rassurer l’opposition pour autant. Au Tapura, on dénonce un budget qui ne répond toujours pas aux attentes principales de la population, notamment sur la vie chère et le pouvoir d’achat. « On n’a pas l’impression de voir une stratégie, une vision » résume Tepuaraurii Teriitahi, élue du groupe Tapura. « Et surtout, ce qu’on ne voit pas dans ce collectif, c’est ce que les Polynésiens attendent : la vie chère, le pouvoir d’achat. Lorsqu’on regarde même pire que ça, on se rend compte qu’on enlève 500 millions dans les mesures d’aide à l’emploi. On enlève une grosse enveloppe également dans l’aide au paiement des loyers. »

Critique sévère également sur les 650 millions alloués aux pistes cyclables de Uturoa, une aide jugée excessive et non prioritaire, ainsi que sur la hausse de l’enveloppe dédiée aux Jeux du Pacifique, passée de 1,4 à 1,7 milliard de Fcfp. « Aujourd’hui, on est obligé de venir rajouter de l’argent pour compenser ce coût si on veut être prêt pour les Jeux du Pacifique. Maintenant, le président utilise beaucoup les Jeux du Pacifique comme excuse pour nous forcer à voter ce collectif. On verra, en fonction des débats qu’on aura, quel sera notre vote » met en garde l’élu.
Un vote crucial pour ce collectif, censé financer plusieurs opérations urgentes, du câble Manatua aux Jeux du Pacifique. « On ne peut pas reculer. Il faut que ce col 3 soit adopté le plus vite possible » résume le ministre de l’Economie.
Après les deux derniers rejets du collectif 2, difficile de savoir si le numéro 3 aura plus de chance de recueillir une majorité à l’Assemblée, ou si le président du gouvernement devra encore activer l’article 156-1 de la loi organique. Le ministre de l’Économie a rencontré ce dimanche plusieurs élus du Tavini. De quoi prendre le pouls avant les débats en commission, mercredi.



