TNTV : Pour commencer, fallait-il s’attendre à cette démission de Steve Chailloux de A Fano Ti’a ?
Edouard Fritch : « Oui. Ce que nous explique aujourd’hui mon collègue à l’Assemblée, c’est qu’ils sont dans une espèce de trahison ratée. On a trahi le Tavini Huiraatira en pensant qu’en allant à A Fano Ti’a, nous allions continuer l’œuvre et l’ouvrage d’Oscar Temaru. Mais on vient de se rendre compte que non, ça ne marche pas, c’est pas du tout ce qui va se passer. Il faut s’y attendre, bien sûr qu’il faut s’y attendre. Et dans les statuts de A Fano Ti’a, de ce parti, il n’est nullement mentionné, où que ce soit, le problème de la consultation populaire, de l’indépendance. Il n’y a pas le sujet de l’indépendance. Donc voilà, il fallait s’y attendre et je pense qu’il y aura vraisemblablement d’autres défections à venir ».
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TNTV : Steve Chailloux qualifie A Fano Ti’a de parti autonomiste. Est-ce que vous êtes d’accord avec lui ?
Edouard Fritch : « Je crois que Moetai Brotherson, effectivement, est en train de tromper son monde. C’est lui la cheville ouvrière dans cette affaire. Et effectivement, j’ai l’impression que ne voyant pas son rêve déboucher au Tavini Huiraatira et prendre forme, il est en train de se transformer en bon autonomiste, ce qu’il a démontré d’ailleurs avec ses relations qu’il a nouées avec l’État. Et le reniement, bien sûr, des fondamentaux du Tavini Huiraatira. Et aujourd’hui, oui, on a vraiment l’impression que Moetai Brotherson veut passer pour un autonomiste.
Et son parti est créé pour être un parti autonomiste ».
TNTV : La démission de Steve Chailloux intervient seulement quelques jours après l’annonce d’Oscar Temaru de son projet de déclaration unilatérale de pleine souveraineté qu’il compte porter à l’ONU en octobre. Selon Moetai Brotherson, ce texte n’a aucune portée juridique. Pour vous au contraire, c’est inquiétant. Pourquoi ?
Edouard Fritch : « Je pense d’abord qu’effectivement, Oscar Temaru est dans une grande souffrance. Moetai Brotherson, par sa déclaration, renie en même temps le fait que c’est le Tavini Huiraatira qui les a placés là où ils sont aujourd’hui. C’est le Tavini Huiraatira qui les a portés. Ce sont des enfants du Tavini Huiraatira. En d’autres termes, ils avaient accepté le principe de l’accession à l’indépendance de la Polynésie française. Aujourd’hui, dire qu’ils ne comprennent plus ce que veut faire Oscar Temaru, oui, c’est un reniement. Puisque de toute façon, on le sait depuis un certain temps, ils voulaient accélérer la procédure. Ils comptaient en tous les cas sur l’arrivée du Tavini Huiraatira au pouvoir en 2023 pour préparer dans de bonnes conditions son indépendance. Et force est de constater qu’Oscar Temaru vient de se rendre compte que ça ne se passera pas. Puisqu’il a en face de lui un genre qui est autonomiste ».
TNTV : Le Tapura compte-t-il intervenir sur ce sujet ?
Edouard Fritch : « Non, non, c’est leur problème. Nous, nous allons continuer à crier fort et haut qu’en Polynésie française, la grande majorité de cette population est autonomiste. La grande majorité de cette population veut rester au sein de la République. Donc, on va aller se battre. En tant que sénateur, demain, si je suis élu, je vais démontrer à Paris que la Polynésie française n’est pas du tout ce que l’on raconte.
Ce n’est pas du tout ce que dit Moetai Brotherson et encore moins monsieur Oscar Temaru ».
TNTV : Irez-vous à l’ONU ?
Edouard Fritch : « Bien sûr, il faut suivre son adversaire à la trace, si vous voulez. Nous irons à l’ONU. Nous constituons notre petite délégation. On ne sera pas nombreux parce que ça coûte de l’argent d’y aller. Mais nous serons 4 ou 5 à aller dire haut et fort que la décision qui est proposée par Oscar Temaru est une décision individuelle, personnelle, mais qui n’a rien à voir avec la population de Polynésie française ».
TNTV : L’absence du président a été largement critiquée, notamment par vous. Les représentants ont fini par étudier le collectif numéro 3. Pourquoi l’attente n’était plus possible ?
Edouard Fritch : « D’abord, j’ai envie de vous dire que nous avons accepté la fuite du président. Il a décidé de fuir vers Palau. Et nous nous sommes mis au travail en se disant que de toute façon, avec lui ou sans lui, nous ferons passer les priorités qui sont pour nous la traduction directe de ce que nous entendons sur le terrain. Lorsqu’on parle d’appui des associations, lorsqu’on parle de création d’emplois qui ne sont pas justifiés, ce n’est pas nous qui l’inventons. Donc aujourd’hui, avec l’opposition entière devenue majoritaire, c’est-à-dire le Tapura, le Tavini Huiraatira et nos amis du centre, nous arrivons à travailler ensemble. Nous ne parlons pas de politique, bien sûr, parce qu’on risque de se fâcher. Mais pour reprendre derrière ce que le gouvernement n’a pas su faire, nous sommes en train effectivement de leur proposer des solutions. Alors, ce n’est pas facile parce que ce sont des chiffres. Et nous sommes en train de manipuler de l’argent. Donc, il faut que ce que nous dépensons trouve en face les recettes qui nous permettent de le faire. Mais ce n’est pas grave. On passera la nuit, on passera la journée de demain. Mais ce qui est intéressant, ce sont les propositions que nous faisons. Et ces propositions, effectivement, sont différentes de celles du gouvernement. Tout en approuvant, ici, je le dis haut et fort, nous n’allons pas supprimer ce que le gouvernement propose. Il y a certaines choses qui seront révisées. Par exemple, plus de 3 milliards pour construire des pistes cyclables. Croyez-vous que c’est l’urgence ? Non. L’urgence, c’est d’essayer de trouver des moyens, et ça, c’est leur problème à eux, pour que le coût de la vie soit moins élevé. Nous, on s’occupe du reste ».
TNTV : Autre gros dossier de ce collectif numéro 3, c’est ATN. Le prêt ATN a été amputé de 4 milliards avec des amendements. Est-ce que 4,5 milliards de francs vont suffire pour la rénovation des cabines des avions ?
Edouard Fritch : « Je ne sais pas si ce sera suffisant parce que nous avions, nous, d’autres chiffres. Je vous rappelle qu’avant 2023, avant que nous quittions le gouvernement, le rétrofit coûtait pratiquement 1,2 milliard, 1,3 milliard par appareil. Aujourd’hui, il est à 2 milliards. Donc, à l’époque, il coûtait moins cher. Ce que nous disons, c’est que le Pays n’est pas une banque. L’argent du Pays vient de votre poche, vient de la poche de nos contribuables. C’est de l’argent, c’est une contribution de la population. Donc, il faut que l’on manipule cet argent avec beaucoup de prudence ».
TNTV : C’est de l’argent, mais c’est un prêt.
Edouard Fritch : « Oui, bien sûr que c’est un prêt. Mais vous vous rendez compte qu’on va prêter 8 milliards, ça veut dire que nous avons plus de 8 milliards en caisse. Ça veut dire qu’on a perçu trop d’impôts. Nous sommes un pays aujourd’hui extrêmement riche. Ce que nous disons, c’est que nous ne sommes pas une banque. Mais par contre, il faut soutenir Air Tahiti Nui. Les 300 millions demandés là, dans le budget, nous voterons pour. Mais nous disons, coupons en deux la poire, 4 milliards seraient effectivement prêtés par le Pays, et les 4,5 autres, il faudra que la compagnie aille voir les banques. Je suis heureux de voir que le ministre des Finances, ce soir, nous rejoint sur le principe ».
TNTV : Au départ, il était question d’une centaine d’amendements. Finalement, il y en a eu une cinquantaine. Est-ce qu’il a fallu faire un choix et comment vous avez priorisé les choses ?
Edouard Fritch : « Il a fallu faire un choix parce que la priorisation dépend essentiellement de l’argent disponible. Donc, on ne peut pas non plus imaginer des dépenses comme on le souhaite parce qu’on ferait beaucoup plus, effectivement, que ce que nous proposerons.
Donc, aujourd’hui, nous avons proposé des amendements qui permettent de maintenir l’équilibre du budget actuel. Parce que vous savez, il y a un sujet qui me préoccupe énormément, c’est la météo pour le mois de décembre à venir. Il est annoncé un phénomène El Nino extraordinairement puissant. Nous ne disposons que de 400 millions dans le budget du Pays pour faire face aux dégâts si ce cyclone débarquait chez nous. Mais un cyclone puissant en Polynésie française, ce n’est pas 400 millions, c’est 4 milliards qu’il faudrait mettre de côté. Et c’est la raison pour laquelle nous disons : ‘prudence sur les dépenses parce qu’on aura besoin de toute façon de cet argent pour d’autres dépenses imprévues d’ici la fin de l’année’ ».



