Moetai Brotherson : « Nous aurons suffisamment de câbles pour ne plus avoir aucune coupure d’Internet »

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Le président de la Polynésie française était l’invité du journal de TNTV. Moetai Brotherson a détaillé les perspectives offertes par l’arrivée de nouveaux câbles sous-marins, dont Honomoana, avant d’évoquer les retombées économiques du projet, la cybersécurité, le collectif budgétaire et la situation politique du Pays.

Tahiti Nui Télévision : Nous recevons ce soir le Président du pays. Moetai Brotherson, ‘ia ora na, merci d’être avec nous. Alors Monsieur le Président, avec une capacité présentée comme hors normes, qu’est-ce qui rend Honomoana aussi différent pour nous en Polynésie ?
Moetai Brotherson, président de la Polynésie française  : « Ce n’est pas que Honomoana, c’est un ensemble de cinq câbles internationaux qui vont venir finalement ranger au rang des mauvais souvenirs, ceux ce qu’on a connu récemment avec les problèmes de Honotua et la défaillance de Manatua, puisque nous aurons suffisamment de câbles pour être totalement résilients et ne plus avoir aucune coupure d’Internet. Ça, c’est le premier élément. Le deuxième élément, effectivement, c’est cette bande passante qui sera sans commune mesure avec celle qu’on a aujourd’hui. J’entendais un de vos intervenants (voir le sujet ici, Ndlr) dire qu’on ne sait pas trop qui va être priorisé. Eh bien, il n’y a pas réellement besoin de prioriser, c’est tout le monde, c’est à la fois les citoyens et les entreprises qui vont pouvoir bénéficier de cette bande passante accrue. En revanche, nous avons déjà étudié avec Google la possibilité d’offrir une bande passante spécifique gratuitement pour notamment certains établissements de santé et pour les établissements du type de l’université. »

> Lire ici : Honomoana, le câble sous-marin qui veut changer la donne numérique au fenua

Est-ce qu’on sait déjà quelle part de cette bande passante sera réellement réservée à la Polynésie ?
« Alors ça, c’est un choix qui nous appartient. On peut réserver de la bande passante pour le trafic en lui-même. On peut aussi réserver de la bande passante justement pour la sauvegarde et le back-up en cas de déffaillance de certains câbles, notamment Manatua et Honotua. Ça, c’est encore en cours de définition avec l’Office des postes et télécommunications. »

 

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Qu’est-ce que la Polynésie gagne en termes de retombées économiques ou même d’emplois, par exemple ?
« Alors, il y a déjà des emplois qui ont été créés autour de finalement l’installation de ces câbles. Ces câbles, ils ont besoin d’énergie, ils ont besoin d’un foncier, ils ont besoin de bâtiments pour les centres de contrôle. Tout cela, ce sont des prestataires locaux qui ont été embauchés par Google et ça représente un demi-milliard d’investissements de la part de Google sur ces prestataires. Ensuite, il y aura des embauches de long terme et puis, c’est surtout l’activité économique induite qui nous intéresse. Ce sont ces nouveaux métiers de l’économie numérique qui vont enfin pouvoir émerger de manière pérenne. »

Est-ce qu’il y a déjà des accords ou des discussions commerciales entre Onati et Google ? Quel avantage peuvent avoir les consommateurs ?
« Bien sûr, en tout cas ce qui est sûr, c’est qu’il n’y aura pas d’augmentation des tarifs, c’est plutôt l’inverse qui risque de se produire. Et ces discussions-là, ce sont des discussions, je dirais, de droit privé, il ne m’appartient pas d’en dévoiler les tenants et les aboutissants. »

Cette nouvelle capacité doit donc permettre aux entreprises polynésiennes de se développer dans l’intelligence artificielle, mais qui dit plus de connexion dit aussi plus de vulnérabilité aux cyberattaques. Comment accompagner les entreprises sur ça ?
« Il y a une initiative du Clusir pour la mise en place de ce qu’on appelle un centre de sécurité en coopération avec l’État. Je rappelle que la sécurité, c’est une compétence d’État, y compris la cybersécurité. Nous, nous accompagnons tous ces mouvements au travers de la direction des systèmes d’information du pays. La cybersécurité, c’est un domaine très complexe, ce n’est pas parce qu’on est plus connecté qu’on est plus vulnérable. L’IA n’a pas forcément besoin de Honomoana ou de ces nouveaux câbles pour venir interférer sur nos systèmes d’information. Ce qui m’intéresse davantage, moi – alors évidemment la cybersécurité, c’est important- mais c’est qu’on arrive à développer ce qu’on appelle un cloud souverain et qu’on arrive à développer des IA souveraines. »

Justement un responsable numérique de l’UPF dit qu’en dépendant de ses serveurs américains pour l’IA ou pour le cloud, on leur vend notre âme. Est-ce que vous partagez le même avis ?
« Je n’irai pas jusque-là, mais c’est effectivement tout l’enjeu des clouds souverains et des IA souveraines. Il ne faut pas se faire d’illusions, les IA qui existent aujourd’hui : quand vous utilisez ChatGPT, Claude ou d’autres… si vous êtes un chef d’entreprise, je vous déconseille tout de même de demander à ces IA de définir votre prochain business plan parce que là, vous êtes en train de partager des données vitales de votre entreprise avec le monde entier. »

Google fait partie des GAFA américains, vous n’avez pas peur que les relations se tendent, par exemple ?
« Il n’est d’abord pas question que les relations se tendent entre Google et la Polynésie, en tout cas pas sous ma gouvernance. Nous avons de très bonnes relations depuis le début de cette mandature avec Google. Nous avons posé nos exigences de manière très claire et il n’y a aucun souci. »

> Lire ici : « Je ne regrette pas du tout » : Moetai Brotherson défend les « décisions importantes » prises à Palau

Autre sujet, Monsieur le Président, vous rentrez de Palau après une semaine de Forum des îles du Pacifique, qu’est-ce que la Polynésie en retire ?
« Beaucoup de choses. D’abord sur nos aires marines protégées, nous avons maintenant la perspective d’un financement pérenne. Vous savez que ces aires marines protégées, pour pouvoir les contrôler, les gérer, il faut des moyens, des moyens humains, des moyens matériels, peut-être de l’imagerie satellite, que sais-je. Ces moyens, c’est beaucoup d’argent. Alors, on peut avoir le réflexe qui a été longtemps le réflexe courant en Polynésie de se tourner vers l’État. Mais je crois que la situation financière de l’État n’est pas si bonne que ça, et que, pour l’instant, il va se cantonner à assumer ses compétences régaliennes qui sont la surveillance de la ZEE et la surveillance des pêches. Déjà dans ces deux domaines, il faut que l’État élève son niveau d’engagement. Maintenant, sur les compétences du pays, il nous faut trouver des moyens.
Alors, soit on va simplement tirer sur le budget, mais ça a ses limites, soit on trouve de nouvelles sources de financement. C’est ce que nous ont proposé ces ONG qui étaient présentes au Forum des îles du Pacifique. »

Pendant que vous étiez à Palau, l’Assemblée examinait le collectif budgétaire n° 3, ici dans un climat assez tendu, même Tematai Le Gayic, votre propre président de groupe, a jugé que vous auriez dû faire l’effort d’être présent. Qu’est-ce que vous lui répondez aujourd’hui ?
« Je lui réponds que le Forum des îles du Pacifique, ce n’est pas un rendez-vous qu’on prend à la légère. Cela fait un an que les dates étaient connues. Si l’opposition n’avait pas traîné des pieds sur le collectif n° 2 par deux fois, il n’y aurait pas eu de chevauchement de dates. »

Et entre la déconcentration rabotée, les grands travaux qui ont été amputés de plusieurs milliards et les compromis sur Air Tahiti Nui, est-ce que vous pensez que ça aurait changé si vous aviez été présent ?
« Pas forcément. C’est une pièce à deux faces. Il y a peut-être des éléments que j’aurais pu apporter, des éléments d’éclairage, mais il y a aussi peut-être, comme je l’ai dit à d’autres médias, une allergie à ma personne, qui aurait peut-être aggravé la situation. Certains se sont réjouis de mon absence après avoir regretté que je ne sois pas là. »

Est-ce que vous comptez changer, par exemple, votre manière de faire ?
« Je n’ai qu’une seule manière de procéder, c’est la méthode et c’est la logique. Je suis dans le logos, certains sont dans l’éthos et le pathos, chacun son truc. »

Durant votre absence, vous avez donc perdu aussi un fondateur de votre parti, Steve Chailloux, qui reproche à A Fano Ti’a de ne pas assez défendre la souveraineté. Vous n’avez plus que 14 représentants sur 57. Est-ce que vous comptez toujours tenir 18 mois sans majorité ?
« D’abord, je vais vous corriger, nous sommes toujours à 15, puisque c’est vrai que M. Chailloux est parti, c’est son choix, c’est sa liberté, mais quelqu’un nous a rejoints depuis le Tavini, donc nous sommes toujours à 15. »

Édouard Fritch, qui était aussi sur ce plateau la semaine dernière, va plus loin, il a dit que vous êtes en train de tromper votre monde et que vous vous transformez en un bon autonomiste. Qu’est-ce que vous lui répondez ?
« Je pense que je suis un bon indépendantiste et c’est un indépendantiste qui réfléchit et qui prépare l’indépendance. »

Concernant les sénatoriales, Naumi Mihuraa sera-t-elle la seule candidate de votre parti aux sénatoriales ?
« On le verra le 11, mais en tout cas, c’est une excellente candidate. »

Merci beaucoup, Monsieur le Président, d’avoir accepté notre invitation.

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