Modernisation du Port autonome de Papeete : le « pragmatisme » plutôt que les projets « pharaoniques »

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Du creusement stratégique de la passe de Papeete à la gratuité des cantines scolaires, en passant par le désenclavement aérien des archipels, le gouvernement Brotherson est revenu sur ses arbitrages, lors de la séquence des questions orales de ce jeudi, à Tarahoi.

Si la plus attendue des questions orales au gouvernement ce jeudi, en ouverture de la deuxième séance de la session administrative, portait sur l’abrogation annoncée de la réforme RNS, Moetai Brotherson et son gouvernement ont également apporté des éléments du réponses aux représentants de Tarahoi.

Jordy Chan, ministre des Grands travaux, a notamment été interpellé sur l’avenir du Port autonome de Papeete, et sur l’impact lié au creusement de la passe de Papeete.

Port autonome de Papeete : pas de projets « pharaoniques »

Concernant le Port, deux visions s’opposent : celle d’une extension géographique vers de nouveaux sites et celle d’une sécurisation environnementale des accès maritimes actuels. Face aux interrogations de Teave Boudouani-Chaumette sur d’éventuelles alternatives à l’exiguïté de Papeete Jordy Chan invoque le cadre du schéma directeur 2022-2032 du port autonome de Papeete. « Ces différentes options ne sont ni nouvelles ni ignorées (…). Le port de Papeete dispose de marges d’évolution suffisantes pour accueillir le trafic international de marchandises projetés sur au moins les 30 prochaines années » , assure le ministre.

L’idée d’extension du Port à l’Est vers la passe de Taunoa impliquerait « la construction d’une digue d’un kilomètre sur le platier récifal, le draguage de 5 millions de mètres cubes de matériaux pour la création du chenal d’accès, et la réalisation de plus d’un million de mètres cubes de remblai » . Soit des travaux aux impacts environnementaux « significatifs » , dit le ministre. « Ils ne devraient donc être envisagés qu’en cas de nécessité » , ajoute-t-il.

Enfin, au projet aux allures de « gouffre financier » du port de Faratea, ou à la baie de Phaeton « trop étroite » pour les porte-conteneurs modernes, Jordy Chan privilégie la reconstruction du quai au long cours, l’approfondissement de sa souille et de la passe de Papeete, ainsi que l’extension du terminal de commerce international. Un programme d’aménagements chiffré à 10 milliards de Fcfp, rappelle le ministre.

Passe de Papeete : un creusement « pragmatique »

Second dossier porté par le ministre, le creusement de la passe de Papeete, et l’inquiétude des associations de protection de l’environnement. Le projet vise à augmenter le tirant d’eau admissible, sur une zone de déroctage, de 10,5 mètres à des profondeurs plus conformes aux nouveaux standards de la flotte internationale, et ainsi éviter que les gros porteurs ne contournent Tahiti pour transborder en Nouvelle-Zélande. Une situation qui augmenterait les délais et les coûts d’approvisionnement.

Une approche « pragmatique », défend Jordy Chan, assurant que les conséquences du chantier seront « maîtrisables » . Le déroctage, assure-t-il, sera adapté via un ponton équipé d’une grue intégrée, suivant un calendrier évitant les périodes sensibles de reproduction, ponte ou migration des espèces, notamment des raies et requin. Pour rappel, le Pays a débloqué une enveloppe de 100 millions de Fcfp pour le suivi environnemental (capteurs de turbidité, observateurs de faune) et 60 millions de Fcfp pour des mesures compensatoires. « On ne peut compenser que ce qu’on n’a pas pu éviter », a-t-il martelé, rappelant que l’arrêt du chantier est prévu en cas de présence d’espèces sensibles comme les requins ou les raies.

Transport aérien :

Autre sujet abordé par Bruno Flores, le désenclavement des archipels, notamment des Australes. Le représentant s’est fait le porte-voix d’un sentiment d’iniquité croissante dans les Tuhaa Pae, clamant que pour un habitant de Raivavae (sous régime de Délégation de Service Public), l’aller-retour vers Tahiti coûte 57 000 Fcfp, contre seulement 30 000 Fcfp pour Tubuai (en libre concurrence). La franchise bagage, elle, tombe à 10 kg en DSP contre 15 kg ailleurs, lance l’élu.

Le système de transport aérien interinsulaire repose sur une distinction stricte entre les douze îles rentables, exploitées en libre concurrence, et les 34 destinations placées sous le régime de la Délégation de Service Public (DSP), introduit Moetai Brotherson, qui défend une approche de transition et rappelle que le maintien de ces lignes déficitaires repose sur un équilibre financier fragile que le Pays doit compenser.

Interpellé sur l’échéance de ce système, le président du Pays rappelle que la DSP actuelle a été prorogée jusqu’au 31 août 2026. Un délai qu’il justifie par la nécessité d’élaborer un nouveau Schéma directeur du transport aérien domestique. Pour le chef de l’exécutif, l’enjeu ne se limite pas à une simple baisse des prix, mais à une révision globale de la desserte pour éviter que l’isolement géographique ne devienne un frein insurmontable au développement économique des archipels.

« Le renouvellement de la DSP s’appuiera sur les conclusions de ce schéma directeur afin d’assurer une organisation de la desserte aérienne cohérente, équilibrée et adaptée aux réalités des territoires et aux besoins de la population dans le respect des impératifs économiques et juridiques » , poursuit Moetai Brotherson.

Cantines scolaires : Tetuanui dénonce la « magie de la comm’ »

Enfin, sur la gratuité des cantines pour les collégiens et lycéens, Lana Tetuanui n’a pas mâché ses mots. Pour la sénatrice, le gouvernement fait d’un ancien dispositif une « conquête historique » qui bénéficie « surtout » aux familles les plus aisées, » les plus démunis (ne payant) déjà pas la cantine de leurs enfants » , pointe-t-elle. « La réalité est bien différente de la communication que vous en faites. Après trois ans d’une gouvernance axée sur la magie de la comm’, comme ce fut le cas pour la campagne électorale qui a permis votre élection, on commence à avoir l’habitude » , lance-t-elle.

« Le nouveau dispositif (…) vise à garantir, au-delà du seul régime des bourses, un accès effectif et plus simple à un repas quotidien pour l’ensemble des élèves concernés » , répond Moetai Brotherson. . « La bourse répond à une situation individuelle sur critères sociaux. La gratuité de la cantine instaure une mesure d’accessibilité collective qui évite que le coût du repas, des avances de trésorerie ou les impayés ne deviennent un obstacle à la fréquentation de la restauration scolaire » ajoute-t-il, évoquant les quelque 3207 demandes de bourses refusées dans le second degré.

« Par ailleurs, les conventions avec les établissements prévoient l’introduction progressive d’ici 3 ans d’au moins un produit local dans la confection des repas » , ce qui doit permettre « d’améliorer l’accès des élèves à une alimentation régulière et équilibrée et soutenir les filières locales, notamment l’agriculture et la pêche, en créant des débouchés plus stables pour les producteurs du fenua » , conclut-il.

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