Creusement de la passe : un appel d’offres de 60 millions pour compenser l’impact environnemental

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Face aux inquiétudes des associations sur le creusement de la passe, le Port autonome lance un appel d’offres pour définir des mesures compensatoires pour l’environnement. Objectif : concilier développement du port et protection d’une zone classée Isra (Important Shark and Ray Area), un statut international pour les espaces marins essentiels à la survie des requins et des raies.

Entre la baie des Pêcheurs et la pointe Vénus, un corridor marin d’une importance écologique majeure pour les requins ? C’est en tout cas ce que dit la reconnaissance internationale Isra (Important Shark and Ray Area) pour les habitats essentiels à la survie des requins et des raies… au cœur duquel se situe la passe de Papeete. « Ça veut dire qu’il y a de la biodiversité emblématique, qui est vraiment extrêmement rare, qui est en voie d’extinction à l’échelle mondiale » résume la présidente de l’association Ocean Shiver (anciennement AREMP – Association pour la Recherche sur les Écosystèmes Mésophotiques et Profonds), Clémentine Séguigne.

Zone de reproduction du requin-tigre, de repos pour le requin nourrisse-fauve, terrain de jeux pour les requins gris ou les pointes-noires : la passe de Papeete cristallise les inquiétudes des associations de protection de l’environnement depuis l’ouverture, en février, de la consultation publique sur l’augmentation du tirant d’eau.

Dans un courrier à la Diren révélé par Tahiti infos, un consortium de sept organisations de protection de l’environnement (Fape, UICN, Tama no te Tairoto, Ocean Shiver, Observatoire des requins et raies de Polynésie, Fatu Fenua no Makatea, Oceania), a relevé plusieurs « lacunes » dans l’étude d’impact sur l’environnement du futur chantier. Dont « l’absence d’un état initial complet des zones concernées par les travaux » et « des zones adjacentes susceptibles d’être également impactées ».

Le collectif reconnaît le recensement des impacts, mais les trouve « insuffisamment analysés et encadrés ». Il regrette aussi des données « manquantes », le manque de relevé « précis » et « récent », ou un « calendrier qui inclut la période de reproduction des requins nourrices ».

Mais le consortium alerte notamment sur la vulnérabilité du corail, dont le Porites Rues et notamment des milieux mésophotiques (plus de 30 mètres) qui abritent du corail noir, des coraux mous ou des gorgones selon des publications scientifiques. Des « écosystèmes sensibles et peu résilients » menacés par les chutes de débris sur la pente externe, mais aussi par la « turbidité » provoquée par des nuages de sédiments successifs.

 « On sait que ces espèces sont présentes, mais si on n’a pas une idée de quel était l’état initial, ça veut dire qu’on ne sait même pas ce qui, demain, va être détruit. Donc c’est très, très important de faire lumière sur ce sujet » souligne Clémentine Séguigne.

Si l’étude d’impact n’a arrêté aucune méthode d’extraction, elle en identifie deux en particulier. D’un côté une « drague aspiratrice » avec une conduite refoulant directement dans la zone de rejet. De l’autre une pelle mécanique montée sur barge, pour charger les matériaux et les transporter sur la zone de rejet.

Des méthodes privilégiées, car elles limitent les nuisances pour le milieu marin, comme le bruit ou la dispersion des sédiments selon l’étude d’impact. Une modélisation a d’ailleurs été réalisée pour anticiper le panache et adapter les manœuvres.

La Fape invitée à participer à la surveillance des fonds marins

Si le consortium ne s’oppose pas aux travaux, il souligne surtout l’importance de prévoir des mesures de compensation. « Evidemment, la majorité du consortium préférerait laisser les animaux dans une quiétude absolue » reconnaît la scientifique. « Mais il faut être raisonnable. Il faut bien sûr considérer qu’on ne peut pas s’opposer au développement économique de l’île. (…) On donne juste des recommandations, parce que c’est important aussi avec ce type de travaux, pour l’équipement, etc. de prendre en compte la biodiversité. Ce n’est pas du tout incompatible de faire ce travail ensemble, main dans la main ».

Message entendu par le directeur du Port autonome, Jean-Paul Le Caill, pour qui la reconnaissance de l’enjeu économique est déjà un bon début. « C’est quand même satisfaisant que personne ne s’oppose à ce projet important sur le plan économique. »

Il se dit toutefois attentif aux inquiétudes des associations, dont les recommandations ont fait l’objet d’une première analyse du Port autonome, qui assure vouloir s’inscrire dans une « démarche de développement durable ».  

Le Port autonome a donc décidé de lancer un appel d’offres pour des mesures compensatoires et d’y consacrer 3% du montant des travaux. « On va mettre un budget de 60 millions de francs pour définir les mesures compensatoires que nous allons mettre en œuvre ». Le directeur propose aussi d’associer la Fape à la définition des mesures de surveillance et de suivi des fonds marins.

Derrière ce chantier, un enjeu bien concret : adapter le port aux cargos de plus de 300 mètres attendus à l’horizon 2027 et éviter un détour par la Nouvelle-Zélande pour le transbordement des marchandises. Une contrainte logistique qui pourrait coûter au cher aux consommateurs.

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