L’affaire Lyhanna, qui a suscité une vive émotion et une forte mobilisation dans l’Hexagone, a conduit le ministère de la Justice à demander un recensement et un examen approfondi des dossiers de violences sexuelles sur mineurs en cours. À l’échelle nationale, près de 70 000 procédures pourraient être concernées. Les procureurs disposent jusqu’au 14 juillet pour transmettre leurs chiffres et dresser un état des lieux précis.
En Polynésie française, 420 procédures ont été initialement recensées. Un chiffre qui ne reflète toutefois pas la réalité exacte des dossiers en cours, ont expliqué ce jeudi Hélène Bigot, présidente du tribunal de première instance de Papeete, et Solène Belaouar, procureure de la République. « Les 420 procédures qui ont été identifiées comme en cours enregistrées au parquet de Papeete, on va dire que c’est un indicateur. Ça ne reflète pas l’état exact des procédures en cours, parce qu’il peut y avoir des procédures qui sont en cours spontanément d’initiatives au niveau des services d’enquête, donc qui ne figurent pas dans cette liste. Et il peut y avoir à l’inverse des enquêtes qui sont en fait terminées et qui apparaissent toujours en cours, parce qu’elles n’ont pas encore été jugées ou parce qu’elles n’ont pas été enregistrées comme telles. La réalité est plutôt probablement autour de 300 procédures en cours de viols et agressions sur mineurs dans le ressort de la Polynésie française. »
D’ici au 14 juillet, les magistrats du parquet, en lien avec les services de police et de gendarmerie, vont examiner l’ensemble de ces dossiers afin d’identifier les situations les plus sensibles et de définir des priorités de traitement : « Nous allons passer en revue avec les policiers et les gendarmes ces procédures pour nous assurer justement qu’elles sont toutes en mouvement et pour les prioriser. Qu’il soit donné pour instruction aux policiers et gendarmes de traiter en priorité les affaires les plus sensibles ou dans lesquelles il y a le plus de danger selon des critères que j’ai fixés et qui sont très simples. C’est, par exemple, une affaire dans laquelle la victime est encore mineure aujourd’hui, une affaire dans laquelle la victime est encore en contact avec le mis en cause, une affaire dans laquelle le mis en cause a des antécédents similaires. Ça, ce sont des indices de dangerosité qui doivent donner lieu à un traitement prioritaire. »
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La procureure de la République rappelle toutefois que ce travail n’a pas débuté avec les récentes instructions ministérielles : « Nous n’avons pas attendu les instructions récentes pour nous pencher sur ces affaires, puisque le parquet de Papeete a fait depuis plusieurs années maintenant de la lutte contre les violences intrafamiliales sa première priorité, et notamment de la lutte contre les violences faites aux mineurs. Depuis le début de l’année 2025 environ déjà, ce recensement a débuté et mon parquet et les magistrats du parquet s’assurent régulièrement que ces procédures menées par les services de police et de gendarmerie sont actives, sont en mouvement. »
Interrogée sur les parallèles avec l’affaire Lyhanna, Solène Belaouar souligne certaines spécificités locales : « En Polynésie française, nous avons une prévalence de ce type d’infraction qui est très élevée, presque le double de la moyenne nationale. En revanche, la caractéristique, c’est que nous avons beaucoup de faits qui sont commis au sein de la cellule familiale. On s’éloigne un peu de l’affaire survenue en métropole qui est à l’origine de cette mobilisation puisqu’on a assez peu ici de plaintes contre X ou d’auteurs en fuite à identifier. Le contexte est différent. Par contre, il est tout aussi légitime de s’en inquiéter et de s’attacher avec la même diligence à ce que ces procédures soient menées avec sévérité. »



