« Classés sans suite » : une plateforme pour témoigner des violences restées sans réponse judiciaire

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Lancée cette semaine à la suite de l’émotion suscitée par la mort de la jeune Lyhanna en France, la plateforme "Classés sans suite" permet aux victimes de violences de témoigner anonymement de leur parcours judiciaire. En quelques jours, elle a déjà recueilli plus d’un millier de récits. Les habitants de Polynésie française peuvent également y contribuer.

Créée le 9 juin par l’autrice, réalisatrice et productrice militante Ève Simonet, la plateforme « Classés sans suite » entend donner une visibilité à toutes les plaintes de violences sexuelles, physiques et psychologiques qui ont été « refusées, classées, ignorées, prescrites ou jamais déposées ». En effet, « Classés sans suite » se veut être « une Archive citoyenne pour toutes les victimes de violences qu’on a voulu silencier ». En France, 94% des plaintes pour viol sont classées sans suite, a révélé une note de l’Institut des politiques publiques en 2024.

Le site est né dans un contexte de forte émotion après le meurtre de Lyhanna, une fillette de 11 ans tuée dans le Gers, en France. L’affaire a relancé les débats sur le traitement judiciaire des violences, notamment sexuelles et intrafamiliales.

La plateforme a enregistré plus de 2 100 témoignages en seulement 72 heures dont 972 plaintes ignorées (pas de suite à la connaissance des victimes) dans 96 départements.

Le principe est simple : chacun peut déposer anonymement son histoire : « aucune identité demandée, aucune trace ». Toutefois, les contributeurs ont la possibilité de mentionner l’identité de personnes qu’ils accusent. Ces déclarations relèvent de la seule responsabilité de leurs auteurs qui certifient l’exactitude de leurs déclarations. Comme le prévoit le droit français, toute personne mise en cause est présumée innocente jusqu’à ce qu’une éventuelle condamnation soit prononcée par la justice.

Les récits sont publiés sous forme d’archives citoyennes et peuvent être consultés par le public à travers un moteur de recherche ou via une carte.

« Je veux que ce site soit une archive. Un endroit où déposer ce que la justice a refusé d’entendre. Anonymement, sans modération. Il y a aussi une carte des signalements par ville. Un compteur qui tourne. Et la liste des témoignages qui s’accumuleront à partir d’aujourd’hui » explique sur ses réseaux la fondatrice de la plateforme. Au NouvelObs, elle déclare : « On en est là parce qu’on n’a jamais vraiment cru les victimes ».

« Si on arrive à accumuler un nombre signifiant de témoignages, peut-être qu’on verra que ce n’est pas 60 000 enfants victimes chaque année mais peut-être 500 000′ », explique encore Eve Simonet au micro de RMC.

Les témoignages dans les DOM-TOM et en Polynésie française possibles

Si la plateforme n’a pas encore intégré la Polynésie française dans la liste des départements proposés lors du dépôt d’un témoignage, cela n’empêche pas les habitants du territoire de participer. En effet, pour l’heure, les territoires ultramarins proposés dans le menu « département » sont la Guadeloupe, la Martinique, Mayotte, La Réunion et la Guyane. Mais il est tout à fait possible d’indiquer une commune polynésienne dans le champ de la « Ville ». Les témoignages sont bien enregistrés dans le département 987.

A noter que le site rassemble également des ressources pour être accompagné par des associations.

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