Mort de Linda à Bora Bora : son conjoint, accusé de l’avoir poignardée, jugé aux Assises

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Le procès du meurtier présumé de Linda, en août 2022 à Bora Bora, s'est ouvert ce vendredi devant la cour d’assises. En proie à une jalousie maladive et à des addictions ancrées, il est accusé de lui avoir porté un coup de couteau fatal au cœur suite à une dispute. Un crime pour lequel il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

L’affaire avait ému la population et suscité une vive réaction du Conseil des femmes de Polynésie. Le procès du meurtier présumé de Linda, le 29 août 2022 à Bora Bora, s’est ouvert ce vendredi devant la cour d’assises. Le premier des deux jours d’audience a été consacré à la personnalité et au passé de l’accusé, qui encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Le soir des faits, au foyer conjugal qu’ils partagent depuis quelques années, l’homme est fortement alcoolisé. Le matin même, Linda est partie travailler plus tôt qu’à l’accoutumée, portant une jupe qu’il décrit comme « trop courte« , ce qui éveille en lui des soupçons d’infidélité.

Depuis plusieurs mois, le couple bat de l’aile : lui ne travaille qu’occasionnellement, fume du paka depuis qu’il a 10 ans, et a des gros problèmes d’alcool. Elle lui reproche de ne pas s’occuper de ses propres enfants, ne le sollicite plus pour l’emmener au travail, et ne lui donne plus d’argent pour soutenir son train de vie. Elle souhaite le quitter, mais il refuse. Quand elle rentre, en début de soirée, il est ivre, et une dispute éclate.

Manifestement jaloux, il lui reproche un supposé vol de fourniture à l’hôtel où elle travaille, la filme en train de fumer du paka, et menace de poster la vidéo sur les réseaux sociaux. La scène qui s’ensuit, sans témoins, est décrite ainsi par l’accusé : en colère, elle se saisit d’une marmite comme d’une arme, et le poursuit. Lui, à défaut de trouver un balai, se saisit d’un couteau, et la frappe « involontairement« , explique-t-il, au niveau du cœur. Un coup de couteau horizontal, qui lui sectionne deux côtes – dont une entièrement – et atteint les viscères en profondeur.

Elle sort de la maison pour appeler à l’aide, et est emmenée au dispensaire – avec sa fille, récupérée au passage – par son beau-fils. Le médecin suture la plaie, au niveau du sein gauche, et la fait évasaner. Linda meurt quelques heures plus tard, peu après son admission au CHPF. Quelques heures avant, son conjoint s’était assoupi sur son canapé après avoir consommé de l’alcool, avant d’être interpelé et placé en garde à vue.

Les analyses révéleront plus tard un taux de 1,6g/l d’alcool et la présence de THC dans son sang. Après son dégrisement, il affirme avoir seulement voulu « lui faire peur » et soutient qu’il l’a blessée parce qu’il ne « portait pas ses lunettes », pensant l’avoir simplement « piquée » à l’épaule.

« Il sentait qu’elle lui échappait »

À la barre, l’homme ne conteste pas les faits. « Le vrai sujet, c’est que j’ai tué ma femme », lâche-t-il, avant de demander pardon en tahitien : « Pardonnez-moi pour le mal que j’ai fait. Je l’aimais », dit-il.

L’experte psychologue le décrit comme un homme « inhibé » et « rigide », souffrant d’une certaine peur de l’abandon. Elle estime qu’il vivait très mal le retour à l’autonomie de sa compagne. « Il sentait qu’elle lui échappait, et ça lui était insupportable », analyse-t-elle, soulignant son besoin de « reprendre le contrôle » par la provocation et la menace.

Les témoignages suivants lèvent le voile sur son passé, marqué par l’absence de repère familiaux, et un historique de violences conjugales. Père de quatre enfants issus de deux précédentes unions, il n’a pas été élevé par sa mère, qui travaillait sur Bora Bora. Sa première compagne, dont il a divorcé, assure qu’il la « rossait » fréquemment : coups de poings, coups de pieds, cheveux tirés. « Ça commençait quand je lui disais des choses qui ne lui plaisaient pas (...). Il est fou », explique-t-elle, précisant qu’elle avait déposées deux plaintes – finalement retirées – contre lui. Devant la cour, l’accusé, qui conteste les coups de pieds, mime les « baffes » qu’il lui infligeait, se claquant lui-même la joue.

Sa demi-sœur, avec qui il a grandi jusqu’à son retour à Bora Bora une fois adulte, dit de lui qu’ « au début, il était un mec bien » . Puis, qu’il s’est de moins en moins investi dans sa famille et s’est progressivement muré dans l’alcool et les stupéfiants, changeant de « mentalité » au fil des années. Questionné sur ces comportements violents, il répond : « ce n’est pas normal » de frapper une femme. Et maintient qu’il n’a pas voulu tuer Linda.

Le procès reprendra lundi. Une journée consacrée à l’interrogatoire de l’accusé sur le fond de l’affaire, aux questions de la cour, puis au réquisitoire et aux plaidoiries.

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