TNTV : La réforme du RNS est attaquée de toutes parts. Était-ce prévisible?
Lana Tetuanui : « C’est un acte de responsabilité qui a été signé (hier) matin par les trois présidents AHIP, Tapura, et le Tavini (…). On va directement à une abrogation de la loi sur le RNS. »
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TNTV : Pourquoi cette décision plus radicale?
L.T : « Pour le Tapura Huiraatira que je représente ce soir, c’est conforme à notre position, puisque quand nous avons débattu sur ce texte au mois de septembre l’année dernière, pendant au moins deux longues journées et pratiquement deux nuits, tous les écueils, toutes les réserves que nous avions émis (…) les réponses ont été plus que floues. Résultat des courses, nous sommes dans la période où on devrait commencer à faire appliquer et c’est là où le et c’est la surprise totale pour ceux qui doivent faire appliquer la loi du Pays. De plus, les non-polynésiennes et non-polynésiens qui ne savent même plus, qui ne comprennent pas (…) même les cabinets d’experts comptables ne comprennent pas comment faire appliquer cette réforme » .
TNTV : Moetai Brotherson reconnaît que la réforme doit être améliorée. Il vous invite à travailler main dans la main pour pouvoir améliorer cette réforme. Est-ce que vous êtes prêt à l’entendre?
L.T : « Je pense que le moment qu’il a choisi, comme par hasard, au moment où il a perdu une majorité au sein de l’Assemblée de Polynésie (…), il décide d’ouvrir la parole et d’écouter un peu les doléances de tout le monde. Moi, je dis aujourd’hui que c’est un peu trop tard, tout simplement » .
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TNTV : Vous disiez que ce qui se passe contre la réforme du RNS n’est pas une alliance. Pourtant, cette convergence est quand même surprenante. Est-ce une alliance de circonstances où est-ce vraiment le signe d’un changement politique plus profond?
L.T : « Non, non, il n’y a rien. Il n’y a pas de malice dans ce qui s’est passé (hier) matin. Pour le Tapura Huiraatira, nous restons conformes. Nous sommes dans la minorité aujourd’hui. Nous avons toujours dit que sur des textes où nous pensons que l’intérêt général prime, nous votons pour, uniquement pour cette raison. Ne surtout pas associer le Tapura Huiraatira à une quelconque alliance avec le Tavini » .
TNTV : Comment est-ce que vous analysez la situation politique (à l’Assemblée, ndlr) ? Est-ce qu’on doit vraiment s’attendre à une fin de mandature instable?
L.T : « On a déjà vu cette situation (…). Mais ce qui s’est passé (hier) est assez ubuesque quand même. Véritablement, aujourd’hui, la scission est actée officiellement entre le Tavini et le président, qui a perdu sa majorité aujourd’hui. La vraie question que je pose aujourd’hui, est-ce qu’il pourra encore diriger la Polynésie française pour les deux années qui nous restent à siéger à l’Assemblée de Polynésie, puisque les prochaines élections territoriales sont prévues en 2028 ? Ils ont quand même envoyé une image assez déplorable devant l’ensemble des Polynésiens qui nous suivent (…). Et je dirais aussi que sur une journée, on n’a dû étudier que deux textes parce qu’on a perdu trop de temps à écouter les échanges, voire même les règlements de comptes entre le groupe Tavini Huiraatira, l’Assemblée, et le président Moetai Brotherson » .
TNTV : Les élections sénatoriales ont lieu le 27 septembre. Le Tapura a choisi de vous investir pour briguer un nouveau mandat, mais n’a pas apporté son soutien au sénateur sortant Teva Rohfritsch, qui s’est dit déçu. Comment expliquez-vous ce choix du Tapura?
L.T : « Oui, ce soir, je peux le dire officiellement, je suis une des candidates du Tapura Huiraatira, en tout cas pour représenter la gent féminine. Pour le deuxième candidat, les candidatures sont ouvertes. Il n’y a pas encore de nom que le Tapura validera. Mais je tiens quand même à dire (…) je ne critiquerai pas mon binôme sénateur, parce que je reconnais quand même que nous avons fait du bon travail, nous avons répondu aux sollicitations de nos tavana, puisque le Sénat est la chambre des collectivités » .
TNTV : Pourquoi ne pas l’avoir reconduit?
L.T : « Le choix politique d’un parti ne m’appartient pas » .
TNTV : Vous allez devoir convaincre 700 grands électeurs du fenua. Est-ce que vous êtes déjà sur le terrain?
L.T : « Oui. La loi m’oblige à déclarer le mandataire financier, et puis tout le reste de la paperasserie administrative (…). Les conseils municipaux ont été mis en place, il y a le comité de financement local qui doit être mis en place, il y a le renouvellement du syndicat pour la promotion des communes de Polynésie française qui doit être fait, il y a aussi le syndicat des communes des Tuamotu, il y a tout ça qu’il faut attendre avant de pouvoir lancer officiellement la campagne » .
TNTV : Peut-on avoir vos priorités ? On connaît les grands chantiers : le nucléaire, la lutte contre la vie chère, mais aussi la mobilité des fonctionnaires polynésiens qui fait encore parler (…). Ce sont des dossiers difficiles à faire avancer au Sénat.
L.T : « Ce ne sont pas des dossiers difficiles à mener au Sénat, puisque des lois ont été votées. Le plus difficile aujourd’hui, est de dire à l’État de faire appliquer les lois qui ont été votées, tout simplement. Pour la nouvelle mandature, c’est-à-dire si la confiance d’une grande partie des grands électeurs me seront redonnées au mois de septembre, j’ai déjà une petite idée des grands chantiers que je défendrai à Paris. Par exemple, le plus bel exemple pour moi, c’est les accords de Bougival en Nouvelle-Calédonie qui ont été rejetés. Il y a beaucoup de choses à l’intérieur dont on pourrait s’inspirer pour la Polynésie française. Reconnaissance peut-être du peuple océanien et pourquoi pas la reconnaissance du peuple polynésien, enfin ! »



