TNTV : Votre fédération ne dit pas forcément non au projet de creusement de la passe de Papeete, mais vous dites que l’étude d’impact n’est pas assez sérieuse, pas assez approfondie en l’état, malgré l’ampleur des travaux.
Winiki Sage, président de la Fape : « On n’est pas contre ce projet, on comprend la nécessité de ce projet pour l’économie du Pays, etc. Ce qu’on pointe du doigt, c’est que l’étude d’impact n’a pas été poussée suffisamment. Il n’y a pas eu de plongée, à ma connaissance. Il y a des préconisations qui sont effectivement intéressantes et importantes, et on aimerait surtout qu’il y ait des méthodes qui soient compatibles avec la protection de l’environnement. Ils vont détruire énormément de coraux, donc on aimerait bien des mesures compensatoires. »
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TNTV : Il y a aussi le calendrier des travaux qui est important.
Winiki Sage : « On a différentes versions. On ne connaît pas le projet complètement, mais pour nous, il va durer plusieurs mois. Pendant plusieurs mois, ce serait bien qu’on ait un calendrier également des espèces. Il y a des périodes de baleines, il y a des périodes de requins, etc. C’est quand même une zone qui est importante, qui a été identifiée par des scientifiques, une zone de reproduction (…). Il n’y en a pas partout sur la planète, donc c’est quand même un endroit très, très important et la passe est en plein milieu. »
TNTV : On a entendu le directeur du port autonome, qui entend vos inquiétudes et dit que les méthodes d’extraction envisagées limitent les nuisances sur le milieu marin. Est-ce que vous êtes convaincu par ces méthodes d’extraction
Winiki Sage : « On n’est pas spécialistes. Effectivement, ce qu’on aimerait, c’est que d’abord, il y ait un état des lieux pour qu’on sache exactement ce qu’il y a. Que pendant les travaux, il y ait (…) peut-être des comités de suivi, et qu’on puisse également participer à ces comités pour suivre ce qui se passe. Vous avez vu, il y a des pêcheurs. C’est une passe qui a encore beaucoup de pêcheurs, autant de Papeete que de Faa’a ou d’ailleurs. Donc, il y a du poisson. Ce serait quand même dommage d’aller massacrer cet endroit-là au profit juste de l’économie. »
TNTV : Le directeur du port autonome propose un lancement d’appels d’offres pour des mesures compensatoires en collaboration avec votre fédération. Étiez-vous au courant de cette démarche ?
Winiki Sage : « Non, je n’étais pas au courant. Je tiens à féliciter le port autonome parce qu’effectivement, à chaque fois, on mène des actions dans ce sens. Et là, j’étais très, très, content. M. Le Caill est prêt à travailler avec nous. Quand on coupe un arbre, les anciens disent qu’il faut en planter quatre. On sait qu’on va détruire des coraux. Il y a énormément d’associations aujourd’hui qui travaillent sur les coraux. C’est bien, effectivement, qu’on compense ce qu’on fait là par des zones dans lesquelles on va protéger, où l’on met des coraux à disposition, peut-être pour les écoles, etc. On a beaucoup d’idées là-dessus. Et merci encore au port autonome de se positionner sur cet axe. »
TNTV : Cela peut faire l’objet de mesures compensatoires ?
Winiki Sage : « Oui. L’idée, c’est qu’aujourd’hui, il y a des associations qui font du bouturage. Juste à côté, il y a tout le lagon de Faa’a dans lequel on peut faire plein de choses. Et ailleurs, l’idée, c’est de dire qu’on ne va pas s’opposer à ces projets, mais essayons d’imaginer comment on peut compenser le mal qu’on a fait là. Faire en sorte, par exemple, que – comme l’alertent nos amis plongeurs – l’on ne se retrouve pas face à la ciguatera, qu’on ne puisse plus pêcher à cet endroit. Il faut trouver des solutions. »
TNTV : Ce projet de travaux est nécessaire pour l’acheminement des importations en Polynésie. Il relance deux grandes questions, celle de l’autonomie alimentaire du Pays, et celle du développement économique. Au fil des années, finalement, les efforts de la communauté, de la collectivité sont-ils suffisants selon vous ?
Winiki Sage : « C’est la grande question. On fait en sorte, notamment au travers de projets, de formations (…). Il faut construire une autonomie alimentaire dans les îles éloignées, jusqu’à ici. Cela commence par nous, parce qu’on est d’accords pour changer. Cela commence par notre foyer (…). Mais il faut effectivement que l’on trouve sur le marché des produits qui sont produits ici directement. Donc, c’est toute une stratégie d’agriculture (…). C’est la solution pour réduire les importations, être moins indépendant de toutes ces importations, notamment quand on voit ce qui se passe aujourd’hui dans le monde. »
TNTV : L’actualité de la Fape, c’est un lancement d’appels à projets. En quoi consiste-t-il ?
Winiki Sage : « Les appels à projets, c’est pour aider directement les associations qui veulent lancer des projets, que ce soit sur terre, sur mer. Et on a créé un fonds. Je tiens encore à remercier toutes les entreprises qui nous aident. L’idée, c’est qu’il y a plusieurs associations qui proposent des projets. On fait une shortlist. Et ensuite, ce sont ces donateurs-là, que je tiens à remercier encore aujourd’hui, qui vont ensuite sélectionner ces projets qu’on va suivre toute l’année. »
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TNTV : Il n’y a pas de domaine particulier ?
Winiki Sage : « On fait deux appels à projets. Il y en a un qui est vraiment avec une fondation, avec la DIREN, qui est vraiment axée sur les océans. Il y en a un autre qui est vraiment sur tous les écosystèmes, que ce soit sur la terre, si vous le protégez, une vallée, si vous le protégez un lagon, etc. »
TNTV : La FAPE, c’est également des aires marines à Rikitea et à Maupiti. Où en êtes-vous ?
Winiki Sage : « Alors, effectivement, suite aux annonces qui ont été faites à l’UNOC, de créer des aires marines protégées, il y a eu un retentissement mondial. Donc aujourd’hui, on est en train de travailler d’une manière très pragmatique sur le terrain, notamment à Rikitea. Il y a eu plusieurs missions là-bas. Nous, on nous a demandé de mobiliser, justement, et de participer à la sensibilisation de la population, des associations, etc. On fait partie des comités de suivi. Donc, ça a commencé par Rikitea. Je rappelle que c’est une aire marine qui est grande comme la France, c’est énorme. Parallèlement à ça, bientôt, on va se déplacer sur les îles Sous-le-vent, à partir de Maupiti jusqu’à la limite de la ZEE (…). Il y a également l’élection de la CODIM. Et effectivement, il faut absolument que tous les tavana nous accompagnent dans ces projets-là, puisque c’est un projet pour les générations futures. »



