Tahiti Nui Télévision : L’intelligence artificielle progresse partout. À quel point ça s’est répandu dans les entreprises polynésiennes ? Est-ce que c’est devenu incontournable dans tous les secteurs ?
Yannick Cadet, président du MEDEF en Polynésie française : « Le constat qu’on a fait, c’est que oui, on entend beaucoup parler de l’intelligence artificielle. L’intelligence artificielle est en train de devenir un fait économique majeur, également un fait organisationnel, et puis plus globalement, un changement sociétal profond. Il y a un petit peu plus de deux ans, avec le MEDEF, on a fait le constat que l’intelligence artificielle arrivait déjà au sein des entreprises, pas forcément de manière toujours organisée, de manière consciente.
Donc on a mis en place un accompagnement en créant un club intelligence artificielle pour permettre d’accompagner les entreprises à se saisir de cette révolution, de s’en saisir à la fois pour mettre en place l’organisation, pour former les salariés, et de s’en saisir également en se posant les bonnes questions pour pouvoir appréhender cette transition. »
Tahiti Nui Télévision : On parle beaucoup des gains de productivité grâce à l’IA. C’est une réalité. À quel point est-ce que ça fait gagner du temps aux entreprises ?
Yannick Cadet, président du MEDEF en Polynésie française : « Au-delà du temps que ça peut faire gagner, la réflexion que l’entreprise doit avoir, c’est pourquoi elle fait de l’IA et qu’est-ce qu’elle en retire dans son modèle. Il y a un certain nombre d’activités où il y a beaucoup d’administratifs qui sont venus se rajouter dans les fonctions, donc ça peut permettre de désautomatiser un certain nombre de choses et de permettre de dégager du temps pour les collaborateurs au service, par exemple, de la relation client. Et donc après, c’est de savoir qu’est-ce qu’on fait de ce gain de temps qu’on a dégagé, qu’est-ce qu’on fait de ce gain de capacité qu’on a réussi à créer avec. Et c’est pour ça que l’entreprise doit être accompagnée pour bien penser toutes ces transitions et faire de la réflexion de l’IA l’intégration dans le cœur de sa réflexion stratégique. »
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C’est un gain de temps. Les entreprises voient aujourd’hui des bénéfices concrets sur leur chiffre d’affaires ?
« C’est encore assez balbutiant au niveau de la Polynésie. Il est certain qu’on voit tout de suite les capacités qu’on peut réussir à dégager. En Polynésie, on a un certain nombre de contraintes, l’éloignement, l’étroitesse du marché qui fait qu’on ne bénéficie pas toujours des économies d’échelle qu’il peut y avoir dans les grandes économies.
L’éclatement du marché avec la multitude d’îles qu’il faut réussir à adresser. Ça découple les coûts et grâce à l’arrivée de cette nouvelle technologie, on voit la capacité d’accélérer un certain nombre de choses pour permettre à l’entreprise polynésienne de mieux se projeter en avant et réussir à dépasser un certain nombre de contraintes qu’on ne parvenait pas à dépasser jusqu’à présent. »
Le président Moetai Brotherson a directement la charge de l’économie numérique et lui-même très sensibilisé aux nouvelles technologies. Vous avez le sentiment d’être accompagné par le Pays ?
« Nous, on a fait le choix dès le départ de porter le sujet auprès de l’administration et également du pouvoir politique parce qu’il nous semble que réussir cette révolution technologique, c’est aligner tout un écosystème pour permettre d’avoir un succès. C’est intégrer la réflexion sur l’intelligence artificielle dans l’éducation, permettre à la jeunesse d’acquérir les bons réflexes, de construire l’intelligence de situation qu’il va falloir avoir et l’esprit critique qui devient encore plus important avec cette intelligence artificielle. C’est également préparer les transitions dans l’emploi, donc former les travailleurs d’aujourd’hui à acquérir les compétences qui seront nécessaires demain, préparer les nouveaux métiers.
C’est aussi engager une réflexion avec l’administration pour que l’administration elle-même se saisisse du sujet pour une meilleure administration, pour dégager des gains d’efficacité. Mais c’est aussi pour réussir cette transition, re-réfléchir la relation au travail, le dialogue social, parce que pour pouvoir implémenter cette nouvelle organisation dans les entreprises, ça nécessite de faire évoluer le droit du travail vers de nouveaux modèles. »
Vendredi soir, le président du Pays a affirmé par le biais des réseaux sociaux que le rejet de la délibération sur le report des crédits de paiement allait empêcher le pays de payer les entreprises partenaires de la commande publique, menaçant certaines de faillite ou de licenciement. Est-ce que le vote à l’Assemblée change vraiment la donne ?
« Il me paraît important d’avoir la bonne lecture de cette situation. Les entreprises en Polynésie se confrontent déjà depuis un certain temps au délai administratif. Il faut plusieurs mois, parfois 18 mois pour obtenir une autorisation. Il faut de nombreux mois pour se faire régler quand on a des chantiers avec le pays. Donc ces délais, ce n’est pas un fait nouveau qui est apparu au travers d’un fait politique à l’Assemblée jeudi dernier, mais c’est une constante pour les entreprises. C’est un sujet qu’on porte depuis longue date et sur lequel on souhaiterait aujourd’hui pouvoir voir une vraie évolution. »
Depuis mardi, les prix à la pompe ont augmenté de 15 francs le litre. Quel va être l’impact réel sur l’activité des entreprises ?
« L’impact va être direct. Néanmoins, je pense que si le dispositif du FRPH peut être intéressant pour apporter une réponse à court terme et faire en sorte de compenser dans le temps court les effets qu’il peut y avoir sur les marchés, il ne doit néanmoins pas nous détourner d’un objectif à long terme qui est celui d’avoir une vraie transition et une vraie politique qui permettent de réduire notre dépendance aux énergies fossiles. Et je pense qu’on a été un petit peu long à réagir sur la nécessité d’augmentation parce qu’accaparer la trésorerie du pays pour compenser dans le temps court les effets de l’augmentation des hydrocarbures, c’est aussi choisir de ne pas mettre ces montants sur des investissements structurants et qui sont absolument nécessaires pour penser la croissance économique de demain. »
Merci Yannick Cadet d’avoir été avec nous ce soir sur notre plateau.
« Merci à vous. »



