Tahiti Nui Télévision : Pourquoi avoir attaqué cet arrêté en justice et qu’est-ce que ça change concrètement aujourd’hui pour vous ?
Arnaud Jordan, président de l’assodicaiton des voiliers en Polynésie française : « Alors, on a attaqué cet arrêté parce qu’il était trop restrictif. Au bout d’un moment, on possède un voilier, on ne peut plus aller à Moorea, ça devient compliqué. L’arrêté était même plus restrictif que le PGEM qui lui-même avait déjà été retoqué. Donc, au bout d’un moment, tout simplement, la décision de justice, c’est de dire, « mettons-nous autour d’une table avec le port autonome, le Pays, l’État s’il le faut. Catherine Chabaud, qu’on a rencontrée récemment, était assez ouverte à ce propos. Et discutons véritablement de ce qu’on peut faire. Oui, il y a beaucoup de voiliers, mais oui, c’est plutôt une chance, plutôt que quelque chose qui est négatif. »
TNTV : Le texte interdisait le mouillage hors des zones réglementées et imposait des quotas selon la taille des bateaux. En quoi ces critères posent problème, selon vous ?
Arnaud Jordan : « Il n’y a pas de problème pour les zones de mouillage réglementées. On est assez d’accord pour la taille des zones, etc. En revanche, il y a des zones où c’est zéro, alors qu’il y a actuellement 20 voiliers et en saison 30 voiliers. Je pense, par exemple, à la plage publique à Ta’ahiamanu, en face de la plage publique à Moorea. C’est une zone qui pose problème parce qu’elle est très fréquentée par les voiliers et aussi par d’autres prestataires touristiques. Donc, il faut la partager, c’est sûr. Mais au moins, les voiliers qui étaient là ne sont pas nuisibles. Au contraire, ils permettent que la vitesse des prestataires touristiques ne soit pas extrêmement grande devant la plage publique. On se souvient d’un jeune Anglais qui était mort à cet endroit. »
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TNTV : Alors, justement, ça ressemble à quoi le quotidien aujourd’hui quand on vit ou qu’on voyage sur un voilier en Polynésie ? C’est devenu si compliqué ?
Arnaud Jordan : « Alors, c’est devenu compliqué pour plusieurs raisons, mais c’est devenu compliqué à plusieurs niveaux. Il y a des voyageurs au long cours qui entrent en Polynésie. Je les estime à environ 800 par an. Et ces voyageurs vont tour à tour visiter les Marquises, puis les Tuamotu, puis les îles Sous-le-Vent et repartir par Bora Bora. Mais c’est quelque chose qui va prendre un an, deux ans, trois ans peut-être. Et ces touristes au long cours, c’est plutôt une chance que vraiment une nuisance. Maintenant, vu de la terre, évidemment, on voudrait qu’il y en ait de moins en moins. Et si on demande aux maires de réglementer, à ce moment-là, on se trouve dans la position de dire j’en veux de moins en moins. Alors que c’est plutôt une chance. »
TNTV : Alors pourquoi est-ce que c’est une chance ?
Arnaud Jordan : « Ça rapporte environ entre 4 et 5 milliards par an. Un bateau qui arrive en Polynésie française, c’est un bateau qui est en très bon état et qui coûte entre un million (environ 119 millions de Fcfp, NDLR) ou deux millions d’euros. Donc ces bateaux vont dépenser environ 10% de leur valeur chaque année. Et cette valeur peut être captée par les Polynésiens. Il y a des chantiers, il y a des marinas. Pour l’entretien et aussi pour rester tout simplement. Si on veut rester à Punaauia, on doit ancrer dans des zones délimitées qui sont payantes. Donc c’est vraiment une chance alors qu’on le voit comme une nuisance. C’est un des modes de déplacement les moins polluants du monde. C’est loin d’être aussi polluant qu’un avion. Vraiment de très loin. On utilise le vent, pas de diesel. Vraiment, je me demande ce qu’on nous reproche. »
TNTV : Alors pour vous, il y a trop de restrictions et pas assez de structures d’accueil. C’est ça finalement le fond du problème ?
Arnaud Jordan : « Alors il n’y a pas d’infrastructures adaptées. On a même réduit les infrastructures. Alors qu’il y a dix ans, on avait ouvert avec des lois plus permissives. Je pense en particulier à la papétisation qui est passée de 27% sur un bateau à 7% entre 7 et 8. On a ouvert la porte mais on n’a fait aucune infrastructure. Je prends l’exemple de l’aéroport. À l’aéroport, on avait 50 mouillages permis et payants. Et maintenant, on a encore 50 bateaux toujours là. Parce qu’on ne va pas les effacer d’un trait de plume. Mais ils ne payent plus parce qu’on a enlevé les mouillages. Donc on enlève des infrastructures au lieu d’en construire. C’est le contraire qu’il faudrait faire. Il faut vraiment augmenter les infrastructures. De façon à pouvoir recevoir dignement ou agréablement la grande plaisance. Et là, je ne parle ni des charters qui sont aussi tributaires des restrictions de mouillages. Et je ne parle pas non plus des bateaux qui sont au Yacht Club ou à la marina Taina, les bateaux locaux. »
TNTV : On sait qu’une partie de la population locale voit parfois d’un mauvais oeil votre présence sur le plan d’eau. Comment on fait pour apaiser les relations ?
Arnaud Jordan : « Nous, on a construit une charte et on arbore un pavillon. Alors ce pavillon, il s’appelle Éco-Océan. Et on essaye de dire que les gens qui arborent ce pavillon ont des attitudes responsables envers les gens, envers l’écologie. Évidemment, ils essayent de respecter les mouillages quand ils ne sont pas trop restrictifs. On parle quand même de gens qui font une vingtaine ou une trentaine de jours de navigation pour arriver dans un mouillage où on leur dit vous restez 48 heures mais pas plus. Donc ce n’est pas des vacances, on va dire. Moi, si je prends mon bateau et que je vais à Raiatea ou à Taha’a, on va me dire oui mais là tu peux rester seulement 24 heures sur ce mouillage. Ce n’est pas assez. Et puis il y a des conditions météorologiques qui font qu’on ne peut pas toujours arriver à temps. Il y a un système de réservation, on dirait un hôtel. C’est impossible de se plier à autant de restrictions. Alors bien sûr, il faut discuter mais c’est un flux qu’on n’arrivera pas à arrêter. Ce n’est pas le détroit d’Ormuz, on ne peut pas dire stop à la plaisance. »



