Quotas, exportations : « On ne va pas laisser tomber les pêcheurs polynésiens », assure la ministre de la Mer

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Entre la défense des quotas de pêche face aux instances internationales, l'accès réglementé au marché européen et l'investissement dans la recherche scientifique sur les grands fonds marins, Catehrine Chabaud, ministre déléguée de la Mer et de la Pêche invitée de notre journal ce mardi, se veut rassurante sur le soutien de l'État à l’économie bleue locale. Interview.

TNTV : Le risque de baisse des quotas de pêche apposé à la Polynésie française inquiète. Comment est-ce que l’État peut venir aider la filière ?
Catherine Chabaud, ministre déléguée de la Mer et de la pêche : « Je comprends complètement l’inquiétude des pêcheurs polynésiens qui pratiquent une pêche vraiment responsable. Ici c’est à la palanque, pas à la senne, versus d’autres pratiques à l’échelle du Pacifique qui sont probablement moins vertueuses. Effectivement les pêcheurs sont inquiets parce qu’il y a une négociation qui a démarré mais elle n’est pas terminée. Et je peux vous dire qu’à la fois les administrations, État et Pays, dont j’ai pu observer la grande efficacité commune, vraiment une formidable coopération, vont être mobilisés pour la négociation qui aura lieu à la fin de l’année. On ne va pas laisser tomber les pêcheurs polynésiens. Il y a un véritable enjeu aussi, il y a autre chose ici qu’il n’est pas évoqué dans votre reportage. Ils demandent aussi à pouvoir exporter leurs poissons dans l’Union Européenne. C’est un autre sujet sur lequel je souhaite aussi mobiliser la Commission Européenne. Faire reconnaître aussi les PTOM à l’échelle européenne (…). Je trouve que la pêche polynésienne fait partie de la marque de fabrique de l’économie bleue en Outre-mer. Et j’ai vraiment l’intention de la soutenir.« 

TNTV : Concernant l’intégration au marché européen de la Polynésie française, quel levier pourriez-vous activer pour faciliter cet accès ?
Catherine Chabaud : « Il y a un sujet un peu plus global qui est de faire reconnaître la place des PTOM à l’échelle de l’Union Européenne. Nous avons une opportunité qui est la mise en œuvre du pacte européen pour l’océan, un Ocean Act, qui est un sujet sur lequel je me suis beaucoup mobilisée. Dès mon retour, je vais écrire au commissaire Kóstas Kadís, que je rencontre assez régulièrement dans le Conseil Pêche, et je lui parlerai. On l’a déjà emmené en Outre-mer, et je pense qu’il a pris la mesure des spécificités. Là, on va vraiment insister pour essayer de regarder comment on peut faciliter cette exportation vers l’Union Européenne.« 

TNTV : Autre sujet qui fâche un peu les professionnels de la pêche hauturière, l’extension des aires marines protégées en Polynésie française. Est-ce que vous comprenez leurs inquiétudes ?
Catherine Chabaud : « Il s’agit d’un sujet qui est de compétence du Pays. D’ailleurs, je me félicite que le président ait annoncé que la Polynésie française crée des aires marines protégées. Après, je peux aussi entendre l’inquiétude des pêcheurs, parce que la création des aires marines protégées suit un processus qui est un peu long, normalement. Il faut d’abord regarder ce qu’on doit protéger, donc il faut d’abord faire passer la recherche, les scientifiques, identifier ce qui doit être protégé avant de définir une zone. Ce n’est pas un coup de crayon qu’on met sur une carte. La deuxième chose, c’est que ça se co-construit. Les aires marines protégées, ce sont avant tout des aires marines co-gérées. Et du reste, c’est vraiment un modèle qui existe en Polynésie avec les rahui, un modèle de co-gestion à l’échelle du lagon, eh bien, il faut arriver à l’exporter sur toute la ZEE polynésienne et respecter, on va dire, le process de création des aires marines protégées pour éviter aussi les transferts d’impact possibles et que tout le monde s’y retrouve.« 

TNTV : Vous parliez tantôt de recherche. Durant votre visite, vous parliez de 300 millions de Fcfp qui seraient investis dans la recherche, notamment pour les fonds marins. Est-ce que vous pouvez nous détailler ce projet-là de financement ?
Catherine Chabaud : « Oui, c’est une annonce que j’ai pu faire au président dès mon arrivée. En fin de compte, c’est la création d’une chaire internationale sur les grands fonds marins. Il va y avoir la création d’un poste d’un chercheur de haut niveau, des doctorants, etc. L’objectif est de mieux connaître les grands fonds marins de la Polynésie française. C’est un vaste programme qui est issu d’un projet qui est né à Nice à l’occasion de l’UNOC l’année dernière, cette Conférence des Nations Unies pour l’Océan, qui est un projet d’exploration de l’océan à l’échelle de la planète, qui s’appelle le projet Neptune. Et donc, on va pouvoir installer en Polynésie française un centre d’expertise sur les grands fonds marins et aller regarder. Vous savez qu’il y a à la fois le Pacifique, vous avez des failles avec des sources hydrothermiques, vous avez aussi des monts sous-marins qui sont de vastes espaces sous-marins, qui sont riches de biodiversité. Et en fait, si on veut construire notre avenir avec la mer, il faut d’abord mieux la connaître, j’insiste. Donc, construire ici cette chaire en partenariat avec le Pays, puisque le Pays lui-même met aussi un budget, ça va être un véritable projet de coopération formidable.« 

TNTV : Juste de la recherche, pas encore d’exploitation en vue.
Catherine Chabaud : « Vous connaissez la position du président de la République, on est totalement alignés, l’État français (…) il faut d’abord connaître, avant de savoir quels seraient les impacts possibles d’un jour, si on devait exploiter sur les écosystèmes (…) de ces grandes profondeurs, dont on découvre, quand on l’explore la formidable richesse. Je pense qu’il faut d’abord, bien explicitement, pour l’instant, suivre cette pause de précaution.« 

TNTV : Un mot que beaucoup de vos interlocuteurs ont retenu pendant votre visite, l’inspiration. Vous êtes venu chercher l’inspiration pour votre feuille de route. Quelles idées vous allez ramener dans vos valises en rentrant ?
Catherine Chabaud : « D’abord, vous avez parlé de ma feuille de route. C’est une feuille de route que nous avons construite avec ma collègue Naïma Moutchou, ministre des Outre-mer, qui est pilotée par le sénateur Teva Rohfritsch, ancien ministre de l’économie bleue. L’objectif à l’échelle des Outre-mer français est d’arriver à tourner véritablement les populations beaucoup plus vers la mer et regarder comment leur dimension maritime peut nourrir l’économie, comment elles peuvent développer une économie maritime. La Polynésie française, et c’est pour ça que nous avons choisi la Polynésie française comme première étape, est formidablement inspirante parce que ce peuple, vous êtes tournés vers la mer. Je peux vous dire, moi qui ai participé à toutes les grandes conférences internationales sur l’océan, ça fait des années que je vois la Polynésie française présente, et la navigatrice que je suis est intriguée depuis longtemps de comprendre ce qui fait ce lien si étroit et si précieux des Polynésiens avec la mer. L’inspiration, je l’ai en grande partie trouvée, mais je resterai plus longtemps, je pense que je découvrirai encore d’autres choses, pour nourrir cette feuille de route sur l’économie bleue, c’est les rahui que j’évoquais tout à l’heure, c’est aussi, des solutions d’énergie marine avec la mer, le fameux SWAC (…). J’ai eu la chance de visiter la station de SWAC qui permet à l’hôpital, ici, d’être réfrigéré. La prochaine étape, il y a trois systèmes de SWAC en Polynésie, et ça fait longtemps que je pousse pour qu’on développe aussi cette énergie thermique des mers, et j’espère, je sens beaucoup d’appétence là-dessus. L’inspiration, c’est aussi un armateur ce matin qui m’a parlé de son projet de navire décarboné pour le transport de fret entre les îles. Vous imaginez l’enjeu que vous avez sur ce territoire, vous le savez mieux que moi, de transport de fret et de passagers à l’échelle d’un espace qui fait 5 millions de kilomètres carrés.« 

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