Nucléaire : l’Assemblée adopte une délibération pour demander « pardon » aux Polynésiens

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60 ans après le premiers essai nucléaire, l’Assemblée de la Polynésie française a adopté, ce lundi, une délibération pour demander « solennellement pardon » à la population du fenua d’avoir cédé les atolls de Moruroa et Fangataufa en 1964. Une décision prise « sous la contrainte » par les élus de l’époque.

Plus d’un demi-siècle après le tir Aldébaran en Polynésie, les représentants de Tarahoi ont adopté une délibération « demandant solennellement pardon au peuple de Polynésie française ».

Le 6 février 1964, la commission permanente de l’Assemblée territoriale avait acté la cession des atolls de Moruroa et Fangataufa, futurs sites d’expérimentation nucléaire français.

 

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Une cession qui s’est faite, selon le texte, « sous la contrainte d’une alternative inacceptable » : l’instauration d’un « territoire stratégique miliaire » en Polynésie par le Général de Gaulle.

« En d’autres termes, elle n’est pas le fruit d’un consentement libre, éclairé et souverain du peuple polynésien, mais d’une capitulation contrainte de ses représentants devant la puissance coercitive de l’état central », peut-on lire dans la délibération.

« Nos pères n’ont pas choisi le CEP -le Centre d’expérimentation du Pacifique, Ndlr-. Ils ont cédé face au chantage de l’Etat. Ce texte est un acte de salubrité morale. Ce pardon, nous le devons aux milliers de Polynésiens frappés en silence par les maladies radio-induites (…) Demander pardon ne réparera pas les mutations génétiques, ni les sols contaminés, mais demander pardon brise le mensonge institutionnel », a déclaré, lors de sa prise de parole, la représentante non-inscrite Teave Boudouani-Chaumette.

« Certains -des élus de l’époque, Ndlr- étaient au courant qu’ils avaient au-dessus de la tête quelque chose qui risquait de remettre en cause le futur de ce pays de manière inacceptable. Ils ont jugé à leur époque d’accepter. Si cette époque était aujourd’hui, comment on se comporterait », s’est interrogé le président de l’Assemblée, Antony Géros.

Si le projet de délibération avait fait consensus en commission, cela n’a pas été le cas en séance. Le président du groupe A Fano Ti’a, Tematai Le Gayic, a en effet proposé un amendement au texte pour inscrire noir sur blanc la « responsabilité pleine et entière de l’Etat français, seul décisionnaire, seul financier et seul exécutant du programme d’expérimentation nucléaire et seul débiteur (…) d’une réparation intégrale envers le peuple polynésien ».

« Il ne faut pas que, demain, on nous dise que c’était la faute de l’Assemblée territoriale de l’époque (…) L’objectif est que l’Etat ne se dédouane pas » a-t-il argumenté. Mais l’amendement a finalement rejeté.

 « On n’est pas là non plus pour faire la leçon à la France », a répondu la représentante Tapura, Tepuaraurii Territahi. « On prend notre part, mais pas dans une démarche de procès d’intention (…)  Il ne faut pas tout mettre en blanc, ni tout mettre en noir. Nous faisons notre part et demandons à la France de faire la sienne (…) Nous n’étions pas là physiquement, mais nous sommes membres de cette institution et donc nous portons aussi son passé », a ajouté l’élue.

Pour Antony Géros, cet amendement n’avait aussi pas lieu d’être. « On n’est pas là pour ça », a-t-il tranché, « on demande de faire amende honorable pour demander pardon à notre nuna’a. C’est tout ».

« Tout le reste, on verra après », a-t-il dit, en référence notamment au dépôt d’une plainte pour « crime contre l’humanité » visant l’Etat. « On a préparé une résolution qui sera examinée. On fera un séance extraordinaire dédiée que pour ça », a-t-il annoncé tout en se disant « très dubitatif sur la possibilité de pouvoir obtenir de l’Etat la vraie réparation, une réparation intégrale ».

La délibération a, in fine, été adoptée par 44 voix pour. Celles du Tavini, du Tapura et des non-inscrits. Les élus A Fano Ti’a ont voté contre ou se sont abstenus.

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