TNTV : Qu’est-ce que votre association a prévu pour marquer le premier essai nucléaire en Polynésie qui s’est déroulé il y a tout juste 60 ans ?
Léna Normand : « L’association 193, dans le cadre de la commémoration des 60 ans d’Aldébaran prévoit donc plusieurs manifestations pacifiques. Ici, à Tahiti, ça sera au Monument aux Morts, mais également à Mahina, à l’ancien CEP. Mais surtout, l’action sera portée sur des actions dans les îles. À Mangareva, Tureia Hao, Rangiroa, Avatoru, Tiputa, aux Marquises. Donc, en fait, dans tous les archipels. Et même aux Australes, à Tubuai, Rurutu et aux Îles-sous-le-Vent, Maupiti, Taha’a, Raiatea, Huahine et en d’autres lieux ».
TNTV : Et qu’attendez-vous de cette mobilisation ?
Léna Normand : « Commémorer, ce n’est pas festoyer. C’est important pour que l’on n’oublie pas cette sombre partie de l’histoire de notre Fenua. Mais c’est également une forme de transmission à notre jeunesse que ça s’est passé. Il y a eu 193 essais nucléaires au Fenua, avec les conséquences notamment sanitaires ».
TNTV : Comment faire pour que les jeunes générations s’intéressent un peu plus à l’histoire du nucléaire en Polynésie ?
Léna Normand : « J’en profite justement pour relayer l’action qui a été menée par notre président actuellement à Mangareva. Il a eu l’occasion de partager avec des scolaires du premier degré et second degré. En début d’année, de l’année dernière, on a été conviés par des établissements scolaires. Tant qu’on l’est, on y va et on partage cette histoire. »
TNTV : Vous avez porté une demande d’études sur les maladies transgénérationnelles auprès du Haut-Commissariat en 2025. Quelle réponse vous a été donnée ?
Léna Normand : « Lors d’une rencontre de courtoisie, il nous a demandé quelles étaient nos revendications. Et l’une d’elles consistait en la réalisation d’études sur les maladies transgénérationnelles. Sa réponse a été : ‘pourquoi faire ? Il n’y a pas de demande’. Donc, j’en profite pour parler justement du deuxième temps fort de notre journée de demain. C’est le lancement d’une pétition sur la réalisation d’études sur les maladies dites transgénérationnelles. Ceci en complément de la proposition de loi de la députée Mereana Reid Arbelot et également en mémoire de toutes les personnes parties et qui sont nées après 1974 ».
TNTV : Quelles sont précisément vos revendications ?
Léna Normand : « Il faut savoir qu’aujourd’hui, la loi Morin, en l’état actuel, permet à toutes les personnes qui ont séjourné en Polynésie entre 1966 et 1998 peuvent déposer un dossier d’indemnisation. Demain, après la réforme, seules les personnes de 1966 à 1974 pourront déposer un dossier d’indemnisation, à l’exception des anciens travailleurs. Donc nous, on vient là pour rappeler qu’il y a aussi les populations des cinq archipels, nées après 1974, qui méritent d’être connues. Et on espère la réalisation d’études sur les maladies transgénérationnelles ».
TNTV : Cette nouvelle pétition s’inscrit dans la continuité de celle de 2016 qui avait recueilli 55 000 signatures. Quel objectif vous fixez cette fois ?
Léna Normand : « Celle qui a été lancée en 2016, c’était pour un référendum et elle a recueilli plus de 55 000 pétitionnaires, ce qui a permis de libérer la parole sur ce sujet qui était longtemps tabou. La nouvelle pétition que l’on lance, peu importe le nombre de signataires, mais c’est sûr qu’un maximum de personnes permettrait de venir en soutien de cette cause qui manque à être reconnue ».
TNTV : Où vont se dérouler ces commémorations le 2 et pour le 3 juillet ?
Léna Normand : « A Tahiti, j’invite la population à venir en masse nous rejoindre au Monument aux Morts de 8h à 16h. Il y aura une action également portée par une section de Mahina à l’ancien CEP. Et le 3, on ira à la rencontre de la population de la Presqu’île ».



