Papeete, vraiment un futur hub de réparation navale dans le Pacifique? C’est la question qu’a posée Édouard Fritch, ce mercredi, au ministre des Travaux Jordy Chan. Principale interrogation du président du Tapura Huiraatira : la pérennité du projet de second dock flottant que le gouvernement compte installer au Port autonome, pour un investissement total de 7 milliards de Fcfp.
Seul un dock flottant est opérationnel à Papeete, pour encore quelques années, et Édouard Frich s’inquiète de l’obsolescence programmée de son remplaçant, qui devrait voir le jour à l’horizon 2029. Car selon lui, ses capacités prévisionnelles – 120 mètres de longueur, pour des navires pesant jusqu’à 5 000 tonnes – seront vite dépassées par l’augmentation en taille et en poids des navires marchands, de croisière, ou de soutien.
« Comment prétendre devenir un hub régional avec un équipement qui, dès son entrée en service, ne pourra déjà pas accueillir plusieurs des plus grands navires exploités en Polynésie ? », interroge-t-il, mentionnant les cas de l’Aranoa et de l’Aranui. Ce dernier avait effectué son carénage au Chili fin 2025, faute d’équipement adapté sur le territoire. « Vous investissez aujourd’hui plusieurs milliards dans un outil qui exclura immédiatement une partie de notre propre flotte (…). Vous retenez un dimensionnement qui risque d’être dépassé bien avant la fin de vie de l’équipement, alors même qu’il est destiné à servir la Polynésie pendant quarante ou cinquante ans. N’aurait-il pas été plus responsable d’anticiper les besoins de demain plutôt que de répondre à ceux d’hier ? (…). Quelles garanties avez-vous que cette nouvelle capacité bénéficiera d’abord aux armateurs et à la flotte locale ? » , demande-t-il.
Des inquiétudes infondées pour le ministère des Grands travaux et de l’Équipement, qui indique que les analyses commandées au Port autonome de Papeete sont toujours en cours, et que le seuil de tonnage de 5 000 tonnes n’est pas inscrit dans le marbre. Les résultats définitifs de ces études, qui devraient être communiquées à Jordy Chan « dans les prochaines semaines » , décideront de la solution « la plus pertinente au regard de différents critères, parmi lesquels les coûts d’investissement, d’exploitation et d’entretien, le niveau de rentabilité attendu, les tarifs proposés, la capacité à capter le potentiel de marché, le taux d’occupation prévisionnel ainsi que les perspectives d’évolution de la flotte » , répond le gouvernement. Qui rappelle qu’une installation d’une capacité de 4000 tonnes, soit les dimensions du vieux dock, suffit à répondre aux besoins de « 96% de la flotte polynésienne actuelle » .
« L’ambition de faire du Port de Papeete un port régional de réparation navale ne repose pas uniquement sur le dock flottant » , conclut le gouvernement, qui indique que les travaux actés par le schéma directeur 2022-2032 (construction de terre-pleins techniques, d’ateliers, de hangars spécialiés, d’équipements de levage et d’infrastructures environnementales) à Fare Ute débuteront dès 2028.
RNS : A Fano Ti’a en médiateur
Autre question, autre sujet : celle de Tematai Le Gayic et Thilda Garbutt-Harehoe (A Fano Tia) concernait le Régime des Non-Salariés. Seul groupe à ne pas voter l’abrogation de la réforme portée par l’ancien ministre de la Santé, Cédric Mercadal, et après avoir agité la menace d’un recours devant le Conseil d’État, le groupe A Fano Ti’a a finalement choisi de se poser en facilitateur du dialogue avec l’opposition. Les deux élus ont ainsi sollicité Raihei Ansquer afin d’obtenir l’intégralité des données financières pour que l’Assemblée, et non plus le seul gouvernement, conduise la prochaine réforme globale de la Protection sociale généralisée.
Malgré les tentatives du gouvernement d’éclaircir le flou artistique créé par l’abrogation de la réforme, la ministre reconnaît que de nombreux entrepreneurs ne se sont pas déclarés. « Les déclarations enregistrées sont ainsi bien inférieures à celles escomptées. Et cette situation se traduit très concrètement par un manque de cotisations que nous ne pouvons ignorer » , résume-t-elle.
« L’enjeu, désormais, dépasse le seul RNS. L’enjeu, c’est la confiance, la confiance de nos travailleurs indépendants, de nos entrepreneurs, de nos familles, dans des institutions capables, malgré leur divergence, de se rassembler autour d’un même texte qui réunisse une majorité. Ce que nous vivons depuis quelques semaines peut se lire comme un exercice de démocratie » , conclut-elle.



