Essais nucléaires : revisiter l’histoire grâce à l’étude des archives militaires

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Comment écrire aujourd’hui l’histoire des essais nucléaires en Polynésie ? C’est la question qui au cœur des recherches menées par Manatea Taiarui, enseignant en histoire-géographie et doctorant à l’Université de la Polynésie française. Un travail de plusieurs années qui s’appuie notamment sur l’ouverture progressive des archives militaires françaises.

Depuis 2022, Manatea Taiarui explore des milliers de documents conservés dans l’Hexagone. Des recherches destinées à mieux comprendre comment le Centre d’Expérimentation du Pacifique (CEP) a été créé, mais aussi replacer cette histoire dans un contexte plus large, à l’échelle de la région.

« Je m’intéresse à tout ce qui est circulation d’expertises, circulation d’acteurs scientifiques entre les différents sites d’essais nucléaires de France, des États-Unis et du Royaume-Uni, entre 1963 et 1975. Je m’intéresse à l’installation du CEP et aux essais atmosphériques », explique le jeune doctorant.

Certains documents révèlent aussi la manière dont la Polynésie était présentée aux militaires dépêchés au fenua dans les années 1960.

« Je suis tombé sur une sorte de manuel à destination des marins français qui étaient mutés au CEP. Il y avait le titre : ‘Qu’est-ce qu’un Tahitien ? Qu’est-ce qu’une Tahitienne ?’ Comment ils vivent et comment ils sont. Cela a une dimension un peu coloniale. C’est assez drôle mais en même temps triste”, dit-il.

En plus de sa thèse, Manatea Taiarui participe désormais à un nouveau programme de recherches baptisé Te Moana. Un projet consacré aux conséquences environnementales consécutives à l’installation du CEP.

« On s’intéresse aux impacts environnementaux (…) à l’époque des essais nucléaires mais aussi aux héritages environnementaux du nucléaire actuellement”, souligne-t-il.

Des recherches qui passent aussi par l’étude des connaissances scientifiques développées à cette période. « Ils étudiaient tout ce qui est météorologie, les courants marins, le climat, et la direction des vents pour suivre la radioactivité et les retombées radioactives. Ça nous permet aussi de documenter l’histoire des sciences”, ajoute Manatea Taiarui.

Un travail de longue haleine qui doit se poursuivre jusqu’en 2029 avec l’ambition d’apporter un nouvel éclairage sur l’histoire des essais nucléaires en Polynésie française.

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