Les élus de l’Assemblée attendront encore quelques mois avant de se prononcer sur le futur site du cyclotron, un accélérateur de particules indispensable au fonctionnement optimal du TEP-scan et donc à une meilleure prise en charge de certains cancers.
Car la création d’une commission d’enquête a été actée hier soir, à l’unanimité, après des échanges parfois virulents dans l’hémicycle. D’un côté, les défenseurs du projet actuellement prévu au CHPF. De l’autre, ceux qui souhaitent regrouper le cyclotron, les équipes et les équipements au sein d’une structure unique, l’Institut du cancer, comme le propose la commission de la santé, à travers une proposition de délibération portée par Pacale Haiti Flosse et Sylvana Tiatoa.
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Derrière ce débat politique se cache surtout un profond désaccord entre les spécialistes du CHPF et les deux médecins nucléaires du territoire, favorables à une implantation sur le site de Princesse Heiata.

Pour rappel, depuis l’ambition affichée en 2015, puis l’autorisation du projet en 2018, le choix du site d’implantation de ce matériel de pointe a évolué à de multiples reprises. La rotonde du CHPF, Princesse Heiata à Pirae, Mama’o à Papeete, le centre 15, et finalement dans un futur pôle dédié au CHPF. Une succession de revirements qui exaspère jusqu’aux rangs des non-inscrits. Teava Chaumette dénonce un dossier enlisé depuis dix ans et appelle à retirer le texte pour contraindre les différents acteurs à présenter enfin un projet commun.
« Mais quel bordel ! […] Je propose de retirer ce texte, renvoyer l’ICPF et le CHPF dans une pièce, verrouiller la porte et qu’ils arrêtent d’enquiquiner les Polynésiens tant qu’ils n’ont pas un projet unique et viable à nous présenter » s’est indignée Teave Chaumette, représentante non-inscrite.
Un appel au retrait du texte que partage également la ministre de la Santé, Raihei Sanquer. En revanche, pas question pour elle de remettre en cause le projet actuellement engagé au CHPF : « Aujourd’hui, on me demande de suspendre l’installation d’un cyclotron, alors que le process est déjà lancé. Les années d’errement ne nous ont rien appris. Les choses sont lancées, je vous demande de ne pas ralentir ce calendrier qui est important pour nos malades. […] Je vous demande aussi de considérer que nous avons une équipe projet qui travaille depuis un an, faite d’oncologues, de radiopharmaciens. Le radiopharmacien est celui qui travaille au plus près du cyclotron. Des ingénieurs, des médecins généralistes certainement, et aujourd’hui je rappelle que le cyclotron est soumis à une autorisation extrêmement stricte ».
Face à ce profond désaccord entre les professionnels de santé, la ministre plaide pour davantage de concertation. Mais en face, la rapporteure de la proposition de délibération, Pascale Haiti-Flosse, ne démord pas : « Si vous maintenez le projet à l’hôpital, qui va garantir toute la partie sécuritaire, sachant encore une fois, ce sont les deux médecins nucléaires. Et si ces deux médecins partaient qui va valider tout ça ? Toi médecin urgentiste ? Le médecin généraliste ? Personne ne va valider, les deux seuls qui vont valider ce sont les médecins nucléaires, ils porteront la responsabilité. Sans eux, on ne peut pas valider ce bâtiment et ils sont opposés !«
L’élue du Tapura Huiraatira questionne également le coût de ces tergiversions supporté par le pays au fil des années. Echange de salves.
« Ce n’est pas moi médecin urgentiste qui va décider, mais moi ministre de la Santé qui va prendre cette responsabilité et s’engager pour la meilleure décision et la meilleure vision. Pourquoi ce serait les deux médecins nucléaires qui auraient l’expertise et pas les deux radiopharmaciennes de l’hôpital qui ont à charge de manipuler ces radio- isotopes ? » scande Raihei Sanquer.
La ministre regrette la politisation d’un dossier sur lequel elle dit ne jamais avoir été consultée par les deux médecins spécialistes précités. Elle appelle à davantage de concertation pour parvenir à une décision éclairée. C’est finalement le président de l’Assemblée, en bon modérateur, qui met un terme au débat. Il convie la ministre, les représentants désignés de chaque groupe politique ainsi qu’Hinamoeura Morgant Cross, pour les non-inscrits, à une réunion dans son bureau avant de suspendre la séance.
Cette suspension permet finalement de trouver un compromis, puisqu’à l’issue des échanges en comité réduit, il est prévu la création d’une commission d’enquête présidée par Pascale Haiti, avec un engagement de rendre ses conclusions d’ici trois mois et sans suspendre la phase d’études en cours sur l’emplacement au CHPF. Objectif : apporter un éclairage complet sur les différentes options envisagées. Une délibération devra être prise pour encadrer les missions
« Vous n’êtes pas médecins à la place des médecins, vous n’êtes pas oncologues à la place des oncologues […] et donc nous avons besoin d’être couvert et encadré par la décision que nous allons prendre. Et donc si éventuellement; la décision d’enquête débouchait sur le fait que l’emplacement actuel ne recueille pas toute la sécurité qu’on souhaite, à ce moment-là, il va falloir que le pays accepte de changer le fusil d’épaule. Par contre, à l’inverse, s’il n’y a pas autant de risques que nous l’avons imaginé à ce moment-là, le projet suit son cours » déclare Antony Géros, président de l’Assemblée.
La rapporteure accepte donc de retirer sa proposition de délibération. Pendant les trois prochains mois, la commission d’enquête devra examiner les différentes options afin de permettre une décision qui, cette fois, fasse consensus. La première réunion est prévue demain à l’assemblée.



