Comment développer l’économie polynésienne sans céder aux pressions en faveur de l’exploitation minière des fonds marins ? C’est la question au cœur du projet Capstone 2026, présenté en conseil des ministres par le président de la Polynésie française.
Intitulée « Les véritables joyaux du Pacifique : la voie de la Polynésie française vers la prospérité économique face à la pression de l’exploitation minière des fonds marins » (« The True Gems of the Pacific: French Polynesia’s Pathway To Economic Prosperity Under the Pressure of Deep-Sea Mining »), l’étude a été réalisée par des étudiants de la School of International and Public Affairs (SIPA) de l’université Columbia, en collaboration avec la Délégation aux affaires internationales, européennes et du Pacifique (DAIEP).
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Cette coopération, engagée en 2023, a déjà donné lieu à plusieurs travaux consacrés à l’exploitation minière en eau profonde. Elle a été prolongée par la signature, le 15 octobre 2025, d’un mémorandum d’entente entre la Polynésie française et l’établissement new-yorkais.
Dans ce cadre, dix étudiants, accompagnés de leur professeur Eric Chang, se sont rendus au fenua du 14 au 21 mars 2026. Leur mission consistait à analyser les enjeux économiques, environnementaux, sociaux et géopolitiques liés à l’exploitation des fonds marins, mais aussi à identifier des solutions durables pour diversifier l’économie polynésienne.
Durant leur séjour, les membres de la délégation ont notamment rencontré le président du Pays, qui a insisté sur la nécessité de trouver des réponses concrètes face aux pressions exercées par de grandes puissances, ainsi que sur les enjeux d’autonomie alimentaire et énergétique. Ils ont également échangé avec plusieurs membres du gouvernement et services du Pays autour de la pêche durable, du tourisme sportif, du numérique et des énergies renouvelables.
Le rapport distingue cinq piliers susceptibles de renforcer la résilience économique de la Polynésie française. Il recommande d’abord de développer les exportations « Made in Fenua », notamment dans les secteurs de la perle, du surf et de l’aquaculture haut de gamme. Il mise également sur un tourisme davantage ancré dans les territoires, à travers le surf, la plongée et la valorisation du patrimoine culturel.
Les auteurs préconisent par ailleurs de renforcer l’autosuffisance alimentaire grâce à l’aquaculture commerciale et à une réduction de la dépendance aux importations. La numérisation des services publics dans les archipels éloignés constitue un autre axe de développement, tout comme la sécurité énergétique, avec l’essor du SWAC et de l’énergie thermique des mers. Ces propositions doivent alimenter la stratégie de développement Cap 2033 du gouvernement.
L’étude considère en revanche que l’exploitation minière des fonds marins ne représente pas une solution économique adaptée. Elle évoque une rentabilité spéculative, des redevances incertaines pour les petits États, des teneurs en minerais plus faibles qu’annoncé et des dommages environnementaux qui pourraient être irréversibles.
Le rapport recommande ainsi de maintenir le moratoire, de mieux coordonner les positions des pays du Pacifique et de nouer des alliances au sein de l’Autorité internationale des fonds marins. Il propose également de renforcer, aux côtés de la France, la capacité de la Polynésie française à défendre sa position devant les instances internationales.
Pour le Pays, ces conclusions confortent son opposition à l’exploitation minière des grands fonds et sa volonté de privilégier un modèle économique reposant sur la protection de l’océan, la valorisation des ressources locales et le développement du carbone bleu.



