L’exploitation minière des fonds marins divise toujours le Pacifique

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Faut-il exploiter les ressources minières sous-marines ou préserver les grands fonds ? La question continue de diviser les dirigeants du Pacifique. Lors du Forum des Îles du Pacifique, certains se sont montrés favorables à une éventuelle exploitation, tandis que d’autres ont réaffirmé leur opposition.

Les 18 dirigeants du Pacifique cherchent toujours une position commune sur l’exploitation minière des fonds marins. Mais le consensus semble encore lointain.

La pandémie de Covid-19, qui a mis en évidence la fragilité des économies dépendantes du tourisme, a poussé certains États insulaires à envisager de nouvelles sources de revenus. Les Îles Cook, les Tonga ou encore Nauru s’intéressent ainsi aux ressources présentes dans leurs fonds marins, même si leurs projets n’en sont, pour le moment, qu’au stade de l’exploration.

 

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« Tonga a choisi une approche prudente, qui consiste d’abord à ne pas nuire à l’océan. Nous sommes donc attentifs à la science et aux préoccupations exprimées et, bien entendu, nous ne ferons rien qui puisse perturber ou détruire l’environnement », souligne Fatafehi Fakafanua, Premier ministre des Tonga.

Pour Henry Puna, ancien Premier ministre des Îles Cook et ancien secrétaire général du Forum des Îles du Pacifique, les États doivent pouvoir accéder à ces ressources : « C’est la responsabilité des chefs de gouvernement de trouver un accès à ces ressources pour le bénéfice, pour le bien de leur pays. Ce n’est pas du minage : c’est pour ça que ça provoque beaucoup d’émotion, les gens disent : “Oh, vous allez creuser au fond de l’océan”… Mais non, ce sont juste des ressources qui reposent au fond de l’océan, il faut simplement y accéder. Je peux vous le dire, quand les compagnies vont arriver avec leurs technologies, elles ne vont pas nuire à l’environnement ».

Les pays intéressés par cette exploitation assurent qu’ils n’agiront que si les opérations peuvent être menées sans dommages pour l’environnement. Une promesse qui ne convainc pas Palau, pays hôte du Forum et précurseur dans la protection de l’océan. Comme la Polynésie française et la France, l’archipel s’oppose à l’exploitation minière des grands fonds.

« Notre politique se base sur la science et ce que nous disent les scientifiques aujourd’hui, c’est qu’il n’y a pas de garantie du tout que cela puisse se faire en préservant l’environnement, en protégeant la biodiversité marine. Par ailleurs, il y a aussi un argument économique que plusieurs îles du Pacifique font valoir, c’est-à-dire qu’aujourd’hui, il n’y a aucune garantie de la viabilité économique de telles expéditions. La position de la France reste la même, et nous sommes pleinement engagés pour que d’autres pays nous rejoignent pour pouvoir protéger ces grands fonds marins », explique Isabelle Caroit, ministre déléguée à la Francophonie et aux Partenariats internationaux.

D’autres territoires ne prévoient pas d’exploiter ces ressources à court terme, mais refusent de fermer définitivement la porte. C’est le cas de la Nouvelle-Calédonie, qui a signé le moratoire contre l’exploitation tout en souhaitant mieux connaître les richesses présentes dans son espace maritime.

« Quand on veut construire un pays, quand on se considère être responsable dans un pays, il ne faut pas se couper les possibilités de savoir ce qu’il y a non seulement dans le sous-sol, mais aussi dans la mer. Cela ne veut pas forcément dire l’exploiter, mais de savoir, parce que si nous, on ne le sait pas, d’autres le sauront pour nous », précise Alcide Ponga, ministre de l’Énergie et des Mines de la Nouvelle-Calédonie.

Des conséquences qui pourraient dépasser les frontières

L’océan ne possédant pas de frontières physiques, les conséquences d’une exploitation pourraient s’étendre au-delà de la zone concernée. Une inquiétude particulièrement présente chez les gardiens des traditions et les militants écologistes réunis au Forum.

« Aux endroits où ils ont débuté les extractions, il y a 30 ans, l’environnement ne s’en est pas remis, la vie n’est pas revenue. Les traces de leurs machines au fond de l’océan sont toujours visibles, après 30 ans, même presque 40 ans », déplore Solomon Pili Kaho’ohalahala, surnommé Uncle Sol, écologiste et navigateur hawaïen.

« Qu’est-ce que ça signifie d’être un habitant du Pacifique, des Îles Cook, ou d’être un Maori ? L’océan est censé être au cœur de notre identité. Détruire notre océan, c’est piétiner ce que nous sommes, nous, le peuple du Pacifique », ajoute Juressa Lee, militante néo-zélandaise de Greenpeace opposée à l’exploitation minière.

Les lobbyistes pro-exploitation se sont montrés plus discrets lors de cette édition du Forum. TNTV avait pu les interroger les années précédentes, mais cette fois, ils se sont contentés de faire miroiter des bénéfices records aux îles qui acceptent de les écouter. Pourtant, dans le Pacifique, ceux qui s’y sont essayé ont surtout perdu de l’argent. Les seuls à s’enrichir sont, pour le moment, les compagnies minières.

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