Mission de l’ONU au fenua : une résolution plus consensuelle votée à la quasi unanimité

Publié le

Unanimité... moins deux abstentions et une absence sans procuration, celle d'Oscar Temaru. Les trois principales forces politiques représentées à l'Assemblée se sont entendues pour réclamer une mission de l'ONU.

L’exercice était périlleux pour les autonomistes. L’intervention de l’ONU sur l’avenir institutionnel de la Polynésie est mal vue par l’Etat, ainsi que par certains électeurs autonomistes, qui y voient un cadeau offert aux indépendantistes. Rien de tout cela, selon Edouard Fritch : « Nous avons accepté une démarche d’information, pas un choix institutionnel » insiste-t-il. Le Tapura a d’ailleurs demandé à modifier le texte, notamment en enlevant le mot « décolonisation » de la résolution, et même en supprimant le mot « autodétermination » du titre de la résolution.

Elle se concentre donc sur la visite des Nations-Unies, avec l’accord de l’Etat. Cet accord est un autre point ajouté à la résolution. « Nous ne demandons pas à l’ONU de choisir pour nous. Nous lui demandons d’abord de venir écouter, de regarder et de constater » insiste Edouard Fritch. Car pour les autonomistes, qui demandent cette mission depuis 2019, les Nations-Unies doivent « constater directement » la réalité de la Polynésie, parce que « nous ne supportons pas que les indépendantistes nous traitent de colonisés » déplore Edouard Fritch dans l’une des rares saillies non consensuelles des discours du jour.

 

– PUBLICITE –

Pour le reste, c’est plutôt rare, les trois grandes formations politique affichent leur unité sur deux points : l’ONU doit venir, le dialogue avec l’Etat doit reprendre.

Consensus de trois groupes et du gouvernement

Antony Géros, lui aussi, se félicite de l’aspect « consensuel » du texte. « Il nous appartient de porter ensemble un projet commun« , qu’il détaille en trois points : « une mission spéciale du Comité des 24 en Polynésie« , point de départ, selon lui, à « toute revendication de décolonisation » ; en deuxième lieu, établir un programme clairement défini sur le processus de décolonisation : « nous poussons l’Etat à enclencher le processus » ; c’est d’ailleurs le troisième point, qu’il juge essentiel : l’ouverture du dialogue avec l’Etat, accompagné par les Nations-Unies. Dans une référence implicite aux émeutes calédoniennes, Antony Géros ajoute : « S’il n’y a pas de dialogue, vous savez ceux à quoi cela peut nous mener« .

Le gouvernement, lui aussi, soutient la résolution. C’est Vannina Crolas qui lit le discours de Moetai Brotherson, car le Président s’était engagé à ouvrir la foire agricole. Ce qui donne d’ailleurs quelques moments comiques, lorsque la ministre du Travail déclare « Je m’exprime devant vous en qualité de Président de la Polynésie française« .

Seul regret du gouvernement : le remplacement du mot « peuple« , par « population« , au sujet des Polynésiens. Mais dans l’ensemble, Moetai Brotherson « soutient cette résolution« . Il dit « comprendre l’impatience » d’Oscar Temaru face à l’absence de progrès depuis la réinscription de la Polynésie française sur la liste des Territoires non-autonomes à décoloniser, en 2013. « Mais cette impatience ne doit pas nous conduire à renoncer à la voie du droit international » souligne le Président par la voix de sa ministre.

Les bancs de l’Assemblée étaient clairsemés à la mi-journée pour un vote pourtant jugé « historique » – Photo Mike Leyral

Seuls deux élus s’abstiennent, ceux de A Here ia Porinetia. Dans son discours, Nuihau Laurey souligne la composition du Comité des 24, qui compte peu de démocraties florissantes et exemplaires. « Onze sont classées parmi les régimes autoritaires, pour ne pas parler de dictatures, pas un seul n’est qualifié de démocratie pleine« . Il s’interroge donc sur l’analyse de la Polynésie que pourraient dresser les représentants de ces pays. Et estime que c’est au président polynésien de s’engager sur cette voie, pas à l’ONU, qu’il estime « dénuée de pouvoir » en la matière. Mais AHIP choisit de s’abstenir plutôt que de s’opposer.

La résolution est donc très largement adoptée dans une ambiance consensuelle, quelque peu inhabituelle dans l’hémicycle. Un moment qualifié d’historique par quelques élus. Mais tous ne l’ont visiblement pas considéré ainsi : Oscar Temaru, absent, n’avait pas donné de procuration ; Edouard Fritch était parti à Moorea à l’heure du vote ; et Moetai Brotherson s’était éclipsé pour la foire agricole. Un vote historique, peut-être… mais sans les trois grands leaders. La pique du jour est d’ailleurs signée Steve Chailloux : « Malheureusement nous avons pris l’habitude de l’absence de Monsieur Brotherson lorsqu’il s’agit d’examiner une résolution historique« .

Dernières news

A lire aussi