Un gendarme de la Garde républicaine condamné pour trafic et consommation d’ice

Publié le

Un sous-officier de la gendarmerie servant à la Garde républicaine, et un autre (ex) militaire ont été condamnés, ce jeudi, par le tribunal correctionnel pour des faits de trafic et de consommation d’ice. En 2024, à Paris, les deux amis s’étaient mis à consommer ensemble régulièrement.

D’un côté, Hoanui*, 24 ans, sous-officier de la Garde républicaine. De l’autre, Teva*, 26 ans, danseur et ex-futur militaire dans la marine nationale. Rien ne laisse croire qu’ils sont des consommateurs d’ice, et pourtant.

Tous deux comparaissaient, ce jeudi, devant le tribunal correctionnel de Papeete pour des faits de trafic et de consommation d’ice, commis dans l’Hexagone et au fenua.

Les deux hommes se connaissent depuis plusieurs années. Après le lycée, Teva explique avoir commencé à consommer de l’ice « occasionnellement », lors de soirées. Bon danseur, il passe, en 2024, neuf mois en France avec une troupe de danse, basée à Perpignan, et retrouve régulièrement Hoanui à Paris. « Quand j’allais chez lui, je ne faisais rien d’autre que consommer de l’ice », explique-t-il.

Il raconte que Hoanui, devenu sous-officier affecté à la Garde républicaine, s’est déjà livré à des transactions de drogue devant lui, lorsque celui-ci venait le récupérer à la station de métro.

À son retour en Polynésie, fin 2024, Teva affirme avoir livré des petites doses d’ice, des « ten », pour le compte de son ami, rentré pour les vacances. Une activité qui lui permettait, dit-il, de financer sa propre consommation et de gagner un peu d’argent. Il assure également avoir servi d’intermédiaire pour transférer à Hoanui de l’argent, dont il est difficile d’établir la provenance, alors que celui-ci se trouvait en métropole. Des virements que Teva présente, pour partie, comme le remboursement de frais avancés pour « faire la fête ».

Hoanui reconnaît avoir essayé l’ice pour la première fois début 2021, avant de partir suivre sa formation de gendarme. Il affirme toutefois que sa consommation est devenue régulière à partir d’avril 2024, au contact de Teva, au sein de la communauté polynésienne en métropole. « Sur le moment, je ne me rendais pas compte », souffle-t-il.

En revanche, il conteste fermement les accusations de trafic. Selon lui, Teva invente et apportait lui-même la drogue lorsqu’ils consommaient ensemble. Hoanui reconnaît néanmoins que tous deux fréquentaient des personnes impliquées dans un trafic international d’ice, découvert fin 2025 au fenua.

Hoanui explique avoir simplement mis en relation un ami de Tahiti baignant dans les stupéfiants et Teva. Plusieurs transactions ont effectivement eu lieu dans sa voiture. « À cette période, j’étais dans le flou. Je le considérais comme un ami (…). Je me suis dit : je vais voir ce que je peux faire pour lui », déclare-t-il, assurant n’avoir joué qu’un rôle d’intermédiaire.

Avant son interpellation, en avril dernier, Teva avait été incorporé sur la base navale de Papeete, espérant tourner la page de l’ice en intégrant définitivement la Marine nationale. Mais son passé l’avait rattrapé : lors de la perquisition de sa chambre sur la base, les enquêteurs avaient retrouvé de la drogue.

Hoanui, lui, servait à la Garde républicaine depuis octobre 2024. Suspendu après son interpellation, en mars, il avait déjà vu son procès être renvoyé après le décès de son bébé. Il ne se fait guère d’illusion sur la suite de sa carrière de militaire.

Pour le procureur, en effet, les fonctions militaires exercées ou envisagées par les deux hommes sont « incompatibles » avec des faits de trafic de stupéfiants. Avocat de Teva, Me Fromaigeat, regrette l’ampleur prise par l’ice en Polynésie. « Je suis à chaque fois surpris de voir à quel point cela va au-delà de ce que je pensais », déclare-t-il, estimant que son client est loin du « délinquant habituel » ou de « l’acteur de Scarface ».


De son côté, Me Nougaro, avocate de Hoanui, estime qu’il est impossible de faire « endosser le costume du chef » à son client, soulignant que les accusations de trafic reposaient essentiellement sur les déclarations de son co-prévenu. « C’est une erreur de parcours », plaide-t-elle. « J’ai tout donné pour ce métier. Maintenant, je n’y pense plus. Je veux rester auprès de ma famille », conclut le jeune homme.

Le tribunal a finalement condamné Hoanui à deux ans d’emprisonnement, dont un an avec sursis probatoire pendant deux ans, ainsi qu’à cinq ans d’interdiction d’exercer une fonction publique. Teva écope de trois ans de prison, dont deux ans avec sursis probatoire.

*Les prénoms ont été modifiés

Dernières news

A lire aussi

Activer le son Couper le son