Tiffany Laux : de la banque Rothschild à Paris à son propre cabinet de conseil à Tahiti

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Après avoir débuté sa carrière à la banque d'affaires Rothschild & Co à Paris, Tiffany Laux a choisi de revenir en Polynésie française pour y créer Eight Peas Consulting, un cabinet spécialisé dans la transmission d'entreprises. À 34 ans, cette Polynésienne d'origine chinoise fait de la transmission le fil conducteur de son parcours. Portrait par nos confrères d'Outremers360.

Née à Tahiti dans une famille polynésienne d’origine chinoise, elle quitte le territoire pour ses études dans la finance puis débute sa carrière dans la banque d’affaires Rothschild & Co, à Paris : « J’ai participé à une trentaine d’opérations de fusions-acquisitions et de financement », raconte-t-elle. De ces années particulièrement exigeantes, elle retient avant tout « beaucoup de méthode et un haut niveau d’exigence ».

Lorsqu’elle revient à Tahiti il y a cinq ans, elle ne crée pourtant pas immédiatement son cabinet. Elle réalise d’abord plusieurs missions et prend le temps de mieux appréhender le marché polynésien. « Je trouvais qu’à 28 ans, c’était un peu jeune. Je n’avais pas forcément la maturité pour porter tous ces enjeux auprès des familles. » Une interrogation la taraude alors : « Je reviens en Polynésie, mais qu’est-ce que je peux apporter ? »

 

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La réponse tient en une conviction : « Les dirigeants et les familles polynésiennes méritent un accompagnement au même niveau d’exigence que ce qui se fait à Paris ou à Genève. Mais ancré dans notre réalité à nous. C’est ce que je construis avec Eight Peas Consulting : transmission familiale, cession, reprise, gouvernance et stratégie d’entreprise pour les entreprises d’ici. » En 2024, Eight Peas Consulting voit le jour.

La transmission d’entreprise, un enjeu majeur dont personne ne parle

Tiffany Laux identifie rapidement un espace encore peu investi par le conseil stratégique local : la transmission des entreprises familiales. En Polynésie, explique-t-elle, ce conseil reste traditionnellement réparti entre experts-comptables, avocats et notaires. « La transmission d’une entreprise familiale mobilise des compétences juridiques, fiscales, financières et humaines que nul intervenant ne peut couvrir seul. Le notaire sécurise les actes, l’expert-comptable valorise les actifs, l’avocat rédige les pactes d’associés. Mais personne n’a pour mission de tenir l’ensemble du processus et de s’assurer que les décisions prises restent cohérentes avec les objectifs de la famille. »

C’est précisément sur ce terrain qu’elle positionne Eight Peas Consulting. Aujourd’hui, environ 80 % de l’activité du cabinet concerne la transmission d’entreprise, les 20 % restants étant consacrés à des missions de stratégie, de structuration d’entreprises locales ou d’accompagnement d’entreprises étrangères souhaitant s’implanter en Polynésie.

« Mon métier consiste à accompagner les dirigeants et les familles polynésiennes à des moments clés de la vie de leur entreprise, et plus particulièrement au départ d’un dirigeant et à l’arrivée du ou des repreneurs. Le sujet est un enjeu économique majeur en Polynésie et très peu de gens en parlent ». Dans la majorité des situations qu’elle rencontre, la reprise se fait au sein même de la famille : enfants, neveux ou nièces. Les transmissions à des tiers restent plus marginales.

Tiffany Laux mise aussi sur sa connaissance intime du territoire et de ses codes. Son parcours et son âge lui permettent de se situer entre deux générations : « Mon expérience me permet de parler aux dirigeants fondateurs, et mon âge me permet de lever une partie de la barrière générationnelle entre les parents et les enfants. »

Quand l’entreprise devient une affaire de famille

Transmettre une entreprise ne consiste pas uniquement à céder des parts ou partager un patrimoine. Derrière toute entreprise polynésienne se trouve une histoire familiale. « Une transmission qui n’est pas anticipée est une transmission subie. Il y a des conflits, des non-dits. C’est là que l’intervention d’un tiers de confiance devient essentielle. »

Un processus de transmission peut s’étendre sur douze à vingt-quatre mois. Un temps nécessaire pour confronter les projets, faire émerger les attentes de chacun et parvenir à un accord avant de formaliser juridiquement les décisions. C’est là que la position d’interface d’Eight Peas Consulting prend tout son sens.

Clarifier la gouvernance pour durer

Une entreprise dirigée pendant trente ans par son fondateur n’est plus nécessairement organisée de la même manière lorsqu’arrivent autour de la table plusieurs enfants, actionnaires et dirigeants opérationnels. Certains travaillent dans l’entreprise, d’autres non. Certains veulent développer, d’autres sécuriser. « Une bonne entente aujourd’hui ne règle pas les questions de fond : qui décide quoi, comment on tranche un désaccord, comment on gère une succession ou une entrée de capital. Ces questions finissent toujours par se poser. Mieux vaut y avoir répondu avant. »

L’outil central, explique-t-elle, est le pacte d’associés : un document confidentiel, distinct des statuts, qui encadre les droits et devoirs de chacun, les règles de prise de décision, les modalités d’entrée ou de sortie d’un associé et les mécanismes de résolution des conflits. « C’est ce qui protège l’harmonie familiale à long terme. Et le bon moment pour le rédiger, c’est justement quand tout va bien. Un pacte écrit en période de tension ne protège plus personne. »

En Polynésie, l’exercice comporte ses propres difficultés : famille élargie, foncier souvent indivis, patrimoine professionnel et personnel imbriqués. « Plus les liens personnels sont forts, plus les désaccords sont difficiles à gérer sans cadre. Une gouvernance claire, ce n’est pas de la défiance : c’est ce qui évite que les décisions importantes deviennent des sujets de tension. »

Association Wen Fa, l’autre versant de la transmission

Depuis 2025, Tiffany Laux est engagée au sein de l’association culturelle chinoise Wen Fa, implantée en Polynésie depuis cinquante ans. Elle participe notamment au projet Gong Hakka Tahiti, une application gratuite lancée en février 2026 pour soutenir la transmission du hakka, la principale langue de la communauté chinoise de Polynésie. L’application rassemble aujourd’hui un lexique de plus de mille mots et expressions.

Une implication intimement liée à son histoire familiale : « Le hakka se transmet dans les familles, à la maison. C’est la langue de ma famille. Cette transmission s’est interrompue car aujourd’hui, la nouvelle génération ne le parle presque plus, et les plus âgés sont ceux qui le parlent encore. Ce qui n’est pas transmis volontairement finit par se perdre, je ne voulais pas voir cette langue disparaître sans rien faire. »

Le triathlon, autre école de l’endurance

Depuis son retour en Polynésie, Tiffany Laux s’est tournée vers la pratique du triathlon en compétition : « Je ne faisais pas de sport auparavant », raconte-t-elle. Elle a dû apprendre à nager, progresser à vélo et accepter de repartir quasiment de zéro.

« C’est un sport d’endurance. On apprend à travailler longtemps et parfois sans résultats. » Il faut accepter l’effort, la répétition et le temps long : « Aujourd’hui, je peux m’entraîner en étant fatiguée sans voir le résultat immédiatement. Mais c’est peut-être justement cet entraînement qui me permettra de performer plus tard. Prochaine étape : les championnats du monde Ironman 70.3, organisés à Nice le 12 septembre 2026. Une épreuve exigeante qui enchaîne 1,9 km de natation, 90 km à vélo et 21,1 km de course à pied.

Tiffany Laux et ses co-équipiers du club tahitien Fei Pi, lors du Ironman de Taupo en Nouvelle-Zélande ©Fei Pi Triathlon 

Rigueur, discipline, préparation, remise en question sont autant de repères qui jalonnent le parcours de Tiffany Laux. Et, en filigrane, une conviction qui semble guider chacun de ses engagements : rien de ce qui a été construit ne peut durer si l’on ne prend pas soin d’en préparer la suite.

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