Tahiti Nui Télévision : Nous retrouvons en plateau Tony Géros, président de l’Assemblée de la Polynésie Française, ia ora na. Alors c’est le peuple qui doit décider, vous êtes tous d’accord sur le principe de l’autodétermination, sauf AHIP et bien sûr Oscar Temaru, on l’a entendu donc dans ce reportage. Qu’est-ce que vous lui répondez ce soir ?
Antony Géros, président de l’Assemblée de la Polynésie française : “D’abord ce que je souhaiterais dire, c’est de remercier. J’ai oublié de le faire en reo Tahiti, de remercier tous les groupes qui se sont concertés et qui ont accepté de s’unir autour de cette résolution. Ensuite, le deuxième point que je voudrais avancer, c’est qu’une résolution ce n’est pas un texte normatif, ce n’est ni une loi, ce n’est ni un règlement, c’est une demande. C’est une demande qui est adressée dans le cadre de ce qu’on appelle une résolution, c’est tout.
Donc on s’est réunis autour d’une demande commune qui aspire à obtenir le soutien de la diplomatie internationale à travers les 192 membres, pas le 193ème parce que le 193ème c’est l’État français, donc demander à ces 192 membres des Nations Unies de faire pression auprès de l’État français pour leur dire écoutez, ça va faire maintenant 13 ans que ce pays est réinscrit, ça va faire 13 ans qu’ils attendent que vous ouvrez le dialogue alors qu’à côté, au niveau de la Kanaky (le nom donné à la Nouvelle-Calédonie par les indépendantistes, Ndlr), deux fois vous avez accepté notamment que les Visiting Missions puissent se faire au sein de la Kanaky. Donc faites un petit pas quand même plutôt que de rester scotché comme ils ont fait depuis le 17 mai 2013 jusqu’à aujourd’hui.”
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C’est une demande commune, mais vous n’avez pas forcément les mêmes attentes aujourd’hui ?
“C’est pour ça qu’on a besoin que ce programme qu’on appelle le Work Program, puisse permettre d’informer la population sur l’issue éventuelle du choix institutionnel que fera la population demain lorsqu’elle sera consultée. Mais si elle n’est pas aguerrie, si elle n’est pas éduquée sur cette issue, comment voulez-vous qu’ils choisissent le moment venu ? C’est pour ça qu’il faut éduquer cette population et d’ailleurs, dans la résolution de la réinscription, l’ONU demande à l’État français d’ouvrir justement cette partie d’éducation pour permettre à la population de savoir pourquoi l’ONU intervient, à quel titre il intervient, qu’est-ce qu’il peut faire dans le cadre de l’accession de notre pays à l’autodétermination. Et ensuite c’est à la population à décider, c’est ni à un parti politique, ni à une association, ni à une instance religieuse, c’est à la population à décider.”
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Edouard Fritch veut que la mission de l’ONU se fasse avec l’accord de l’État. Le Tavini est-il prêt à accepter que la France puisse encadrer cette mission ?
“Mais c’est obligé parce qu’on est une collectivité territoriale. Le droit de non-ingérence s’impose à tous les États qui ne font pas partie de l’État que ça concerne. Et donc c’est tout à fait normal que l’État français autorise la mission à venir ici pour réaliser ses opérations. C’est exactement ce qu’elle a fait à la Kanaky lorsque par deux fois elle a accepté que la Visiting Mission puisse aller en Kanaky.”
Dans le cas où Paris refuse cette mission de visite, quelles seront les prochains étapes pour le Tavini ?
“Alors on va continuer à militer. Ça va faire 12 ans qu’on le fait. Cette année sera la 13ème année. On va continuer à militer. On va continuer à trouver le moyen. Là, le moyen inouï, d’ailleurs je remercie mes collègues, le moyen inouï que nous avons trouvé, c’est de nous réunir autour d’une même demande. Avant, chacun faisait sa demande de son côté, le Tavini, le Tapura, etc. Là, on a réuni cette demande, on l’a formalisée à travers une résolution. C’est historique. On n’a jamais pensé qu’un jour on arriverait à ça.”
Le mot décolonisation n’est plus dans le texte, autodétermination n’est plus dans le titre. Finalement, après tous les amendements, cette résolution reste-t-elle suffisamment ambitieuse pour le Tavini ?
“Il faut lire l’amendement et vous comprendrez qu’effectivement, le narratif c’est une chose, mais la demande qu’on fait c’est trois choses. C’est d’abord la Visiting Mission. Donc on demande à ce qu’une mission de l’ONU puisse venir en Polynésie pour vérifier cet aspect non autonomiste de l’autonomie qu’on impose à la Polynésie. Parce que c’est ce que conteste actuellement l’Organisation des Nations Unies. Deuxièmement, c’est d’organiser un programme qu’on appelle le Work Programme. Et troisièmement, c’est d’ouvrir le dialogue avec la Polynésie. Parce que s’il n’y a pas de dialogue, qu’est-ce qu’il y a après ? J’ose même pas y penser.”
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Edouard Fritch a été clair ce matin, le Tapura a accepté une démarche d’information et pas un choix institutionnel. Peut-on parler d’une véritable convergence entre le Tavini et le Tapura, ou simplement d’un accord ponctuel ?
“Non, je pense qu’à l’issue de la démarche onusienne, on devrait, avec l’accord de l’État, arriver à débloquer la situation de manière à ce que le processus de décolonisation puisse se mettre en place pour arriver à l’objectif final. L’objectif final, c’est de dire quoi ? Maintenant que beaucoup de ponts ont subi la décolonisation, un exemple simple. On veut développer notre économie touristique. On a besoin de dispositions de compétences régaliennes. Donc on demande à l’État, dans le cadre de cette décolonisation, de nous rendre ces compétences.
Il y a d’autres compétences qu’on peut demander à l’État pour permettre petit à petit à notre économie d’évoluer. Mais il n’y a pas que l’économie, il y a tout le reste des ponts de compétences régaliennes actuels au niveau de l’État civil, au niveau d’un certain nombre d’autres compétences. Donc tout ça, ça se discute dans le cadre d’un dialogue. Et ce dialogue-là, malheureusement, on ne l’a pas. C’est pour ça qu’on le demande.”
Merci Tony Géros d’avoir accepté notre invitation.
“Merci.”



