Prêt de 8,5 milliards à ATN : « le Pays y gagne aussi », soutient Warren Dexter

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Alors que le gouvernement soumet à l'Assembéle, ce vendredi, son collectif budgétaire n°3 révisé, le ministre de l'Économie Warren Dexter, défend les grands arbitrages de l'exécutif, entre le projet de prêt de 8,5 milliards de Fcfp à Air Tahiti Nui, le maintien du bouclier fiscal sur le carburant et la mise en place future d'une carte de remise PPN ciblée sur les ménages les plus nécessiteux. Interview.

TNTV : Vous demandez aux élus d’autoriser un prêt de 8,5 milliards de Fcfp à Air Tahiti Nui pour refaire les cabines de quatre avions. Pourquoi est-ce au Pays de financer cet investissement ?
Warren Dexter : « La rénovation des cabines a été présentée par la direction d’ATN en conseil d’administration, fin juin. Ils proposaient une formule de « sale and leaseback », c’est-à-dire de vendre les deux avions qu’ils ont en pleine propriété pour pouvoir financer les cabines. Nous, au niveau du gouvernement, on s’est opposés à cette hypothèse parce qu’on a estimé que c’était vendre les bijoux de famille. Et comme la compagnie a des difficultés à contracter un prêt auprès des banques privées, c’est dans ces conditions qu’on a proposé cette solution du prêt par le Pays. »

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TNTV : Impossible pour la compagnie de financer elle-même cet investissement, selon vous ?
Warren Dexter : « Tout à fait. »

TNTV : Avec un taux à 2,5%, ATN y gagne. Mais que gagne le Pays et quelles garanties prend-il ?
Warren Dexter : « Si l’on propose cette formule, c’est quon a confiance en la personne de Lionel Guérin, surtout à la stratégie commerciale qu’il nous a présentée. Je n’imaginais pas bien que derrière ces rénovations de cabines, il y aurait une stratégie marketing qui va être très percutante. Et puis après, le prêt, c’est mieux qu’une subvention. Parce que si on a fait le calcul, si on prête 8,5 milliards sur une durée de 10 ans, ça nous rapporte sur 10 ans 1,2 milliard d’intérêts. Donc le Pays y gagne aussi. »

TNTV : ATN estime que ces nouvelles cabines pourraient lui rapporter 4 milliards de fcfp de fonds supplémentaires par an et lui permettre de revenir à l’équilibre en 2029. Mais certains élus disent devoir aujourd’hui croire ces projections sur parole. Le Pays a-t-il vérifié ces projections ?
Warren Dexter : « Pas dans le détail, mais encore une fois, on fait confiance à M.Guérin, parce que tout le monde sait qu’il a des références dans l’aviation. Et nous avons quand même fait des vérifications (…) des chiffres qu’il a. Effectivement, on part du principe que les sièges business sont ceux qui rapportent le plus d’argent à la compagnie et qui ont un taux de remplissage quasiment à 100%. En augmentant de 8 sièges, ça a un impact significatif sur le chiffres d’affaires, même si on a une diminution corrélative des sièges en économie où le taux de remplissage est moindre. »

TNTV : Si ce prêt à 8,5 milliards n’est pas adopté (ce vendredi) quel est le plan B ?
Warren Dexter : « Il n’y a pas 36 plans B. La société, comme je le disais, n’est pas bancable actuellement. Et donc la solution, parce que je pense qu’à mon avis, il y a un consensus de l’opposition, c’est la nécessité de rénover les cabines. Parce que toutes les compagnies, les avions sont rénovés dans une période de 7 à 8 ans. Là, les avions sont de 2018. Ça fait déjà 8 ans. Il est temps de les changer. Je pense que tous ceux qui ont été dans ces avions, que ce soit en business, en premium ou en économie, ont vu qu’il y a un état de délabrement qui commence à se voir. Si l’Assemblée refuse notre proposition de prêt, la seule solution qui va s’imposer, c’est celle qui avait été initialement envisagée par la compagnie, c’est-à-dire la formule du sale and leaseback. »

TNTV : On a entendu le Tavini demander que ce prix soit assorti de garanties, d’objectifs chiffrés et de contreparties. Allez-vous fixer ces garanties ?
Warren Dexter : « Ils nous ont demandé un tas d’informations sur lesquelles on est en train de travailler. C’est normal. Là, je dis que c’est légitime. C’est normal. Comme l’ont dit plusieurs représentants lors de la réunion d’hier, ils sont aussi garants de l’emploi, du bon emploi des deniers publics. Donc c’est normal qu’ils veuillent être rassurés sur ce qu’on va faire de ce 8,5 milliards, et surtout sur le retour sur l’investissement. On est en train de travailler à leur fournir toutes les réponses dont ils ont besoin. »

TNTV : Autre gros morceau de ce collectif, les carburants. Entre les tensions au Moyen-Orient, et la Russie qui restreint ces exportations de carburants raffinés, les marchés restent sous pression. Pour protéger les prix à la pompe, vous supprimez pendant 6 mois la fiscalité sur les hydrocarbures, 4,5 milliards de recettes en moins. Combien de temps le pays peut-il encore tenir, maintenir ce bouclier ?
Warren Dexter : « Effectivement, on a suspendu l’application des droits et taxes sur les hydrocarbures sur le semestre en cours, c’est-à-dire de juillet au 31 décembre. Et grâce à ça, on arrive à tenir le fonds à peu près à l’équilibre avec un prix du baril qui est actuellement de l’ordre de 90 dollars USA. Tant que ça reste à 90 dollars, le fonds, on le tient. Mais pour moi, ce n’est pas satisfaisant, parce que ce que j’espérais au travers de ce moratoire fiscal, c’est que ça reconstitue les réserves. Aujourd’hui, les réserves, elles restent autour de 2 milliards de Fcfp, ce qui est insuffisant. Donc effectivement, ce que j’espère, c’est que le prix du baril va baisser d’ici la fin de l’année, parce que si ça reste à 90 dollars, voire plus, on va être obligés d’imaginer d’autres solutions pour 2027. Il y a toujours 3 solutions. Vous les connaissez. Soit on reconduit les exonérations de taxes sur les hydrocarbures, soit on subventionne le fonds, soit on augmente les prix à la pompe. Et à chaque fois, c’est et/ou sur les trois formules. »

TNTV : Mais faut-il s’attendre à une hausse des prix à la pompe ?
Warren Dexter : « Pour l’instant, non. Je crois qu’on va pas augmenter les prix à la pompe. On va tout faire pour ne pas l’impacter (…). Ce qu’il faut savoir, c’est que je voulais faire un comparatif de nos prix. Actuellement, à 165 Fcfp sur le prix public, on est à peu près dans la moyenne mondiale. Par exemple, dans le Pacifique, on est moins cher qu’en Nouvelle-Zélande, en Nouvelle-Calédonie ou même dans tous les départements d’Outre-mer. Par contre, on est plus cher qu’en Australie, ou aux États-Unis, par exemple. »

TNTV : — Pour ce collectif 3, vous récupérez 2 milliards de Fcfp du fonds destiné à lutter contre la chèreté de la vie, parce que certaines mesures n’ont pas été mises en œuvre (le passe tama’a) mais aussi parce qu’il y a un moindre coût de la prise en charge du fret international des PPN. Donc pourquoi ne pas réinjecter directement cet argent pour lutter contre la chèreté de la vie ?
Warren Dexter : « Dans ces 2 milliards de Fcfp, il y avait 1,5 milliard qu’on avait mis en collectif 1, quand la guerre s’est déclarée au Moyen-Orient, parce qu’on avait peur qu’il y ait une inflation sur les produits alimentaires. Donc on avait fait ça à titre prudentiel. Finalement, il n’y a pas eu d’inflation, heureusement. Et donc du coup, ce 1,5 milliard n’a pas servi. Maintenant, pourquoi on n’a pas utilisé à la prise en charge d’autres PPN ? Vous savez qu’on a quand même un dilemme au niveau des PPN, c’est-à-dire que tout le monde en profite, quand ce n’est pas destiné qu’aux pauvres. Donc on a vraiment ciblé 13 familles de produits les plus utilisées. Mais après, là, on est en train de travailler sur une autre formule qu’on va présenter d’ici la fin de l’année à l’Assemblée. C’est une carte de remise PPN qui va être financée par ces reliquats de somme que l’on a et qui va cette fois bénéficier aux personnes les plus nécessiteuses. »

TNTV : En attendant l’actualité, c’est donc le vote de ce collectif n°3. Au rencontre des entrepreneurs de France à Paris, le président du MEDEF Polynésie a alerté sur le manque de visibilité politique qui freinerait déjà certains projets. Est-ce que l’actualité politique commence à peser sur notre économie ?
Warren Dexter : « Je suis un peu surpris par ces déclarations parce qu’à ma connaissance, les carnets de commandes sont pleins. Et moi, mon thermomètre, c’est les rentrées fiscales chaque mois. Pour l’instant, je n’ai pas observé de baisse. Donc pour moi, l’économie continue à bien se porter. »

TNTV : Il y a un autre thermomètre. D’ailleurs, l’IEOM a transmis un rapport (ce jeudi). Sur un an, les défaillances des entreprises ont augmenté de près de 15% en Polynésie française. Qu’est-ce que cela indique ?
Warren Dexter : « J’avoue que je n’avais pas cette information. Mais en tout cas, ce que je sais, à fin 2025, c’est qu’en termes de défaillance d’entreprises, on avait les meilleures notes de tous les outre-mer. On était les mieux notés avec moins de défaillance d’entreprises. Donc je ne sais pas si, dans ce plus 15, on rejoint la moyenne des autres outre-mer. Il faut que je voie. »

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