La première séance de la session extraordinaire a débuté ce vendredi matin. C’est aujourd’hui que devait être examiné le projet de collectif budgétaire numéro 3 du Pays. Mais au lieu des débats, la séance a tourné au procès. De nombreux élus ont violemment critiqué l’absence du président du Pays. Moetai Brotherson se trouve en ce moment à Palau pour assister au Forum des iles du Pacifique.
« Peut-être qu’il est plus important pour lui d’aller nager avec son nouveau masque et tuba dans les eaux de Palau, a lancé Hinamoeura Morgant, élue non inscrite. Vous avez sciemment décidé de mettre ce collectif aujourd’hui quand il n’est pas là. »
« Je n’ai plus envie de faire quoi que ce soit s’il n’est pas présent. La majorité des questions, c’est lui qui peut y répondre », à quant à lui déclaré l’élu Tavini Mitema Tapati.
« On a bien compris que pour le président, l’urgence c’est Palau et c’est 23 000 habitants au lieu des 280 000 ici », a scandé Lana Tetuanui, élue Tapura Huira’atira et sénatrice. « Quand certains ont du mal à joindre les deux bouts, on va se permettre de faire n’importe quoi dans ce collectif. (…) Nous attendons celui qui nous a invité à cette séance »
Même son de cloche du côté de Steve Chailloux, pourtant élu A Fano Ti’a : « Nous attendons que monsieur le président soit présent. Lorsqu’il y a un problème dans un foyer, il faut travailler au sein du foyer pour trouver la solution. Nous n’allons pas à l’extérieur. Nous restons au sein du foyer pour trouver la solution. (…) »
Egalement élu A Fano Tia, Mike Cowan a tenté de calmer le jeu : « Est-ce que le Président de la République est présent à toutes les commissions en France ? Je pense que le président a des fonctions, et ça ne nous empêche pas de travailler. On est là pour travailler les dossiers. On s’est réunis. Pourquoi on ne travaille pas ? Je pense qu’on devait travailler aujourd’hui et s’attacher au travail à effectuer. »
Mais il a rapidement été recadré par Lana Tetuanui qui lui a fait remarqué que la gouvernance n’est pas organisée de la même manière à l’échelle nationale et à celle du Pays… « Quand j’invite des collègues à déjeuner chez moi, je reste chez moi et j’attends mes invités. (…) Demande sur Google comment sont organisées les institutions, c’est facile. »
Minarii Galenon a quant à elle rappelé qu’elle occupe la fonction de vice-présidente et peut donc remplacer Moetai Brotherson en séance. « Peut-être que ça gêne parce que je suis une femme mais je suis là. J’assure la fonction (…) Que fait monsieur le président du gouvernement à Palau en ce moment ? Eh bien, il participe au Forum des iles du Pacifique. Pourquoi ? (…) Lorsqu’on participe à ces Forums du Pacifique, on discute de cette solidarité du Pacifique; Qu’est-ce que vous en faites chers amis ? Qui peut être insensible aux problèmes qui peuvent survenir à notre population ? (…) Ne jugez pas trop vite, attendez les actions à venir. S’il est au Forum du Pacifique, c’est pour parler des conditions climatiques, de tout ce qui se passe, de l’exploitation minière (…) Le président entend défendre la Polynésie face à cette catastrophe annoncée. (…) La différence avec le passé, c’est que notre président a confiance en ses ministres. »
Un discours qui n’a pas convaincu Lana Tetuanui. « Si je rebondis sur la remarque de Mike Cowan, c’est le Premier ministre qui est responsable devant le Parlement français dont si je traduis sa pensée, vous êtes alors la Première ministre de la Polynésie puisque c’est vous qui êtes là et qui êtes responsable devant le gouvernement. Mais ça c’est en métropole. En Polynésie, le président doit être présent. (…) Vous demandiez si monsieur Fritch est misogyne. Pourquoi ce n’est pas vous qu’on a envoyé à Palau ? Qu’est-ce qui est vraiment important ? Palau 23 000 habitants, des sujets importants mais loin de notre quotidien, ou nos 280 000 habitants, le collectif budgétaire ? ça c’est vraiment important. (…) Pourquoi ce n’est pas vous ? Vous auriez été la seule femme parmi tous ces hommes. Ces hommes ne voulaient pas d’une femme ? Parce qu’on peut en parler de la misogynie du Pacifique. Effectivement, il y a des priorités, et quand on veut donner des messages clairs, on assume ses responsabilités et on reste là où c’est important. On annule son voyage. (…) On ne part pas quand on n’a pas de majorité. (…) C’est la différence avec le président qui est à ma droite. Quand il partait, il savait qu’il avait une majorité solide avec une présidente de groupe présente.(…) Aujourd’hui je remarque que le président de groupe A Fano Ti’a n’est pas là non plus. Quand il n’y a pas la majorité on prend le temps de venir et de convaincre. »
Un avis partagé par Steve Chailloux. « Le choix de sagesse aurait été dans la configuration actuelle de notre assemblée, une configuration non majoritaire, de rester à l’assemblée et de faire face à la représentation territorial« , a-t-il estimé.
La ministre des Sports Vanina Pommier a bien tenté de rappeler que sans l’argent du collectif 3 les travaux pour les Jeux du Pacique ne pourraient pas avancer. Mais son discours n’a fait qu’attiser les foudres des élus.
Après deux heures d’échanges, le président de l’assemblée Antony Géros a demandé à un représentant de chaque groupe et des non inscrits de se réunir dans son bureau. La séance a été suspendue quelques minutes. Il a finalement été décidé de proposer au vote une suspension jusqu’à lundi 31 août, en espérant que Moetai Brotherson puisse être présent. La suspension jusqu’à lundi a été votée par 42 voix pour, et 14 contre. La séance reprendra lundi à 9 heures.



