Crise politique : « Il n’y aura pas de motion de renvoi » du gouvernement, assure Édouard Fritch

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Face à la crise politique qui secoue l'Assemblée, le président du Tapura Huiraatira Édouard Fritch, invité du journal ce samedi, exclut le dépôt d'une motion de renvoi par les autonomistes, exhortant plutôt Moetai Brotherson à solliciter une dissolution auprès de l'État. "Il a souhaité se mettre dans cette position aujourd'hui, qu'il se débrouille", lance l'ancien président du Pays. Interview.

TNTV : Moetai Brotherson disait (vendredi soir) sur ce plateau que l’acte d’engagement de son gouvernement avait été déposé. Est-ce que vous l’avez reçu ?
Édouard Fritch, président du Tapura Huiraatira :
« Non, j’étais en train de vérifier justement sur ma messagerie (…). Rien ne nous est parvenu, à moins que notre président bloque le courrier à l’Assemblée de Polynésie. Mais je crois que ce n’est pas le cas.« 

TNTV : Est-ce que le Tapura a déjà activé des discussions en coulisses avec les autres groupes pour préparer une motion de renvoi ?
Édouard Fritch : « C’est dramatique ce qui se passe aujourd’hui. Réellement, hier, nous avons participé à une séance du conseil politique du Tavini Huiraatira à l’Assemblée de Polynésie française où ils ont réglé leurs comptes entre eux, lavé leur linge sale (…). Je pense que le pays a pris un coup hier avec ces échanges qui n’ont pas été du tout positifs (…). Je voudrais préciser quand même que nous ne sommes pas dans une démarche de renversement de gouvernement. On ne court pas après le siège de M. Brotherson, qu’il soit rassuré de ce côté. Nous ne voulons pas le renverser (…), entre autonomistes, nous sommes tous d’accord. Il n’y aura pas de motion de renvoi, il n’y aura pas de motion de renversement. C’est à lui de réfléchir à l’avenir de son Pays et à l’avenir de son gouvernement, il n’a plus de majorité. Et s’il n’a plus de majorité aujourd’hui, qu’il s’en veuille à lui-même qu’il ne vienne pas transférer son problème à l’Assemblée de Polynésie française. C’est une crise interne politique au Tavini Huiraatira. Et je plains le président Oscar Temaru qui est manipulé.« 

 

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TNTV : Effectivement, nous avons tous remarqué hier qu’il a voté pour le collectif numéro 2, alors que le Tavini Huiraatira s’était abstenu.
Édouard Fritch : « Bien sûr que j’ai vu hier soir ici sur le plateau de TNTV, il en a profité pour dire que (Antony) Géros, le Tavini Huiraatira, n’existe plus. Mais enfin, qui a trahi qui ? Qui a trahi qui ? Qui est à l’origine de l’explosion de ce parti ? Alors, la crise, elle est là. Et aujourd’hui, nous n’avons pas reçu sa lettre parce que je ne sais pas à qui il a adressé cette lettre. Mais il n’est pas question pour nous de déposer la candidature d’un futur président ou d’envoyer une motion de renvoi, qu’il se débrouille. Il a souhaité se mettre dans cette position aujourd’hui, qu’il se débrouille.« 

TNTV : Alors, quelle solution aujourd’hui ?
Édouard Fritch : « Nous avons proposé autre chose par la voie de Nuihau Laurey, c’est de mettre en œuvre la disposition suivante, l’article 147 du statut, qui demande au président de la Polynésie française de constater que le Pays ne peut plus fonctionner puisque les institutions ne peuvent plus fonctionner, n’ayant pas de majorité pour soutenir son gouvernement. Il est seul habilité aujourd’hui à demander au président de la République, qui seul peut dissoudre l’Assemblée de Polynésie. La voie, elle est là. Je crois qu’il faut renvoyer la parole à la population.« 

TNTV : Nicole Sanquer propose une solution pour débloquer la situation, désigner un président de transition dont la seule et unique mission serait de demander la dissolution de l’Assemblée pour envoyer tout le monde devant les électeurs. Est-ce que vous soutenez cette stratégie ?
Édouard Fritch : « Je ne sais pas. Peut-être qu’on sera appelé à y venir dans les mois qui viennent. Mais aujourd’hui, je crois qu’il faut que notre président se rende compte qu’il est bloqué. Il faut qu’il prenne ses responsabilités. On ne lui demande pas de démissionner (…). On lui demande simplement de faire parvenir une missive au chef de l’État pour constater avec nous, lui et nous, que les institutions ne peuvent plus fonctionner. Et à ce moment-là, effectivement, ce sera à M. Macron de prendre la responsabilité de dissoudre ou pas. Mais on a encore le temps, là. Les élections présidentielles ne vont arriver que dans neuf mois. Si les choses s’accélèrent, on peut repartir aux urnes dès le mois de décembre prochain.« 

TNTV : Moetai Brotherson alerte sur l’enjeu économique de ce collectif. 700 projets bloqués, 436 entreprises en difficulté. Vous disiez hier qu’il vantait, qu’il racontait des histoires. Pour vous, les entreprises n’ont pas à s’inquiéter malgré le report de crédit. Les dépenses seront exécutées. Comment est-ce possible ?
Édouard Fritch : « Je sais qu’il y a des difficultés dans certaines entreprises qui nous ont contactés, effectivement. Il y a des entreprises à qui le Pays doit plusieurs centaines de millions de francs. Mais ce n’est pas lié au budget. Ce n’est pas lié au collectif. Notre budget pour le fonctionnement de l’année 2026 a été voté en décembre dernier, en 2025. Et les 200 milliards de Fcfp nécessaires au fonctionnement du budget sont prévus. Il s’agit ici du problème de collectif, c’est-à-dire de report de crédit sur les opérations vieilles de l’année dernière et qui (…), effectivement, ne sont pas terminées, et qui sont importantes. Mais les opérations sont lancées, les financements sont en place. Théoriquement, vous ne pouvez pas lancer d’appel d’offre si vous n’avez pas mis en place les crédits. Donc, moi, je crois qu’il joue au Frankenstein. Il fait peur aux gens (…). S’il avait moins d’orgueil, il aurait présenté là, (vendredi) un collectif numéro 2-3, les deux collectifs mis ensemble où, effectivement, il vient nous dire à l’Assemblée ce qu’il va faire des crédits disponibles de l’année passée parce qu’il y a quand même une dizaine de milliards de Fcfp d’impôts nouveaux qui rentrent dans les caisses du Pays (…). Nous ne courons pas après le pouvoir. Il faut que ça soit clair. Mais nous voulons aujourd’hui, avec les caisses qui sont pleines d’argent, qu’on fasse quelque chose qui soit intéressant pour la population.« 

TNTV : Teva Rohfritsch propose une autre voie, un gouvernement d’union territoriale pour rassembler tout le monde, autonomistes et indépendantistes pendant 2 ans. Est-ce que le Tapura est prêt à s’asseoir à la même table que Moetai Brotherson pour gouverner ensemble ?
Édouard Fritch : « C’est une vision parisienne, ça, pas une vision polynésienne. Quand on est à Paris, bien sûr qu’on peut tirer des trucs sur une comète. C’est de la théorie. Déjà que les indépendantistes ne peuvent pas diriger ensemble. Rendez-vous compte, là, qu’ils sont deux partis indépendantistes qui avaient la majorité qui ont explosé en vol. Vous voulez maintenant remettre des autonomistes au milieu de tout ça pour qu’on ait un gouvernement? Je pense que ça ne fonctionnera pas, parce que vous avez bien compris qu’aujourd’hui, la difficulté que nous avons, ce sont les ego des uns et des autres. C’est un problème de succession au niveau du Tavini Huiraatira (…). On n’est pas dans l’esprit de respecter les situations dans lesquelles nous sommes. Je suis vice-président, je reste vice-président. Je n’ai pas à essayer de solliciter la place de mon président. Chacun travaille avec les fonctions qui lui ont été. Et aujourd’hui, on est dans cette embrouille totale. Non, c’est une solution, à mon avis, qui peut-être que d’ici 6 mois, 1 an, on peut y venir. Mais vous savez, quand ça implose à l’intérieur, c’est compliqué.« 

TNTV : Vous êtes officiellement candidat aux élections sénatoriales. Mais vu le contexte de crise politique majeure et l’immobilisme qui menace Tarahoi, les Polynésiens peuvent s’interroger. Allez-vous maintenir votre candidature pour Paris ?Édouard Fritch : « Pour le moment, oui, je vais maintenir ma candidature. C’est effectivement les deux fonctions que je garderai à l’avenir. Ce serait donc les fonctions de sénateur et de membre de l’Assemblée de Polynésie parce que je voudrais quand même continuer à suivre les affaires locales. Mais je pense que je peux apporter un plus à mon expérience. Je peux apporter mon expérience à cette fonction de sénateur aujourd’hui qui devient de plus en plus importante, parce qu’il faut qu’au niveau législatif, nous soyons au top. Et je pense que mon expérience peut apporter ce plus qu’on attend.« 

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