Blocage institutionnel : pour Moetai Brotherson, « un retour aux urnes ne résout pas le problème »

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Invité sur le plateau de TNTV après avoir engagé la responsabilité de son gouvernement Moetai Brotherson, livre son analyse sur la crise politique traversée par son camp. Ciblant directement le vice-président du Tavini Huiraatira Antony Géros, le chef de l'exécutif n'a "pas l'impression" que le parti fondé par Oscar Temaru "existe toujours" , et n'envisage pas un retour aux urnes. Interview.

TNTV : Vous avez engagé la responsabilité du gouvernement, pour ce faire il faut le formaliser par un courrier au Président de l’Assemblée, est-ce que c’est fait ?
Moetai Brotherson : « C’est fait, un peu avant que j’arrive à votre journal, le courrier a été déposé.« 

TNTV : Le Tavini s’étant abstenu, il est peu probable qu’une motion de renvoi renverse votre gouvernement. Avez-vous le sentiment d’avoir gagné une bataille ?
Moetai Brotherson : « Non, je ne suis pas là pour gagner des batailles ou gagner des guerres, je suis là pour travailler pour les Polynésiens, c’est ça mon souci. J’ai malheureusement l’impression de revivre les années du Taui, tout ce qu’on a vécu de 2004 à 2013. Ce sont les mêmes personnes d’ailleurs qui alimentent ces manigances, les mêmes qu’on avait de 2004 à 2013, cette espèce d’ancien monde politique qui veut survivre et qui aujourd’hui envoie une image déplorable à notre jeunesse. »

 

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TNTV : Justement, vous n’avez pas peur du message que cette cacophonie politique, qui ressemble à un règlement de compte entre vous et Antony Géros, renvoit à la population ?
Moetai Brotherson : « Mais j’en suis complètement triste, tout ça pour une raison très simple. En 2004 je me suis engagé auprès du premier gouvernement d’Oscar Temaru. J’étais conseiller technique, et puis j’ai cheminé depuis 2004. Je vous encourage à aller faire un peu d’archéologie, vous verrez que jamais depuis 2004 un collectif de report des crédits n’a été retoqué. Jamais. Qu’ Oscar Temaru soit président, le Tahoeraa dans l’opposition ou l’inverse, jamais. Pourquoi ? Parce que ce n’est pas un acte politique, c’est un acte technique qui consiste à permettre de terminer les projets qui ont été tous votés lors de l’adoption du budget précédent. Le seul parti, je les remercie d’ailleurs, qui a eu l’honnêteté de dire que ce n’était qu’une manœuvre politicienne, c’est A here ia Porinetia, qui dès le rejet du 26 juin l’a dit. Il n’y a pas de raison logique de rejeter ce collectif, on le fait, c’est politicien. »

TNTV : Comment allez-vous faire pour la session budgétaire ? Comment allez-vous convaincre l’Assemblée ?
Moetai Brotherson : « Moi, à ce stade-là, j’ai l’impression que quel que soit l’argument logique qu’on peut leur donner, ils n’ont juste pas envie d’entendre. Donc on va continuer le travail de pédagogie, on va continuer, par exemple, de leur expliquer et de leur poser la question suivante : Pourquoi ? Parce que quand on dépose un collectif de report de crédit, ce n’est pas un seul acte, c’est six actes, c’est deux fois trois actes, un premier triplé pour le budget général, un deuxième triplé pour les comptes d’affectations spéciaux. Lors de la séance du 26 juin, figurez-vous que dans chacun de ces triplés, ils ont voté la première et la deuxième délibération, c’est-à-dire qu’ils ont acté les comptes, ils ont acté le report de l’ensemble des crédits et la seule chose qu’ils n’ont pas actée, donc qu’ils ont rejetée, c’est, on va dire, la distribution de ces crédits, ces reports de crédit. C’est complètement illogique. »

TNTV : Pourquoi ne souhaitez-vous pas retourner aux urnes pour clarifier la situation ?
Moetai Brotherson : « Parce qu’un retour aux urnes ne résout pas le problème du collectif n°2. Je ne sais pas si les gens réalisent bien, toute cette semaine, j’ai reçu le BTP, j’ai reçu les entreprises numériques, j’ai reçu le secteur de la pêche, de la perliculture. On leur a expliqué, ils ont compris qu’elle était l’enjeu de ce collectif technique, mais sans lequel des entreprises, demain, la semaine prochaine, dans cinq semaines, vont mettre la clé sous la porte. On parle ici de plus de 700 projets qui sont bloqués, 436 entreprises qui vont être mises en difficulté. Parmi ces entreprises, vous en avez une, je ne vais pas la citer, qui a 600 employés. Faites le compte, c’est des milliers de Polynésiens dont le job aujourd’hui est mis en danger par ceux qui refusent de voter un collectif purement technique. »

TNTV : Mais ce n’est pas que le collectif, d’autres textes seront aussi retoqués.
Moetai Brotherson : « Ça, on n’en sait rien, dans les mois qu’on vient de vivre, on a réussi à faire passer certains textes, on en a retiré d’autres parce qu’on a bien vu que le débat n’était pas abouti. On les a retirés en responsabilité. Ça, c’est la démocratie, mais faire de l’obstruction sur un texte qui n’a jamais, dans l’histoire de tous les gouvernements de la Polynésie, été retoqué, ça, pour moi, ce n’est pas logique. »

TNTV : Hier, un communiqué d’A fano tia, votre parti, se voulait rassurant sur vos capacités d’entente avec le Tavini, mais en début de soirée, celui-ci expliquait tout l’inverse, parlant même de trahison, de mensonges, de manipulations, et vous démissionnant d’office du parti. Qui dit la vérité ?
Moetai Brotherson : « Ce n’est pas le Tavini qui a communiqué, c’est son vice-président Antony Gheros. Pour moi, le Tavini, il a un président fondateur qui s’appelle Oscar Temaru. Ce président fondateur, aujourd’hui, il a voté pour le collectif n°2. Donc la question que je me pose à l’heure où on se parle, c’est est-ce que le Tavini Huiraatira, qui respecte son président fondateur, existe toujours ? Je n’ai pas l’impression. »

TNTV : Vos détracteurs du Tavini se sont abstenus, vous l’avez dit, mais Oscar Temaru a voté pour vos textes. Cela veut-il dire qu’il désavoue la ligne dure d’Antony Gheros pour vous soutenir ?
Moetai Brotherson : « Moi, je ne vais pas donner d’interprétation là-dessus, mais je me pose des questions sur ceux qui n’ont pas voté comme leur leader. »

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