« Je n’ai aucun doute. Ce texte sera rejeté et donc j’engagerai la responsabilité du gouvernement. A un moment donné, il faut assumer ce que l’on fait », a lancé Moetai Brotherson aux élus alors que l’Assemblée examine le collectif numéro 2, identique au précédent rejeté il y a une dizaine de jours.
Le président du Pays s’est dit « effaré » de cette opposition à un texte purement « technique » qui n’est « rien d’autre qu’un report de crédits pour terminer des opérations déjà engagées ».
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« Vous avez décidé d’en faire un acte politique et d’exiger d’un collectif technique de venir résoudre tous les problèmes de la société », a-t-il martelé, ajoutant que les grandes orientations figureraient dans le collectif numéro 3 qui sera soumis à des « discussions » entre les différents groupes politiques.
« Si ce collectif 2 n’est pas voté, oui l’économie sera en réelle difficulté », a-t-il encore assuré, réfutant au passage l’image du « despote démoniaque autocrate » que cherche, selon lui, à lui coller l’opposition.
Il s’en est aussi pris aux élus du Tavini : « J’aimerai vous poser la question : ‘C’est quand la dernière fois que vous êtes allés rencontrer le Metua -Oscar Temaru, Ndlr- pour savoir ce qu’il veut pour ce pays ? Moi, c’était il y a 2 jours ».
Moetai Brotherson a également laissé entendre qu’il avait proposé la tenue de réunions hebdomadaires avec le président du Tavini et celui de l’Assemblée, mais qu’Antony Géros n’était « jamais venu » :« Ne venez pas demander qu’il y ait un dialogue pour maintenir la paix ».
En reo Tahiti, Antony Géros a quant à lui expliqué « avoir eu confiance en ce président ». « Mais il ne figure plus aujourd’hui parmi les membres du Tavini » bien qu’il eût été « un pilier important de notre maison », a-t-il soufflé au lendemain du communiqué du parti annonçant la démission d’office de Moetai Brotherson.
Le président de l’Assemblée a déploré que des discussions du « domaine privé » aient fuité dans la presse et a appelé l’exécutif à « gagner en sagesse » en tenant compte de l’avis des élus bleu et blanc.
« Vous pensez vraiment que si nous ne votons pas ce report de crédits de paiement nous serons en difficulté ? Il y a assez de crédits (…) Il y a tellement de milliards en réserves (…) J’aurais honte de laisser de telles réserves », a-t-il en outre asséné.
49-3 et « lance-missiles »
Antony Géros a annoncé dans la foulée que le groupe Tavini ne voterait pas contre le texte, mais qu’il s’abstiendrait. Il a également assuré « qu’aucune motion de défiance ou de renversement » du gouvernement « ne sera menée » par ses troupes.
Du côté des autonomistes, leurs élus ont fait savoir qu’ils voteraient de nouveau contre le collectif numéro 2, car identique au précédent.
Chez les non-inscrits, Nuihau Laurey s’est néanmoins interrogé sur l’utilisation, par l’exécutif, du « 49-3 polynésien » pour faire adopter un collectif qualifié de « banal ».
« On ne sort pas le lance-missiles pour un texte de trésorerie. (…) Sa stratégie -celle de Moetai Brotherson, NDLR, c’est : ‘C’est moi ou le chaos’ », a déclaré le représentant, estimant que le président du Pays cherchait à se « maintenir au pouvoir par tous les moyens ».
Il a ensuite appelé Moetai Brotherson à solliciter le président de la République pour obtenir la dissolution de l’Assemblée et l’organisation d’élections territoriales anticipées afin de ne pas faire « perdre au pays du temps, de l’argent et de la confiance pendant encore 2 années ». « Il ne faut jamais avoir peur de rendre la parole au peuple », a-t-il dit.
« C’est la meilleure solution », a acquiescé le président du Tapura Edouard Fritch. « L’instabilité de ce pays, c’est vous qui l’avez créée », a-t-il ensuite lancé à l’adresse de Moetai Brotherson.
L’ancien président a aussi raillé l’impact négatif sur l’économie que provoquerait le rejet du texte. « Il faut arrêter de faire peur à nos concitoyens. L’argent circule toujours », a-t-il déclaré, précisant toutefois que le collectif numéro 2 ne répondait « pas aux attentes de la population qui veut plus de pouvoir d’achat et moins de vie chère ». « Vous ne redistribuez pas les énormes plus-values fiscales », a-t-il conclu.
« Un lynchage sur tous les bancs », a déploré Moetai Brotherson. Sans surprise, le texte a été rejeté par 17 voix pour, 21 contre et 18 abstentions. L’Assemblée dispose désormais d’un délai de 5 jours pour déposer une éventuelle motion de renvoi, s’entendre sur un candidat à la présidence du Pays et sur l’élaboration d’un nouveau collectif. L’avenir dira ce qu’il en est.



