Si le Centre hospitalier de Taaone brille par ses innovations énergétiques, il présente de sérieuses fragilités réglementaires et structurelles qu’il devra impérativement corriger d’ici 2027, estime la Chambre territoriale des comptes (CTC) dans son dernier rapport.
Un avis d’exploitation défavorable qui fait tache
Véritable cœur du système de santé polynésien, le CHPF accueille chaque jour plus de 1 500 personnes (patients, visiteurs et membres du personnel). En tant qu’établissement de première catégorie, l’hôpital de Taaone est soumis aux règles de sécurité les plus strictes de la réglementation.
Pourtant, le rapport révèle qu’en mai 2023, la commission de sécurité a émis un avis défavorable à la poursuite de l’exploitation de l’hôpital. En cause : un manque d’amélioration constaté depuis 2020. Les inspecteurs ont relevé plusieurs défaillances notables, parmi lesquelles des défauts d’étanchéité aux fumées matérialisés par des fissures autour de portes coupe-feu, l’absence de système d’extinction automatique dans les zones sensibles comme la pharmacie et les archives, ainsi que la réalisation de travaux sans autorisation préalable. La prochaine visite de contrôle était prévue cette année.
Une gestion patrimoniale à formaliser
Sur le plan de la gouvernance, la situation foncière de l’hôpital repose sur une convention signée en 2011 : la Polynésie française, propriétaire du terrain et des bâtiments, les met gratuitement à disposition du CHPF pour une durée de 99 ans. En contrepartie, l’établissement assume la charge exclusive de l’entretien et des travaux.
La CTC pointe toutefois du doigt un manque de vision à long terme : l’hôpital ne dispose d’aucune stratégie immobilière formalisée. Pour pallier cette lacune, l’institution exige l’adoption d’un schéma directeur immobilier d’ici 2027 afin de mieux planifier les investissements futurs et de faire face aux menaces environnementales.
Le défi du changement climatique
De par sa position géographique, l’hôpital est exposé en première ligne aux aléas naturels : cyclones, fortes pluies, submersions marines, montée des eaux et hausse globale des températures. Autant de phénomènes que le changement climatique menace d’intensifier.
Si le CHPF dispose bien d’un plan de gestion de crise, la CTC regrette que l’identification et la localisation des risques sur le site demeurent sommaires. L’élaboration d’une carte précise des zones à risques est jugée indispensable pour sécuriser les infrastructures.
La réussite du SWAC : un modèle d’indépendance énergétique
Tout n’est pas sombre dans ce bilan, loin de là. Le rapport salue la réussite majeure du système de climatisation par eau de mer profonde (SWAC) mis en place par l’hôpital. Ce dispositif écologique a permis de réduire la consommation d’électricité de l’établissement de 32,6 % sur la période 2019-2024.
Cette transition technologique s’est traduite par des gains financiers immédiats : la facture d’électricité a chuté de 21,2 % entre 2022 et 2023, permettant de contenir les coûts malgré la hausse des tarifs réglementés. Sur l’ensemble de la période 2019-2024, le budget global d’énergie a diminué de 20 %. Par ailleurs, en cas de crise majeure ou de coupure générale du réseau, l’hôpital affiche une solide résilience grâce à trois groupes électrogènes massifs. Adossés à une importante réserve de fioul, ils garantissent le maintien des services vitaux en mode dégradé pendant 10 jours.




