Fédération de va’a : des ambitions sportives bridées par des finances fragiles, selon la CTC

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La fédération tahitienne de va'a passée au crible de la chambre territoriale des comptes (CTC). Dans son rapport d’observations, la juridiction financière relève une confusion de moyens administratifs et matériels avec le comité organisateur de la Hawaiki Nui Va'a, des irrégularités dans la gestion des licences, ainsi que d'importants écarts de trésorerie constatés lors des championnats du monde de 2024.

Dans son dernier rapport, la chambre territoriale des comptes (CTC) souligne l’étroitesse des liens unissant la fédération et l’association Comité organisateur Hawaiki Nui va’a (ACOHV). Une proximité qui se traduit par un partage de moyens humains et techniques parfois confus, nusiant à l’indépendance de la fédération.

La CTC relève plusieurs anomalies concrètes découlant de ce mode de fonctionnement. D’une part, des devises étrangères restées inutilisées par la fédération au retour d’un déplacement en Nouvelle-Zélande, début 2025, ont été remises à l’ACOHV, sans contrepartie claire à l’époque des faits. « Ce n’est qu’à la suite de l’instruction qu’il a été procédé, le 29 décembre 2025, à ce remboursement à hauteur de 312 025 Fcfp » , note la Chambre.

 

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D’autre part, la fédération a pris en charge de manière indue certaines charges courantes, notamment des factures d’électricité du siège social, qui auraient dû être réparties. Ces factures, pour les mois de novembre et décembre 2024 et pour les mois d’août à décembre
2025, d’un total de 520 844 Fcfp, ont également été remboursées à la suite de l’instruction.

Gestion des licences et rigueur comptable : des écarts à corriger

Les licences constituent la deuxième ressource propre de la fédération, qui demeure « très dépendante » des subventions publiques (58,3% de ses produits d’exploitation). Pourtant, les procédures de modification de leurs tarifs n’ont pas été formellement soumises à la validation de l’assemblée générale, en méconnaissance des statuts de l’organisme. De plus, la délivrance de licences sans paiement préalable est pointée comme une source de fragilisation financière. « L’état financier des clubs produit par la fédération démontre qu’au 31 décembre 2024, une somme de 1 006 500 Fcfp reste à payer par les clubs au titre des licences » , note la CTC.

Par ailleurs, les magistrats constatent un « écart » entre les cotisations théoriques dues par les clubs et les cotisations retracées au bilan financier.

Le contrôle comptable a également mis en évidence des écarts de trésorerie significatifs lors de grands événements internationaux : concernant la participation de la délégation polynésienne aux championnats du monde à Hawaii en 2024, un écart de plus de 8,4 millions de Fcfp est constaté entre les encaissements théoriques et réels. La chambre observe que sur les 13 cadres fédéraux du déplacement, seuls 3 ont effectivement réglé leur quote-part, le reste de ces dépenses ayant été couvert par les subventions publiques de la Polynésie française. Plus globalement, le rapport critique l’insuffisante fiabilité des documents de synthèse présentés annuellement aux membres de la fédération au regard du grand livre comptable.

Perspectives stratégiques : un déséquilibre entre projets annoncés et capacités réelles

Dans le cadre du renouvellement de sa délégation de service public (DSP) pour la période 2026-2031, la fédération affiche plusieurs ambitions de développement, telles que la mise en place d’un centre de haute performance, la création d’un musée dédié au va’a et le recrutement de cadres qualifiés. Néanmoins, la chambre note une absence de modélisation budgétaire et de financement propre pour ces actions.

« Jusqu’à présent, l’intervention de la fédération se concentre avant les grandes échéances de compétitions, afin de regrouper les sélections en proposant des séances d’entrainements physiques, psychologiques, techniques et tactiques. Le pilotage du sport de haut niveau pourrait être davantage structuré » , écrit la CTC.

Ainsi, la fédération n’a pas respecté l’obligation de nommer un commissaire aux comptes bien qu’elle ait franchi les seuils de subventions requis depuis 2024. Les magistrats financiers résument cette situation de blocage : « La situation financière de la fédération tahitienne de va’a ne lui donne que très peu de marges de manœuvre, alors pourtant que de nombreuses actions sont annoncées dans le cadre de la candidature à la délégation de service public. » La chambre recommande ainsi de stabiliser en priorité la comptabilité générale pour asseoir ces projets sur des bases fiables.

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