C’est confirmé : un deuxième dock flottant prendra place dans le Port de Papeete vers 2029. A ce stade, le Port autonome s’oriente vers un équipement de 120 mètres capable d’accueillir des navires pesant jusqu’à 5 000 tonnes, soit la quasi-totalité de la flotte locale, à l’exception de l’Aranui et de l’Aranoa. Le dossier doit être présenté au ministère des Grands travaux dès ce vendredi pour arbitrages, notamment sur la question des capacités, dont le tonnage.
« On a étudié beaucoup d’outils alternatifs, que ce soit un le radoub ou un ascenseur à bateaux, ce qu’on appelle un synchro-lift. Il s’avère que c’était beaucoup trop cher et trop long à construire, avec des problématiques de terre de remblais à évacuer assez contraignantes. Et ce sont des solutions qui prenaient beaucoup de place, qui empiétaient sur l’emprise terrestre. Et le foncier à Tahiti, c’est précieux », explique Laurent Goulet, chargé de mission au port autonome.
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L’appel d’offres sera lancé dès l’année prochaine. 2027 verra aussi le déménagement des pétroliers vers un nouveau quai. De quoi permettre l’installation du nouveau dock fin 2029 et l’aménagement d’un vrai pôle de réparation navale pour un investissement total de 7 milliards de francs.
D’ici là, le fenua devra se contenter du dock flottant aujourd’hui cinquantenaire, le seul outil de ce type sur près de 5 000 kilomètres à la ronde.
« On le voit bien au niveau stratégique, au niveau de l’emploi (…) On voit que la flotte augmente pour protéger le Pacifique. Et effectivement, ça devient assez évident que la Marine conserve ce moyen souverain dans un contexte géostratégique tel qu’il est actuellement », souligne Rémi Balme, le commandant de la base navale de Papeete.
Venu de la Nouvelle-Calédonie, le Vendémiaire sort de plusieurs semaines de carénage. Ce bâtiment militaire doté d’une technologie embarquée demande plus de temps qu’un navire civil. Résultat. Pour dénicher un créneau, il faut s’y prendre plusieurs mois à l’avance.
« J’ai le planning des bateaux militaires par le SSF -les Service de Soutien de la Flotte en Polynésie française, ndlr-. Ensuite, on discute avec la CCISM sur ce qui nous reste pour pouvoir passer les bateaux civils. (…) Depuis à peu près un an, le planning est très serré. Plus serré qu’il n’a jamais été. Et jusqu’à fin 2027, ça s’annonce très serré. On a beaucoup de demandes, que ce soit sur les bateaux civils ou les bateaux militaires », constate Loïc Leguiner, le chef de chantier.

Mais après cinquante ans de service, le dock arrive au bout de ce qu’il peut faire. Les normes ont évolué et les navires, eux, sont toujours plus grands et lourds.
« On a des bateaux qui arrivent à 50 cm de la paroi. (…) On n’est plus aux normes sur certaines choses par rapport au passage des grues, par exemple », poursuit Loïc Leguiner. « On a beaucoup de travaux dans les locaux confinés, ce qui est une contrainte HSCT aussi assez forte. Et on a aussi des problèmes de matériaux qui ne sont plus très compatibles avec ce qu’on fait aujourd’hui. Tout ça combiné fait qu’on arrive à une limite ». Les exigences en matière de sécurité sont également montées d’un cran, avec une plus forte présence de nacelles. De quoi réduire encore l’espace de travail.
Malgré son âge, le dock s’adapte aux évolutions, comme pour le traitement des eaux de carénage, aujourd’hui récupérées et envoyées sur le quai. « On évolue aussi sur les techniques. On a changé des pompes, on a changé des vannes. On fait évoluer les systèmes accessoires, (…) on trouve toujours les solutions » défend le chef de chantier.
Construit par la direction des constructions navales (DNC) de Brest avec de l’acier de très bonne qualité et une structure renforcée, la structure a été conçue pour durer. « Ça doit quand même être l’une des structures flottantes de cette taille qui n’a jamais été mise au sec depuis plus de 50 ans. Je pense qu’on a un record mondial, il faudrait l’homologuer » fait remarquer Loïc Leguiner.
245 millions de francs d’entretien chaque année
Si le dock arrive normalement en fin de vie en 2030, la Marine nationale espère le faire tenir jusqu’en 2040, comme l’explique Delphine Rallo, la directrice de l’antenne du Service de Soutien de la Flotte en Polynésie française.
« Nous avons des études qui permettent de suivre le dock flottant année par année. Nous avons aussi lancé un marché pour avoir une modélisation du dock flottant qui permettra de voir s’il peut aller jusqu’à au moins 2040. On attend les résultats de cette modélisation pour la fin de l’année ».
En attendant, le bâtiment coûte cher en entretien. « Chaque année, nous faisons un arrêt technique. C’est une grande révision qui dure entre 2 et 3 mois. On a beaucoup de travaux de chaudronnerie, beaucoup de travaux divers », ajoute celle-ci. « Grosso modo, le budget dédié à ces entretiens est d’environ 245 millions de francs, dont les trois quarts sont reversés aux entreprises locales ».
Aussi la marine nationale voit d’un très bon œil l’arrivée d’un second dock. « Ça permettrait à nos industriels locaux d’être positionnés tout proche de la zone des réparations navales du ministère des Armées et d’avoir des industriels qui peuvent se développer » souligne la responsable.
Avec des navires toujours plus nombreux et plus imposants, la Marine nationale devra elle aussi anticiper le remplacement de son dock. Les réflexions sur son successeur sont d’ores et déjà engagées au niveau de la métropole.



