Dans la mythologie polynésienne, la baleine est associée au dieu suprême Ta’aroa. Pour de nombreuses familles, elle est aussi un taurā, un animal protecteur. Chez les Māori, elle porte le nom de tohora et occupe également une place sacrée, celle d’une gardienne des océans. C’est autour de ce cétacé emblématique qu’est né le projet ‘Āvei Moana.
« L’idée de ce projet a, en réalité, vu le jour à Maupiti. En 2009, de nombreux Ariki et gens de la mer se sont réunis pour discuter, pour la première fois, de la meilleure façon de protéger le fe’e de Polynésie » explique Mere Takoko, membre de la tribu maori Ngati Porou et dirigeante du Pacific Whale Fund.
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Le fe’e représente la pieuvre qui unit les peuples du triangle polynésien par ses huit tentacules, symbolisant autant d’archipels reliés par des routes de navigation ancestrales. Dans cet esprit, l’équipage du SV Resilience se rendra dans les Raromatai, puis à Tonga et aux Samoa, afin de présenter le projet aux populations : “Notre plan, c’est de donner la personnalité juridique à notre Tohora (baleine, Ndrl), ce qui lui permettra de bénéficier d’un ensemble de droits. Pour ça, on propose la création d’un conseil de gouvernance qui serait composé de ma’ohi et de maori avec des scientifiques et des défenseurs de l’environnement locaux, afin de donner une voix à la baleine ».

Faire de la baleine une entité vivante dotée de droits propres, au même titre qu’un être humain. Un concept qui a déjà inspiré la Nouvelle-Zélande avec le fleuve Whanganui ou l’Equateur avec la pacha mama, « la terre mère ». Pour Tamatoa Bambridge, directeur scientifique au CNRS et fondateur du Centre Rahui : « L’idée de donner la personnalité morale de manière cohérente sur plusieurs pays, en commençant par Tonga, la Polynésie et la Nouvelle-Zélande, ce serait une première mondiale parce qu’en plus, les baleines vont traverser plusieurs fois en dehors des juridictions nationales. Donc le mécanisme devra s’appliquer à l’ensemble de cette zone qui est extrêmement vaste ».
Dans la construction de cet espace commun de protection, le rāhui pourrait jouer un rôle central : « Il y a des moments clés dans la vie de la baleine où les corridors doivent être protégés. Le rahui est un outil vraiment bien parce que les gens connaissent, parce qu’il est temporaire le temps des migrations. Et on a bon espoir également dans le cadre de BB&J de l’appliquer au-delà des juridictions nationales ».

L’accord international BBNJ (Biodiversity Beyond National Jurisdiction), consacré à la biodiversité située au-delà des juridictions nationales, prévoit notamment la création d’aires marines protégées en haute mer. Un dispositif que les porteurs du projet considèrent comme essentiel pour mieux protéger les grands cétacés tout au long de leurs migrations. « Il n’existe aucune forme de gouvernance dans nos hautes mers. Les baleines sont exposées aux collisions avec les navires, à la pollution sonore et aux activités industrielles nuisibles. Nous proposons donc, grâce à la personnalité juridique et en recourant à nos pratiques coutumières telles que le rahui, de créer un halo de protection lorsqu’elles quittent ces eaux pour se rendre vers de nombreuses autres îles, les 14 îles liées à la baleine » indique Mere Takoko.
Au-delà de sa portée environnementale et juridique, ‘Āvei Moana entend aussi contribuer à la renaissance de traditions ancestrales : « En fin de compte, il s’agit de notre whakapapa, notre généalogie. Nous devons faire revivre les traditions de nos ancêtres, et nous rappeler que nous sommes tous liés par la généalogie ». Pour les porteurs du projet, la baleine n’est donc pas seulement une espèce à protéger. Elle constitue le fil d’une généalogie qui relie depuis des siècles les peuples du triangle polynésien.
Le programme :




