Difficile d’y voir clair dans ce dossier d’ice tant les versions des uns et des autres ont évolué au fil de la procédure. Une belle affaire pour l’OFAST: 15, 4 kilos saisis par les douanes, le 5 octobre 2025 à l’aéroport de Tahiti-Faa’a, dans les bagages d’un homme, Kanahere D., qui revenait de Los Angeles.
Ce que les enquêteurs ignoraient alors, c’est qu’il faisait partie d’un petit groupe de 5 voyageurs qui se trouvaient sur le même vol. Tous avaient séjourné aux Etats-Unis aux frais de Tamati B. Celui-ci avait dépensé, selon l’accusation, environ 4,8 millions de francs en hôtels, restaurants, achats et autres casinos.
2 sœurs, Leina et Victoria T., faisaient partie du voyage. Elles avaient reconnu en garde à vue qu’elles devaient jouer les mules au retour, mais qu’elles avaient changé d’avis après un curieux message sur Facebook dévoilant leur projet. C’est donc Kanahere D. qui s’y était collé à la dernière minute.
Lors de leurs auditions, les mis en cause ont déclaré avoir œuvré pour le compte de Tamati B. C’est lui qui avait pensé et financé le trafic, et acheté la drogue à Los Angeles. Même sa compagne, un temps inquiétée dans l’affaire, avait fait part de ses suspicions.
Mais au cours des gardes à vue, Heimanarii T., un autre membre du groupe qui n’avait pas encore été arrêté, s’est présenté de lui même aux enquêteurs. Il leur a assuré que c’était en réalité lui la tête pensante du trafic.
Les investigations ont cependant rapidement dévoilé que ce jeune homme de 19 ans à l’époque n’avait pas l’envergure pour organiser un tel trafic. Jeune père de famille sans un sou, il vivait dans une cabane bricolée… sans électricité.
Mais depuis son box, ce mardi, il a de nouveau assuré être au sommet de la pyramide du réseau. En garde à vue, il avait toutefois lâché craindre “des représailles” : “Un gars est venu me voir pour me dire qu’il fallait que je porte pour les 15 kilos sinon il allait venir me tabasser tous les jours”. “Je ne me rappelle plus, chef”, a-t-il lancé au président qui l’interrogeait sur ces déclarations.
Kanahere D. a aussi rétropédalé, endossant la responsabilité du trafic. “J’ai programmé ça tout seul. A Tahiti, c’est dur de trouver du travail alors je me suis lancé”. Il a ajouté avoir “accusé à tort” Tamati B. pour se “sauver et faire moins de prison”.
“Aucune moralité, aucun honneur, aucun courage”.
Même chose pour les 2 sœurs : “J’ai tout inventé”, a martelé la première. “C’était que des mensonges car l’OFAST m’a mis la pression”, s’est défaussée la seconde.
Invité à prendre la parole, Tamati B. est resté droit dans ses bottes, assurant être étranger au trafic. Il a déclaré ne pas avoir d’explication sur le fait que tous les protagonistes l’avaient pointé du doigt avant de se rétracter.
“Je ne sais pas de quoi ils parlent”, a-t-il répondu à plusieurs reprises. “Je n’ai pas eu de drogue. Je n’ai pas financé. Je n’ai rien fait de tout ça. La réputation ça reste toute une vie”, a-t-il ajouté en faisant référence à une précédente condamnation pour une affaire d’ice, ce qui lui valait d’être jugé en récidive.
Des explications un peu courtes aux yeux de la procureure. “Monsieur B. a pesé de tout son poids durant toutes les investigations (…) En confrontations, tout le monde est revenu sur ses déclarations pour sauver le Soldat B (…) Cette équipe était structurée sous son égide. Il était l’organisateur et le bénéficiaire”, a considéré la magistrate.
Et celle-ci de s’arrêter sur le cas particulier du jeune Heimanarii T. : “Tous les trafics surfent sur la misère humaine et c’est le cas pour lui. On le sacrifie. Ça me met en colère”. “Vous n’assumez même pas à l’audience. Il n’y a aucune moralité, aucun honneur, aucun courage”, a encore tonné la procureure, regard fixé sur Tamati B.
Difficile dans ces conditions pour son avocat, Me Smaïn Bennouar, de trouver un axe de défense. “Vous avez un dossier qui dit un peu tout et son contraire. C’est un peu problématique. La position de mon client est de dire qu’il n’a participé à rien (…) On peut tout imaginer”, a soufflé le pénaliste en sollicitant la relaxe de son client au bénéfice du doute.
Mais de doute, le tribunal n’en a pas eu. Et il a été au-delà des réquisitions du ministère public en condamnant Tamati B. à une peine de 12 années de prison ferme. Kanahere D. a écopé de 5 ans ferme, Heimanarii T. de 3 ans ferme et les 2 sœurs T. de 2 ans ferme avec mandat de dépôt. Arrivées libres à l’audience, elles ont donc été incarcérées à l’issue du procès.
Ces peines s’accompagnent d’une lourde amende douanière dont devront s’acquitter solidairement, à des degrés divers, les prévenus : 900 millions de francs.



