Les remous autour du bassin des jeux du Pacifique s’intensifient. Dans un courrier incisif au gouvernement, présenté comme une « mise en garde formelle » et que TNTV s’est procuré, le COPF attire à nouveau l’attention sur « les conséquences particulièrement préoccupantes » de l’abandon des piscines mobiles.
Le comité rappelle que le président du PGC (Pacific games council), propriétaire des Jeux, avait « formellement demandé de surseoir à toute décision, dans l’attente de sa venue prochaine en Polynésie française, accompagnée de son bureau exécutif, afin d’engager un dialogue direct et approfondi et d’examiner les options possibles dans un cadre partenarial respectueux des engagements pris ».
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Le comité s’inquiète d’une décision qui risque de placer le propriétaire des jeux « devant le fait accompli », faisant remarquer que les « communications publiques » du Pays sur ce sujet « ont laissé entendre une décision validée par le PGC, ce qui apparaît inexact et de nature à altérer la sincérité de l’information donnée aux parties prenantes ».
Le COPF rappelle par ailleurs que le Comité stratégique des Jeux, instance décisionnelle en charge des sujets structurants, « n’a été ni consulté ni informé en amont d’une décision de cette portée », si ce n’est le jour même de l’annonce en direct par le précédent ministre des Sports, Kainuu Temauri, sur le plateau de TNTV le 23 avril.Ce qui constitue pour le COPF « une rupture manifeste des règles de gouvernance établies ».
Le risque d’un déclassement sportif pour Tahiti 2027
Mais c’est surtout le retentissement international d’une telle décision que le comité olympique pointe du doigt, redoutant « un tollé du mouvement sportif océanien et international » et une perte de crédibilité de la Polynésie. « La décision de ne pas faire de bassins aux normes entraînerait une régression significative voire inacceptable de l’organisation de cette discipline » écrit le président du COPF.
Il rappelle qu’il faut remonter à 1995, dernière édition des Jeux organisée au fenua, pour mesurer la portée d’une telle décision. « Pouvez-vous comprendre à quel point ce serait un gâchis pour ne pas dire un affront pour notre Fenua que l’histoire retienne tristement que la seule édition qui n’a pas eu de qualifications olympiques en natation après 1999 (à Guam, NDRL) sera celle de Tahiti en 2027 ? »
Le comité olympique exhorte ainsi le Pays de « suspendre immédiatement toute procédure en cours relative à l’annulation des infrastructures de natation ». Du moins, dans l’attente d’un dialogue officiel avec le PGC, dont une délégation est attendue ce soir en Polynésie. Ce qui, dans le cas contraire, pourrait entraîner des « conséquences sur l’organisation même des Jeux » et « compromettre durablement la qualité de la relation avec le PGC ».
Au-delà des enjeux institutionnels et juridiques, le comité souligne le « préjudice profond au mouvement sportif polynésien », au regard notamment des médailles d’or remportées par Doëtlie Videau, Enoa Vial et Naël Roux aux championnats d’Océanie de natation, face à des athlètes australiens et néo-zélandais de premier plan. Des résultats qui illustrent « le potentiel exceptionnel de notre jeunesse » poursuit le courrier. « Il est particulièrement regrettable que leurs efforts, leur engagement et leurs ambitions soient ainsi fragilisés voire balayés ».
Les instances océaniennes de natation montent au créneau
Mais le COPF n’est pas le seul à s’inquiéter des décisions du Pays. « Il est porté à notre connaissance que les installations aquatiques actuellement prévues pour les Jeux du Pacifique 2027 ne respecteront pas les exigences de World Aquatics pour les compétitions internationales ». La perte assumée par le Pays du qualificatif olympique – avec la simple remise aux normes de la piscine de Tipaerui – est remontée jusqu’aux oreilles des nageurs australiens et néo-zélandais.
Dans un courrier adressé au Pacific Game Council, que TNTV s’est aussi procuré, Oceania Aquatics, instance de référence de la discipline dans le Pacifique, souligne sa « préoccupation majeure » ainsi que « l’impact négatif sur le parcours des athlètes, leur expérience de compétition et le développement des officiels techniques ainsi que sur l’héritage des Jeux à Tahiti ».
L’organisation qui rassemble une quinzaine de fédérations dans toute la région, rappelle que le dossier de candidature polynésien promettait alors « un nouveau centre aquatique » et s’engageait à « laisser un héritage afin de poursuivre et d’améliorer le développement du sport de haut niveau, mais aussi de faciliter l’accès au sport pour la majorité de la population ».
Des engagements qui avaient pleinement pesé dans le « processus d’évaluation officiel » ayant conduit à l’attribution des Jeux à la Polynésie, souligne Oceania Aquatics.
Les délais de livraison, un faux problème pour Oceania Aquatics
Mais elle remet surtout en question l’intérêt des « temps réalisés dans un bassin non conforme », supprimant ainsi les Jeux du Pacifique comme « voie de qualification pour les Jeux olympiques, les Championnats du monde et les Championnats du monde juniors ».
Si l’organisation entend les inquiétudes du Pays sur les capacités à livrer dans les temps, elle ne considère pas cet argument comme un vrai obstacle. « Nous rappelons que des bassins répondant aux normes de World Aquatics (instance mondiale de la discipline, NDLR) sont régulièrement construits et déployés avec succès, notamment lors des récents Championnats du monde et des Jeux olympiques de Paris ».
Afin de maintenir cette « compétition majeure de l’année pour les athlètes de la région », « étape essentielle de leur préparation olympique », l’organisation exhorte le PGC « de confirmer son engagement à livrer des infrastructures de natation conformes à ce qui avait été initialement promis ». Elle propose même de jouer les facilitateurs avec « les équipes compétentes de World Aquatics afin de valider cette approche ».
La piscine de Tipaerui « une option raisonnable » pour la ministre des Sports
La ligne du Pays pourtant ne semble pas avoir bougée. En témoigne la réponse de la nouvelle ministre des Sports, Vanina Pommier. Interrogée ce matin à Tarahoi par l’élu Tapura, Tahuhu Maraeura sur « la mise en péril des jeux du Pacifique 2027 », elle a également fait valoir « une saison des pluies particulièrement dense », des « tensions sur les matières premières du BTP » et des « délais théoriques (…) impossibles à tenir ».
« 2,6 milliards (pour les bassins en kit, Ndlr), c’est moins que le projet de centre aquatique que vous évoquez, dont la réalisation était évaluée en 2023 à près de 6 milliards » déclare la ministre. « Mais 2,6 milliards, ce n’est pas une somme que le gouvernement est prêt à risquer pour sauver les apparences. La piscine de Tipaerui doit donc désormais être examinée comme une option raisonnable. »



