« Quand on a regardé jeudi soir les infos, je n’ai pas très bien dormi la nuit suivante » reconnait le coach de natation et de triathlon, Jean-Marc Rimaud. Il n’est pas le seul. Les principaux usagers du bassin de Tipaerui sont assaillis de question sur leur devenir depuis l’annonce du ministre des Sports. Celle d’abandonner les bassins en kit pour les jeux du Pacifique 2027 au profit d’une rénovation de la piscine de Tipaerui, le seul bassin de 50 mètres du fenua. Celui où s’entraînent tous les nageurs de haut niveau.
« Nos plannings pour le club ont été faits, donc ça veut dire que ça impacte déjà 5-6 maîtres-nageurs rien que dans mon club. Je ne parle pas des autres clubs, je ne parle pas des clubs de triathlon, du club d’apnée qui est présent, plus tous les scolaires qui ont je pense déjà bien avancer dans leurs plannings, » poursuit le coach. « Quand on perd 15 ou 16 heures de travail par semaine, les fins de mois vont être bien compliquées pour beaucoup de monde. Donc oui, c’est très stressant comme situation ».
Les nageurs ne sont pas les seuls à s’inquiéter. Dans les instances sportives, on ne s’explique pas ce changement de cap, alors que le calendrier des travaux prévoit une livraison des bassins mobiles au 5 mai 2027. Soit deux mois avant le début des compétitions. Selon de nombreuses sources, « tout était prêt », « le Pays n’avait plus qu’à engager les marchés ».
Aussi le choix de se rabattre sur la piscine cinquantenaire fait craindre des travaux à rallonge. Dans les rangs des instances sportives on souligne le défi technique majeur de cette rénovation aux normes internationales. Mais pour le ministre des Sports, pas question de gros travaux, juste d’un rafraîchissement.
« L’idée pour nous, c’était surtout de pouvoir rénover tout ce qu’il y a autour du bassin, vestiaire, douche, etc. Les gradins, pour pouvoir avoir quelque chose de correct pour les jeux » confie le ministre. « L’idée c’est de toucher le moins possible au bassin, ce qui permettrait à tout le monde de pouvoir s’entraîner dans de bonnes conditions ».
De quoi réduire encore la facture estimée à 2,6 milliards pour les bassins mobile. Mais pas encore de quoi écarter les questions d’homologation des résultats pour prétendre aux compétitions à l’international. Lui-même athlète, Jean-Marc Rimaud, partage le stress des nageurs animés par l’envie de se frotter au niveau international.
« Aujourd’hui on a quand même des nageurs qui visent des qualifs européennes au CPP. Nous, dans les clubs, on a des nageurs qui vont aux championnats de France. Ils se lèvent tous les matins, ils vont à la section sportive, ils nagent le matin à 5h du matin » rappelle le coach. « Ils se réveillent pour ça, c’est ce qui les motive. Ils s’entraînent deux à trois heures par jour. S’il du jour au lendemain, on leur dit vous ne pouvez plus aller aux championnats de France, soit c’est la mort de la natation et des clubs, soit je ne sais pas quelle solution on va devoir trouver ».
Les prochains échanges avec le Pacific Games Council (PGC) porteront notamment sur la forme que prendra la compétition pour obtenir une dérogation et permettre la tenue de ces jeux. Instance dirigeante des Jeux du Pacifique, elle peut aussi décider de retirer une discipline.
« Le sens de nos discussions avec le PGC, c’est de pouvoir obtenir une dérogation qui permettrait de tenir les épreuves sans que celles-ci puissent être qualificatives pour les Jeux olympiques, par exemple » indique le ministre des Sports. « Donc, encore une fois, je comprends que ce soit difficile pour nos athlètes et pour les étrangers qui avaient inscrit les Jeux du Pacifique dans leur calendrier. Mais on doit aussi se conformer avec la réalité du terrain, qui est que c’est une infrastructure qui sera très difficilement livrable ».
Pour le ministre, aucune raison de ne pas obtenir gain de cause. Une délégation du PGC est attendue le 12 mai.



