(MAJ) Meurtre de Linda à Bora Bora : son conjoint condamné à 25 ans de réclusion criminelle

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Le conjoint de Linda, cette femme de 52 ans décédée au mois d’août 2022 à Bora Bora, après avoir reçu un coup de couteau en plein cœur, a été condamné, ce lundi soir, à 25 ans de réclusion criminelle par la cour d’assises. L’accusé a assuré au cours du procès ne pas avoir volontairement poignardé sa compagne, déclarant qu’il s’agissait d’un “accident”. Des explications “pas vraisemblables”, pour le médecin légiste, comme pour les jurés.

Jusqu’au bout du procès, il a nié le meurtre de sa compagne Linda. L’accusé de 52 ans, jugé depuis vendredi par la cour d’assises de Papeete, a juré qu’il s’agissait d’un tragique accident.

Selon l’audition des témoins, le quinquagénaire, jaloux et alcoolique, battait régulièrement sa conjointe. Depuis plusieurs mois, Linda, qui l’entretenait, souhaitait qu’il quitte son domicile.

Ce 29 août 2022, alors qu’elle revenait de son travail dans un grand hôtel de Bora Bora, la mère de 7 enfants s’est de nouveau confrontée à son conjoint. Passablement ivre, l’homme a sorti son téléphone portable pour la filmer alors qu’elle fumait une pipette de cannabis.

Il en ensuite pris une seconde vidéo d’un bol, que Linda aurait selon lui dérobé dans l’établissement dans lequel elle officiait, avant de menacer de diffuser les images sur les réseaux sociaux.

Elle s’est mise en colère. Elle n’arrêtait pas de me dire : ‘Prends tes affaires et va-t’en’”, a relaté l’accusé. Selon ses dires, la victime s’est alors saisie d’une poêle, puis d’un couvercle de marmite, pour le lui jeter.

J’ai cherché un balai niau pour lui faire peur. Je ne l’ai pas trouvé. Il y avait un pot d’ice-cream avec 2 couteaux dedans. J’en ai pris un. Et quand je me suis retourné, j’ai mis le couteau en avant. Elle était déjà à côté de moi. Du coup, il l’a transpercée. Je ne pensais pas que ça avait touché son cœur (…) Je ne l’ai pas piquée volontairement (…) C’est un accident (…) Je suis coupable, mais je n’ai pas voulu la poignarder”, a affirmé le quinquagénaire. Puis celui-ci de souffler : “J’aurais dû prendre mes affaires et partir. Elle serait toujours là”.

Mais ses déclarations ont été mises à mal par les conclusions du médecin légiste qui a témoigné à la barre peu après. Linda est décédée en raison d’une “plaie dans la paroi antérieure du cœur”, profonde de “7 à 10 centimètres”.

Et l’expert a jugé “peu probable”, voire “pas probable” du tout, la thèse du simple accident : “Il y a une section complète de l’arc antérieur de la 6e côte gauche. L’arme a transpercé cette structure osseuse dure. Donc il a fallu une intensité importante”.  Des éléments “incompatibles” avec un empalement involontaire, selon lui.

Un « cas d’école » de féminicide

« La stratégie de défense de l’accusé est désespérément classique », a enchaîné l’avocate des « 7 filles et 12 petits-enfants » de Linda, Me Esther Revault. Pour elle, sa mort est « un cas d’école » de féminicide : un « tyran » domestique qui contrôlait « son travail, ses vêtements » et l’isolait peu à peu de ses proches avant de commettre le pire.

Car pour Me Revault, comme pour l’avocat général Jacques Louvier, l’intention de tuer est bien caractérisée.

« Il donne un coup d’une grande violence au niveau du sein gauche (…), au cœur. Il vise une zone létale », a martelé le magistrat selon qui le « mobile » de l’accusé « est très clair » : « On lui a dit de partir. C’est elle qui l’entretenait. Il avait besoin de Linda pour vivre. Il a compris que leur relation arrivait à son terme, mais il ne pouvait pas l’accepter (…) Il ne peut pas la laisser partir car elle lui appartient, alors il la tue ».

Dépeignant un individu « dangereux » et considérant le « risque de récidive important », l’avocat général a requis contre le quinquagénaire une peine de 25 années de réclusion criminelle, assorties d’une période de sûreté des 2/3.

En défense, Me Myriam Toudji, dans les pas de son client, a plaidé l’homicide involontaire. « Il ne suffit pas de s’appuyer sur une personnalité, si mauvaise qu’elle a pu être décrite, pour considérer qu’il y avait une intention d’homicide », a-t-elle expliqué.

« Mon client était dans un état d’imprégnation alcoolique très avancé et tout le monde a décrit des conditions de pénombre. On ne peut pas affirmer qu’il a délibérément visé le cœur. (…) Le doute doit guider la réflexion des juges d’un jour que sont les jurés », a ajouté la pénaliste.

Après plus de 2 heures de délibérations, ces derniers se sont finalement rangés derrière la position de l’avocat général. Ils ont prononcé une peine de 25 ans de réclusion criminelle à l’encontre du quinquagénaire, mais sans l’assortir d’une période de sûreté

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