Retards, saturation et offre réduite : les points noirs des transports en commun à Tahiti

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Améliorer la fluidité de la circulation, c'est un cheval de bataille du gouvernement et en particulier du ministre Jordy Chan. Et cela passe, en partie, par les transports en commun. Dans son dernier rapport, la Chambre territoriale des comptes (CTC) note un "effort de modernisation", mais de nombreux points restent encore à améliorer.

La Chambre a examiné la délégation de service public du transport en commun terrestre régulier et scolaire sur l’île de Tahiti pour les exercices 2020 et suivants. L’exploitation de cette DSP est confiée depuis le 1er janvier 2019 à la société RTCT.

La flotte de bus a été renouvellée, ce qui a permis « d’améliorer le confort des passagers », reconnait la CTC. Mais « une attention particulière doit toutefois être portée au renforcement de l’accessibilité aux personnes à mobilité réduite pour les prochains renouvellements de matériel roulant puisqu’à présent, seul 10 % de la flotte de bus est accessible, et des critères précis doivent être fixés pour les prochains
renouvellements de matériel roulant »
, prévient l’institution.

De nombreux défis restent à relever : « le service est affecté par la congestion routière, qui entraîne des retards fréquents, des vitesses commerciales très faibles sur certains axes et une ponctualité aléatoire ».

La CTC note également l’offre « quasi inexistante » de transports en communs le soir et le week-end. « Est également constatée une saturation sur certaines lignes, notamment aux heures de pointe, laissant des passagers à l’arrêt pour attendre le prochain bus. Ces limites réduisent l’attractivité du réseau, qui demeure largement utilisé par des usagers captifs plutôt que par de nouveaux usagers ».

En mai 2025, un renforcement de l’offre de service a été décidé, mais il est conditionné au recrutement de conducteurs. Pour répondre à la pénurie de chauffeurs, le Pays a d’ailleurs relancé en novembre dernier le permis D dont la formation n’était plus dispensée depuis 2019 par les auto-écoles.

« La mise en œuvre, initiée par le Pays, de mesures pour lutter contre cette pénurie est donc un enjeu majeur pour assurer la pérennité du service de transport en commun terrestre », souligne le rapport de la CTC.

Concernant le transport scolaire, la Chambre note des « améliorations en ce qui concerne les horaires de ramassage, mieux adaptés, et une amélioration du confort des véhicules. Des efforts doivent toutefois être poursuivis pour la prise en charge des collégiens et des lycéens sur les lignes régulières qui connaissent des problèmes de saturation et il appartient également à la Polynésie française d’examiner la demande de revalorisation tarifaire présentée par le délégataire en 2022 et de mesurer précisément la qualité du transport scolaire ».


La contribution financière forfaitaire du Pays au service de transport en commun est « d’environ 1,1 milliard de Fcfp, bientôt portée à 1,3 milliard de Fcfp en conséquence de l’avenant conclu en 2025 ».

« La collectivité compense également la stabilité des tarifs depuis le démarrage de la convention », note également la CTC qui estime que les effets de la tarification unique instaurée l’année dernière devront être « mesurés et accompagnés de modifications réglementaires tendant à lutter contre la fraude ».

Pour la Chambre, le « fort niveau de contribution financière forfaitaire ne fait toutefois pas l’objet de justifications précises en termes d’obligations de service public, ne permettant pas d’apprécier l’adéquation du niveau de la compensation. De plus, le service bénéficie d’aides en carburant par le mécanisme de l’attribution de quotas de gazole détaxé. Le délégataire a par ailleurs bénéficié d’avantages fiscaux conséquents, tant au titre de la défiscalisation nationale que locale, réduisant son besoin de financement effectif à un peu plus d’un tiers du montant des investissements mis à sa charge. Le délégataire supporte ainsi un risque limité ».

Un modèle qui amène la CTC à s’interroger sur l’efficacité du réseau, « en l’absence d’objectifs précis et de leviers incitatifs tendant à l’amélioration de la productivité, de la qualité de service ou de la fréquentation ».

Selon la CTC, depuis 2023, un « contrôle renforcé » de l’exécution du contrat par la société délégataire « a notamment permis d’améliorer l’information délivrée aux voyageurs aux points d’arrêts et le déploiement de logiciels d’exploitation dotés des fonctionnalités requises. Ce déploiement de nouveaux logiciels d’exploitation en mai 2025 devrait permettre un contrôle plus poussé de l’activité du délégataire, en disposant de données complètes et précises ».

La CTC estime que le contrôle par la Polynésie française doit être renforcé s’agissant du suivi du transport scolaire, de la performance du réseau mais aussi de l’application financière du contrat ».

Du progrès donc mais encore de nombreux axes d’amélioration pour les transports en communs à Tahiti. La Chambre a fait 11 recommandations.

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