C’est l’histoire d’une vedette qui devrait sauver des vies en mer aux Marquises mais qui, au lieu de ça, est amarrée depuis près de deux ans dans le port de Papeete.
Ce bateau, immobilisé près des ferrys depuis le 17 janvier 2025, et destiné à la station de sauvetages en mer de Hiva Oa, fait l’objet d’un drôle de peapea entre le Pays, l’État, la Fédération d’entraide polynésienne de sauvetage en mer, la station de sauvetage en mer de Hiva Hoa et la Codim (la communauté de communes des îles Marquises).
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Recours devant les tribunaux, dialogue rompu entre le ministère en charge des Transports maritimes et la FEPSM, guéguerre entre cette même FEPSM et la station de sauvetage en mer de Hiva Oa. Six ans après la signature en grande pompe d’une convention, et l’officialisation d’une subvention de 120 millions de francs, la vedette Mataa attend toujours de pouvoir naviguer !
Guéguerre entre la FEPSM et la station de Hiva Oa
Retour en arrière : le 3 février 2020, Annick Girardin, alors ministre des Outre-mer, Edouard Fritch, président de la Polynésie française, Félix Barsinas, président de la CODIM et Vetearii Flohr, président de la Fédération d’entraide polynésienne et de secours en mer signent une convention par laquelle l’État et le Pays (60 millions chacun) subventionnent entièrement l’achat d’une vedette d’assistance, de secours et de sauvetage en mer. « La FEPSM va mettre à disposition cette navette à la station de sauvetage en mer d’Hiva Oa », précise le communiqué de l’époque, transmis par le haut-commissariat.
Mais rien ne va se passer comme prévu. C’est la FEPSM, en charge du suivi de la construction de la vedette et propriétaire de celle-ci, qui décide seule, en 2023, de changer la destination du navire. « Nous avons envoyé un courrier d’alerte, confie Vetearii Flohr, car entretemps, les Marquises ont eu une deuxième vedette administrative et deux hélicoptères donc il ne nous semblait plus opportun de leur envoyer une autre vedette ».
Un argument irrecevable pour l’État : « Les hélicoptères n’interviennent pas en mer et sont destinés aux évasans. Quant aux vedettes administratives, elles ne servent qu’aux transports de personnes », confie un proche du dossier.
Surtout, le ton monte rapidement entre la Fédération et la station de Hiva Oa, au point que la FEPSM décide d’exclure la station des Marquises de son association en 2023. Une décision annulée par la justice civile en mai 2025. Dans son jugement le tribunal note que « le président de la FEPSM ne saurait nier avoir témoigné une volonté de s’accaparer la vedette vouée à desservir l’île de Hiva Oa ou, du moins, d’en priver la station de sauvetage en mer de Hiva Oa. » A Hiva Oa, où on dénonce « des problèmes d’égo à la FEPSM », on préfère couper définitivement les ponts avec la Fédération, malgré le jugement.
De leur côté, le haut-commissaire et le président de la Polynésie tentent de ramener tout le monde à la raison. En vain. Alexandre Rochatte et Moetai Brotherson décident alors conjointement de résilier la convention de 2020. Une décision attaquée par la FEPSM devant le tribunal administratif.
Mais la justice déboute une nouvelle fois la Fédération le 18 novembre 2025. Mais même avec la convention cadre originelle résiliée, la FEPSM reste propriétaire du bateau. « Et il faut l’indemniser pour les frais qu’elle a engagés », explique le haut-commissariat même si ce dernier, comme le Pays, regrette qu’elle n’ait pas tenu ses engagements. « Être propriétaire d’une vedette, c’est non seulement suivre sa fabrication mais aussi la réceptionner et la mettre en capacité de naviguer. Rien de tout cela n’a été fait ».
Dès son arrivée à Tahiti (suite à un convoyage depuis le chantier en métropole pris en charge par l’armée), elle a été amarrée dans le port de Papeete mais la FEPSM ne s’en est jamais occupée. Aucun de ses membres n’est même jamais monté à bord…
La fédération réclame près de 31 millions de francs !
Une fois la convention résiliée, la Fédération a sollicité le haut-commissaire et le président du Pays pour négocier le transfert de propriété du navire en demandant le remboursement de ses « charges générales liées à la vedette Mataa ». Dans un courrier du 9 mars 2026, que TNTV a pu consulter, un tableau récapitulatif fait ainsi état de … 30 965 288 francs !
Une note particulièrement salée, notamment quand on y retrouve les frais juridiques des deux procès que la Fédération a perdus ou encore le « préjudice moral des dirigeants de la FEPSM » estimé à 2,5 millions de francs !
Ces dernières semaines le Pays, l’État et la FEPSM négocient. Le plus gros poste de dépenses, un peu plus de 20 millions, ne devrait pas faire beaucoup de débat. Il s’agit du prêt relais, et ses intérêts, contracté par la Fédération en attendant le versement complet des 120 millions de la subvention. Pour le reste, les discussions se poursuivent.
Côté Pays, c’est le ministère de l’Économie qui a pris le relais de celui de Jordy Chan, qui ne veut plus entendre parler de cette affaire. « On a perdu du temps car on a attendu longtemps les pièces justificatives de tous les frais déclarés par la fédération, explique un des négociateurs côté Pays, on est en train de tout rebalayer mais à 90% on devrait tomber d’accord sur leurs montants ».
Ce n’est pas le même son de cloche côté haut-commissariat. Les sommes demandées font tiquer l’État qui compte bien revoir la note à la baisse, sans doute de plusieurs millions, selon nos informations.
« Toute cette affaire est regrettable »
« Mais il faut que cette affaire soit réglée vite, assure le haut-commissariat. C’est délicat, car il ne faut pas que toutes ces polémiques mettent à mal l’intérêt général et le travail à long terme que nous souhaitons soutenir pour redynamiser les missions de la FEPSM ».
Un fin connaisseur du dossier ne dit pas autre chose : « Toute cette affaire est regrettable et le résultat d’un conflit de personnes. Il faut rappeler le bien commun et dépasser cette guéguerre. Il faut remettre la Fédération à flot et réfléchir à comment on structure avec elle le secours en mer dans une zone aussi grande que notre ZEE. La FEPSM, ce sont très peu de moyens et beaucoup de bonne volonté. Avant cette polémique il y avait une belle dynamique du sauvetage en mer, il faut qu’on la retrouve.”
Quant à Joëlle Frébault, présidente de la CODIM, si elle regrette l’attitude de la FEPSM dans cette affaire, elle attend désormais avec impatience la fin de la négociation : « Nous avons besoin de cette vedette. Je dois voir le haut-commissaire la semaine prochaine, j’espère que les choses vont aller vite. »



