De Tahiti à l’Angleterre, la cheffe privée Vaimiti De Chazeaux partage les saveurs du fenua

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De ses premiers plats improvisés pour ses camarades du lycée Gauguin aux cuisines de l'Institut Paul Bocuse, Vaimiti De Chazeaux a tracé son chemin avec passion. Aujourd'hui cheffe privée en Angleterre, la Polynésienne fait rayonner les saveurs et l'art de recevoir du fenua.

De Tahiti… en Angleterre. Passionnée depuis son plus jeune âge par l’art culinaire, Vaimiti De Chazeaux est aujourd’hui cheffe privée pour une famille, de l’autre côté du globe.

La petite-fille de l’ex journaliste Michèle de Chazeaux et fille du chanteur Antoine se souvient de son adolescence à Papeete : « Quand j’étais au lycée à Gauguin, à un moment, on habitait en ville juste à côté. Et le midi, je faisais le ma’a pour mes copains. Je leur disais, venez, on ne va pas à la cantine, je vais faire à manger. Et du coup, comme ça, je pouvais essayer des trucs. Bon, je commençais, donc tout n’était pas forcément réussi », raconte-t-elle.

Vaimiti aurait aimé intégrer le lycée hôtellier, mais son père insiste pour qu’elle suive une filière générale. De temps en temps, la jeune fille s’échappe et trouve des prétextes pour se rendre à Outumaoro. « Quand il fallait faire des exposés, des choses comme ça, je les faisais toujours en relation avec la nourriture. Comme ça, je pouvais m’échapper un peu au lycée hôtellier et commencer à imaginer ce que pourrait être ma vie après, dans la cuisine. »

Son bac en poche, elle s’envole pour l’Hexagone et intègre le prestigieux institut Paul Bocuse (aujourd’hui Institut Lyfe), à Lyon. « Mon papa m’a dit, écoute, si tu veux faire la cuisine, le meilleur pays, c’est la France.(…) Quand je suis partie de Tahiti, mon rêve, c’était d’aller travailler à Paris. Même pas un an après, pour mon premier stage, j’étais là-bas, sur les Champs-Élysées. C’était génial. »

Après ses études, Vaimiti travaille deux ans dans la capitale puis décide de quitter la France. « Je suis bien la petite-fille de ma grand-mère et la fille de mes parents. On est beaucoup voyages », admet-elle en riant. Elle choisit d’abord de partir pour l’Australie. « C’était rigolo. La semaine, je cueillais les fraises. Et le week-end, je cuisinais les fraises pour vendre des crêpes, des sorbets, tout ça, au bord de la route. »

Des expériences aux quatre coins du monde

Vaimiti revient ensuite au fenua. Elle travaille quelques mois à Bora Bora au Four Seasons, puis sur des bateaux et finalement, la jeune cheffe se fait embaucher à Nukutepipi, l’atoll de Guy Laliberté. Là, elle vit une première expérience de restauration privée. « J’étais dans une cuisine où c’était comme un restaurant, mais c’était c’était vraiment pour lui et sa famille. Donc, c’était très intéressant. »

« il faut qu’on se forme ailleurs. Mais il ne faut pas qu’on oublie qu’on a ce truc en plus« 

Après cet épisode polynésien, elle quitte une nouvelle fois le fenua, cette fois direction Saint Barth, puis Madagascar, retour dans l’Hexagone à Courchevel, puis Ibiza…
Des restaurants de plage, aux stations de ski, en passant par les hôtels de luxe, elle tente d’apporter une touche polynésienne. Pour elle, le fenua a des atouts que d’autres n’ont pas : « on a une façon de faire l’hôtellerie et la restauration à Tahiti qui est unique à Tahiti. Et j’ai vu plein de façons de le faire et qui sont très bien. Tu as le luxe français, il y a le luxe côté asiatique... Mais je trouve qu’à Tahiti, on le fait d’une manière naturelle. Et on a essayé pendant longtemps, je pense, même l’école, de nous changer, de nous adapter aux normes d’ailleurs, regrette-t-elle. Quand j’ai voulu faire la cuisine, on m’a dit mais tu es à Tahiti, il faut forcément que tu ailles en France. Donc oui, je suis contente d’être allée en France et ça m’a ouvert plein de portes. C’est bien, il faut qu’on se forme ailleurs. Mais il ne faut pas qu’on oublie qu’on a ce truc en plus. Il y a plein de meilleurs apprentis en France qui viennent de Tahiti, que ce soit en sommellerie ou en cuisine. On a un truc et donc il faut qu’on arrête de se dire qu’on est tout petit. »

Les saveurs du fenua, en Angleterre

C’est à Ibiza, sur une ile privée, qu’elle fait la connaissance de ses clients actuels. « Ils sont venus en vacances sur l’île, et ils m’ont dit « maintenant, viens avec nous ». Et donc je les suis depuis quatre ans un peu partout pour l’été.« 

À 34 ans, loin de la pression du service en restaurants, Vaimiti s’épanouit : « Bien sûr, il ne faut pas gaspiller, il ne faut pas faire n’importe quoi. Mais tu n’as pas le côté rentabilité. Dans un restaurant, il faut faire du chiffre. Ici, mon travail, c’est que ça se passe bien et qu’ils soient contents. Et c’est génial ! J’adore. »
Mais ne nous y trompons pas, la cheffe travaille beaucoup : « quand ils sont en voyage et que je suis avec eux, là, c’est très prenant. (…) Je suis vraiment sur le site avec eux. Quand je suis à Los Angeles par exemple, j’ai un appartement juste à côté de leur maison. Je suis vraiment avec eux tout le temps. Après, quand je suis en Angleterre, c’est un peu différent. Je ne suis pas loin de la maison toujours parce que je suis là pour tous les repas, mais je peux un peu plus bouger. »

À ses clients anglais, Vaimiti partage les saveurs du fenua, du poisson cru au ma’a Tahiti. Elle va jusqu’à décorer pour leur offrir un véritable voyage des sens : « Je vais cueillir les fleurs, je fais les tresses. C’est tout un art pour nous, le fait de recevoir les gens. Et partout où je vais, ça marque un peu les gens. Ils se disent « Ah oui, quand même, tu es cheffe, mais tu fais aussi ça ». En fait, je fais tout parce que moi, quand j’étais petite, ma grand-mère me faisait cueillir les fleurs et on allait décorer les poteaux de la maison quand il y avait des gens. C’est normal chez nous. »

Transmettre et inspirer

L’hiver, la cheffe quitte la famille anglaise pour la France et travaille en station de ski. Un rythme intense qu’elle ne pense pas tenir toute sa vie : « Je ne pense pas faire ça 15 ans, mais encore quelques années, oui. Surtout quand j’arrive à avoir comme ça trois mois de libre pour entrer à Tahiti et profiter de ma grand-mère et de ma famille. C’est parfait. »

Et lorsqu’elle rentre chez elle, Vaimiti a à coeur de transmettre : régulièrement, elle rend visite aux élèves du lycée hôtellier. L’occasion d’inspirer les plus jeunes et de leur donner envie d’aller le plus loin possible. « On est plusieurs arrivés de mondes très différents, à réussir. C’est un métier dur, mais c’est un beau métier. On peut être fiers de nous. On est tout petits, on est au milieu de l’océan, mais on est forts. »


 

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