Elle gère trois sociétés : deux à Tahiti et une aux Marquises. À 43 ans, Heimana Fiori est une cheffe d’entreprises accomplie au parcours atypique. Originaire de Nuku Hiva, elle grandit entre Tahiti et les Marquises. Le sport la passionne. Elle se lance donc dans des études spécialisées dans l’Hexagone.
Après un parcours STAPS (Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives), elle revient au fenua et devient conseillère technique au ministère de la Jeunesse et des Sports mené à l’époque par Tauhiti Nena.
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Plus tard, elle décide de repartir sur le continent avec son mari, cette fois pour travailler dans le social. « Ensuite, on a ouvert là-bas un petit point chaud. C’est un commerce de vienoiseries, de vente de pain etc. Puis, on est revenu ici. Et en fait, c’est à partir de là que je me suis lancée avec mon papa dans le suivi de l’entreprise. »
Elle s’occupe d’abord de l’aspect administratif de l’entreprise familiale dans le BTP. Une première expérience qui la pousse à s’intéresser à tous les corps de métiers. « Il faut connaître le personnel. Qu’est-ce que le personnel fait dans ce métier de bâtiment ? C’est comme ça que petit à petit, j’ai fait la découverte du milieu du bâtiment. (…) Dans la partie technique, j’allais sur le chantier pour voir les équipes, je posais des questions. Quand on n’est pas du métier, on est obligé de s’adapter un peu à l’environnement qu’on découvre.«
Heimana est cheffe d’entreprises mais aussi… juge consulaire (chef d’entreprise bénévole élu par ses pairs pour siéger au sein d’un tribunal de commerce, NDLR). « C’est un autre regard qui apporte aussi un peu notre expérience du vécu d’une entreprise. Quand on voit ce qui se passe avec des petites entreprises, les difficultés qu’elles ont, donc on essaie d’apporter au mieux nos conseils et de diriger un peu mieux aussi certaines entreprises à prendre de bonnes décisions ou à essayer de rattraper un peu le coup, de se dire de ne pas partir en liquidation judiciaire. »
Heimana partage donc ses journées entre les chantiers et le tribunal. « On est obligés effectivement de s’organiser parce qu’on a quand même des journées assez longues en tant que chef d’entreprise. Je travaille des fois jusqu’à 20 heures, même plus. Parce que lorsqu’on a des appels d’offres, on est obligé d’aller au fond du dossier. Et après, je passe aussi mes soirées, on va dire, sur les dossiers aussi de juge pour regarder les difficultés que les entreprises ont pour prendre de bonnes décisions, en espérant avoir pris de bonnes décisions. »
À cela s’ajoute une vie de famille. Son mari travaille à ses côtés. Un partenaire admiratif : « c’est une grande fierté. Elle a les capacités, évidemment, pour répondre à toutes les sollicitations. Et puis, elle nous apporte beaucoup au couple et évidemment dans la gestion des entreprises », confie Mathieu Fiori.
Le couple, parent d’une fille unique, est bien occupé. « C’est un peu difficile parce que des fois, notre fille nous dit qu’on passe plus de temps au travail qu’avec elle, raconte Heimana. Donc ça, c’est un peu délicat de se dire, est-ce que je fais de bons choix ? Je sais que je fais ça pour plus tard, pour elle. C’est un choix de vie qu’on a choisi et elle s’adapte. »
Aux femmes (et hommes) qui souhaiteraient se lancer, elle conseille de franchir le pas : « la formation, elle se fait sur le terrain. Tu n’as pas une formation de base pour te dire qu’il faut faire comme ça ou comme ça. (…) Il faut oser y aller ».
Jeudi, Heimana animera une table ronde sur les femmes inspirantes avec la présidente de la CCISM Terainui Hamblin, Françoise Henry, agricultrice bio reconnue et Delphine Lafont, autre cheffe d’entreprises du fenua. L’objectif c’est de dire « ‘je suis une femme, j’ai réussi à faire ce que je pouvais faire et à devenir chef.’ Je pense que chacune de nous peut faire ça aussi. Il faut avoir confiance en soi. Même s’il y a des échecs, ce n’est pas grave. C’est justement avec les échecs qu’on apprend à se surpasser et aller de l’avant. »
Ce qui motive Heimana ? « Partager les réussites, les erreurs » avec une équipe et « se dire que j’arrive à nourrir des familles ».



