Moetai Brotherson « vit très mal » la proposition d’Oscar Temaru de présider le Pays

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Moetai Brotherson a réagi, ce lundi au micro de TNTV, au communiqué d’Oscar Temaru lui demandant de quitter ses fonctions et se disant « pret à assumer » la présidence du Pays. « Je le vis très mal », a déclaré le chef de l’exécutif. « Si c'est inspiré par certaines personnes autour de lui, je trouve que ces personnes sont des criminels ». Selon lui, le leader du Tavini a « d'un jour sur l'autre 6 ou 7 de tension artérielle ». « On ne peut pas être président d'un pays quand on est dans cet état de santé », dit-il. Interview.

TNTV : Oscar Temaru a rédigé un communiqué de presse dans lequel il dit que si le président du Pays n’est pas capable de garder le cap vers la souveraineté, lui est prêt à prendre cette responsabilité. Qu’est-ce que cela vous inspire ? 

Moetai Brotherson : « Je trouve cela, je ne vais pas dire un peu ridicule, parce que ce serait péjoratif, mais un peu triste de penser ça. Je suis indépendantiste depuis que j’ai 11 ans, ça ne changera jamais. Et ce cap vers la souveraineté, c’est le mien depuis toujours. Je ne suis pas né dans une famille indépendantiste, comme beaucoup au Tavini Huiraatira. Certains sont Tavini Huiraatira, tout simplement parce qu’ils sont nés dans des familles Tavini Huiraatira. Moi, j’ai choisi d’être indépendantiste, c’est différent. Et donc cette conviction, elle ne s’éteindra jamais en moi ». 

TNTV : N’est-ce pas une façon aussi pour Oscar Temaru de doubler Antony Géros et de lui couper l’herbe sous le pied ?

Moetai Brotherson : « Je ne sais pas s’il faut faire beaucoup d’analyses sur ce genre de déclarations. Je pense que le climat, en ce moment, est un peu spécial. On a l’impression que les gens ne savent plus quoi penser. Au milieu de tout ça, le gouvernement, il est là pour gouverner, il est là pour agir, il est là pour œuvrer pour le bien des Polynésiens. Et c’est ce qu’on fait. Tous les jours, on travaille ». 

TNTV : On connaît vos liens avec Oscar Temaru. Il se dit prêt à vous remplacer. Comment le vivez-vous ? 

Moetai Brotherson : « Je le vis très mal parce que, si c’est inspiré par certaines personnes autour de lui, je trouve que ces personnes sont des criminels. Oscar Temaru, aujourd’hui, la réalité, c’est un monsieur très courageux qui a toute mon admiration, mais qui est d’un jour sur l’autre à 6 ou 7 de tension artérielle. On ne peut pas être président d’un pays quand on est dans cet état de santé là. Ce serait le vouer à une mort rapide. Et moi, je ne veux pas de ça. Je m’opposerai à ça ».

TNTV : Pour ménager sa santé, vous avez essayé de créer votre parti discrètement. Maintenant qu’il a fait cette déclaration, est-ce que l’on reste sur une démarche diplomate ? 

Moetai Brotherson : « Je ne suis pas quelqu’un de vindicatif ou d’agressif par nature. Je suis quelqu’un de calme, de posé, de méthodique. Et je n’ai aucune raison de changer ». 

TNTV : Le Tapura vous soupçonne de procéder à des recrutements pour votre parti pendant vos déplacements dans les îles, notamment aux Marquises. Que leur répondez-vous ? 

Moetai Brotherson : « Je réponds que c’est souvent les maris les plus volages qui critiquent leurs femmes et qui les accusent de tous les maux. Franchement, moi, depuis que nous avons créé A Fano Tia, je ne fais pas de prosélytisme. Je n’ai jamais appelé un élu pour lui dire : ‘Viens chez nous et on te donnera ceci ou cela ‘. Ça, ce sont des pratiques auxquelles M. Edouard Fritch et d’autres anciens de la politique sont rompus. On veut de la politique autrement. On veut un changement politique. Et ce n’est certainement pas en reprenant ces pratiques nauséabondes qu’on va y arriver. D’ailleurs, il n’y a aucune logique dans ce qu’il dit puisque les deux nouveaux membres du groupe A Fano Tia à l’Assemblée ne sont pas Marquisiens. Il y en a un qui vient de Tahaa et l’autre qui vient de Tuamotu. Nous, nous étions aux Marquises.  Nous avons appris par les médias le ralliement d’Ernest Teagai au groupe A Fano Tia. La dernière fois que j’ai vu Ernest Teagai, c’était il y a 3 mois, je crois »

TNTV : Vous avez émis une circulaire demandant de passer directement par les ministres et non par les services. Le tapura vous accuse de dérives autoritaires…

Moetai Brotherson : « Là encore, c’est l’hôpital qui se fout de la charité. Je ne suis pas le premier président de la Polynésie française à émettre ce genre de circulaire. Ça a été fait du temps de Gaston Flosse, ça a été fait du temps d’Edouard Fritch. C’est un rappel à la norme. Si M. Fritch a des problèmes avec la norme, à ce moment-là, il faut qu’il se recycle dans autre chose que la politique ».

TNTV : Dans les statuts du parti A Fano Tia, 3 souverainetés sont évoquées, sans spécifiquement parler d’indépendance….

Moetai Brotherson : « D’abord, je crois que les personnes qui ont fait les extraits des statuts qui ont été déposés ont été un peu sélectives et oublieuses du préambule de ces statuts où on parle de cette souveraineté politique. Donc il faut tout lire. Il ne faut pas lire que ce qui nous arrange quand on lit des statuts d’un parti politique (…) La deuxième réflexion, elle m’est personnelle. J’espère qu’elle est partagée par d’autres au sein du parti politique A Fano Tia. Mais je pense qu’elle l’est. Je ne veux pas, moi, d’un parti politique qui ressemble à ces dinosaures dont nous sommes sortis. Ce sont des partis dont les statuts, finalement, ont été discutés dans un cénacle entre quelques personnes et ils ne changent que quand ces quelques personnes sont d’accord. Ce ne sont pas des partis réellement démocratiques. Il y a des congrès qui sont des simulacres de consultation, mais dont la décision est déjà connue avant même que le congrès ne s’ouvre. Nous, nos statuts sont provisoires, tout comme le bureau actuel du parti est un bureau provisoire. Et tout cela sera discuté lors du premier congrès qui se tiendra, on pense, au premier trimestre de l’année 2027. Et nous aurons un dispositif. Nous essayons d’être un parti moderne. Nous avons une ‘app’ qui permet d’adhérer au parti de manière dématérialisée. Et cette même ‘app’ vous permettra de voter lors du congrès ou lors d’autres événements sur des sujets, notamment sur les modifications que vous souhaitez voir introduites dans les statuts du parti. Ça, c’est un parti démocratique ».

TNTV : Vous subissez beaucoup d’attaques. Comment envisagez-vous les prochaines semaines et l’éventuel dépôt d’une motion de défiance ?

Moetai Brotherson : « J’ai été élu le 12 mai 2023. Je crois que le 13 mai, on parlait déjà d’une motion de censure. Donc je commence à être habitué. Je ne vais pas dire que je suis blasé, parce qu’on n’est jamais blasé de ce genre de bêtises. Mais je suis habitué. Je ne vis pas en fonction de ça. Mon gouvernement ne vit pas en fonction de ça. Nous avons des projets, nous avons des dossiers importants que nous devons mener. Et c’est ce que nous faisons tous les jours et jusqu’à tard le soir. C’est ce qui est important. Je crois que les Polynésiens, les motions, les trucs comme ça, aujourd’hui, ils sont fiu. Ça, c’est de la politique à l’ancienne. Ce sont les vieilles marmites qu’on ressort du fond de la cuisine. Ça n’a pas de goût ».

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