TNTV : Le CESEC a rendu un avis favorable pour abroger la réforme du RNS, si l’assemblée suit ce qui semble un peu difficile en ce moment, est-ce que votre gouvernement repartira d’une page blanche ou est-ce que vous maintiendrez le même objectif avec un texte corrigé ?
Moetai Botherson : « Nous, nous avions déjà préparé, avant que cet emballement politique se fasse autour de ce projet d’abrogation, une LP qui vient corriger certains paramètres de la LP qui a été adoptée sur la réforme du RNS, ce qu’on appelle une loi Balai. Maintenant, si l’abrogation passe, il n’y aura plus d’utilité de passer cette loi Balai et je laisserai ceux qui voteront l’abrogation la responsabilité de prédire la suite. Moi, en tout cas, ce que je sais, c’est que si cette abrogation passe, si elle est votée, en tout cas le 21 mai, elle ne s’appliquera pas le 21 mai. Il faudra attendre le mois d’octobre, le temps que tous les recours, les délais légaux soient épuisés. Donc j’encourage tous ceux qui doivent se déclarer à la CPS à le faire ».
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TNTV : Malgré ce risque d’abrogation ?
Moetai Botherson : « Oui, parce que le risque qu’ils prennent s’ils ne se déclarent pas, il est bien supérieur à celui qu’ils encourent si l’abrogation passe ».
TNTV : Si l’abrogation est adoptée, ce sera un retour au texte de 2022 ?
Moetai Botherson : « Ce sera un retour au texte de 2022. Ce sera un retour finalement à une cotisation au premier franc pour les doubles affiliés, contrairement à ce que nous nous proposons, qui vient fixer des planchers sur les loyers, sur les dividendes ».
TNTV : Une double cotisation qui n’était cependant pas appliquée avec la réforme de 2022. Il fallait prendre des textes d’application. Le gouvernement précédent ne l’a jamais fait. Donc c’est vous qui allez le faire ?
Moetai Botherson : « Non, on n’a pas besoin. La lecture des juristes est très claire là-dessus. Il n’y a pas besoin d’arrêtés d’application pour que la double affiliation et la cotisation au RNS pour les doubles affiliés soient obligatoires sur l’ensemble de leurs revenus au premier franc ».
TNTV : Ce retour au texte de 2022 a été perçu un peu comme une menace, comme une pression par les syndicats lors du 1er mai. C’est en tout cas ce qui a été inscrit dans l’avis du CESEC. Comment est-ce que vous réagissez ?
Moetai Botherson : « Écoutez, s’il ne faut pas dire aux gens la réalité des implications d’une action politique, à ce moment-là, on ne peut plus rien dire. Moi, je n’ai menacé personne. J’ai simplement expliqué aux gens ce qui allait se passer si l’abrogation, au terme des recours qui seront certainement déposés, si elle devait être finalement adoptée par la justice, il faut que les gens soient informés des conséquences ».
TNTV : On peut donc s’attendre à un retour au texte de 2022 qui prévoyait déjà la double cotisation pour les salariés. L’objectif de ce texte était aussi de lutter contre les abus, on pense aux exemples cités dans les professions libérales. Appliquer l’ancien texte reviendrait à mettre tout le monde dans le même panier sans condition de revenu…
Moetai Botherson : « Ce qui est sûr, c’est que si l’abrogation va à son terme, 24 000 personnes au moins vont se retrouver avec des droits fermés et devront certainement rembourser les prestations qu’elles auraient perçues avant que l’abrogation entre en action ».
TNTV : Et certains salariés devraient également cotiser sur des patentes qui finalement ne leur rapportent quasiment rien….
Moetai Botherson : « Non, puisque nous avons encore une fois fixé des planchers en deçà desquels vous ne cotisez rien. Il ne faut pas tromper les gens. Cette réforme du RNS, elle vient protéger les petits patentés. Ceux qui ne sont pas contents aujour’dhui, ce sont les très gros, ceux qui ont de très gros revenus ».
TNTV : Mais vous les favoriser aussi puisqu’il y a des plafonds qui ont été fixés 10 millions par mois du 1er janvier 2026 au 30 juin 2026, c’est-à-dire qu’au-delà de 10 millions par mois, on ne cotise plus sur le reste.
Moetai Botherson : « Ce n’est pas dans la LP RNS. Ce sont déjà les conditions qui existent. Les plafonnements des cotisations, ils existent depuis 95. Tien de nouveau sous le soleil ».
TNTV : Mais il n’y a pas eu de changement sur les plafonds.
Moetai Botherson : « On a maintenu les conditions antérieures »
TNTV : Vous avez aussi modifié certaines conditions.
Moetai Botherson : « On a introduit des planchers. Oui, c’est vrai ».
TNTV : Lors de la rencontre du premier mai, vous avez aussi parlé d’une prime « vie chère ». A qui s’adresserait-elle, pour quel montant et à partir de quand ?
Moetai Botherson : « Les conditions d’application sont en train d’être réfléchies entre plusieurs ministères. Celui de la Fonction publique, celui de l’Economie et des Finances. Celui également de la Santé qui est en charge des prestations sociales généralisées. Tout ça doit être équilibré. Tout ça doit être suffisamment incitatif parce que nous ne voulons pas que cette mesure soit restreinte aux seuls fonctionnaires du Pays. Et donc pour inciter les employeurs du privé à aller vers cette prime, c’est un peu ce qui a été fait dans l’Hexagone, ce que certains ont appelé la prime Macron… Il faut que ce soit suffisamment incitatif pour les patrons. Mais je crois que les patrons sont des personnes intelligentes. Ils savent qu’au travers de cette prime, ils peuvent aider leurs employés sans toucher au SMIC, qui lui est un facteur inflationniste ».
TNTV : Qu’est-ce qui peut rendre incitatif cette prime auprès des patrons ?
Moetai Botherson : « Ce sont des exonérations fiscales, des exonérations de charges sociales. C’est tout ça. On peut combiner les deux ».
TNTV : la réforme du RNS était prévue pour compenser la suppression de la TVA sociale. Là aussi, on est allé chercher des cotisations supplémentaires.
Moetai Botherson : « Votre analyse est fausse déjà puisque la réforme du RNS n’avait pas pour objet de venir remplacer la TVA sociale qui n’avait de TVA que le nom. Je vous rappelle que suite à la suppression de la TVA sociale, les régimes n’ont pas été en déficit. La vérité, c’est que la TVA sociale, à l’époque, elle avait été une mesure électoraliste qui venait financer des augmentations, finalement, qui intervenaient juste avant les élections, des minima sociaux ».
TNTV : Vous n’envisagez pas de remettre un jour TVA sociale à 1% ?
Moetai Botherson : « Absolument pas. Elle est par nature inéquitable ».
TNTV : Autre avis du CESEC : La méthode Cap 2033 doit fixer le cap économique du Pays. Mais le CESEC a rendu encore une fois un avis défavorable en pointant l’absence de financement, de calendrier et d’indicateurs fiables. Est-ce un désaveu pour votre gouvernement ?
Moetai Botherson : « Non. Le CESEC est dans son rôle. Le CESEC représente la société civile. Il s’exprime. C’est très bien. Nous étions en discussion ce matin au Conseil des ministres sur cette décision du CESEC. Cet avis qui a été rendu, consultatif encore une fois, je le rappelle, nous en tirerons les conséquences. Et nous allons adapter, finalement, le texte qui sera ensuite transmis à l’APF en fonction des remarques qui ont été faites par le CESEC. Elles ne sont pas toutes négatives. Certaines, à notre avis, sont hors sujet ».
TNTV : Le CESEC a reconnu que de revoir les ambitions à la baisse, c’était une bonne chose, c’était plus réaliste….
Moetai Botherson : « Quelles ambitions ? »
TNTV : Les ambitions notamment touristiques, celles des 600 000 touristes à 450 000 visiteurs.
Moetai Botherson : « Elles n’ont pas été revues à la baisse. Encore une fois, il faut bien analyser les choses. Il faut bien faire son métier. La limite de 450 000 touristes, elle est liée à une limite physique qui est celle de l’aéroport de Tahiti-Faa’a. Dans notre programme politique, nous avons inscrit la création d’un nouvel aéroport à Nuku Hiva. Tant qu’on n’a pas validé cette option, on ne peut pas atteindre les 600 000 touristes. C’est aussi simple que ça ».
TNTV : Il y a aussi la question des hébergements…
Moetai Botherson : « Oui. Mais c’est surtout avant tout l’avis de l’aéroport. Si vous ne pouvez pas faire venir 600 000 touristes à l’aéroport, vous ne pourrez pas atteindre 600 000 touristes ».
TNTV : Cap 2033 vise 55% à 60% d’énergie renouvelable. Mais l’idée d’une fiscalisation du photovoltaïque en autoconsommation a inquiété avant d’être démentie par le gouvernement. Produire sa propre électricité demain en Polynésie, ce sera encouragé, encadré ou fiscalisé ?
Moetai Botherson : « Écoutez, c’est encouragé à telle enseigne que ce matin, au Conseil des ministres, nous avons acté la prise en charge du fret sur les panneaux solaires dans les archipels. Si dans un pays, on ne peut plus réfléchir sans que ça devienne un scandale, à ce moment-là, on ne peut plus réfléchir. Un gouvernement est bien obligé d’examiner toutes les options avant de faire ses arbitrages et de faire ses choix. Il n’a jamais été question de fiscaliser l’autoconsommation du photovoltaïque. »
TNTV : L’énergie nous ramène au contexte économique tendu. Le Pays a abondé le FRPH pour maintenir les prix des hydrocarbures. Mais ce bouclier a un coût budgétaire important. Jusqu’où le Pays peut-il continuer à absorber la hausse internationale des carburants ? Est-ce que les Polynésiens doivent s’attendre à une hausse des prix à la pompe ?
Moetai Botherson : « Nous l’avons déjà dit. Oui, il y aura certainement une hausse des prix à la pompe dans les semaines qui viennent. L’évolution des prix à l’international le commande. On ne va pas vous donner les chiffres aujourd’hui. Mais ça ne sera pas des augmentations de 100 francs ou de 50 francs. Ce sera bien en deça. Ce seront des augmentations qui seront modulées en fonction des secteurs d’activité, puisqu’il faut préserver les secteurs d’activité qui sont très dépendants de l’utilisation d’hydrocarbures. Je pense à nos pêcheurs. Je pense à nos agriculteurs et d’autres secteurs d’activité. Mais oui, cette hausse du carburant, elle a déjà été réalisée partout ailleurs. Nous sommes le dernier pays certainement qui va augmenter ses tarifs à la pompe ».
TNTV : La filière Bois a officialisé la création de son cluster hier. Eux aussi soutaient bénéficier du FRPH. Est-ce que c’est prévu ?
Moetai Botherson : « Il faut d’abord étudier. C’est un secteur effectivement qui utilise beaucoup d’énergie thermique pour le moment. Donc il faut d’abord prendre les chiffres pour qu’on puisse étudier ce que ça représente ».
TNTV : Dernière question, M. le Président. Où en est la formation du nouveau parti politique A Fano Ti’a ?
Moetai Botherson : « Ça suit son cours. Ce sera certainement acté dans les semaines qui viennent ».
TNTV : Qu’en est-il de votre éventuel départ du Tavini ?Moetai Botherson : « Vous le verrez en temps voulu ».



