C’est par une interpellation de Nicole Sanquer que les débats ont débuté, ce jeudi. Relayant l’inquiétude des archipels, notamment celle des Tuamotu-Gambier, la députée a dénoncé l’impact de l’incertitude entourant le renouvellement de la Délégation de Service Public (DSP) sur le transport aérien domestique – prorogée jusqu’au 31 août 2026 -, pointant du doigt des projets touristiques suspendus et des investissements remis en question.
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« Il n’y a jamais eu de prolongation de deux mois » , rétorque Moetai Brotherson. Pour garantir la continuité du service public et éviter toute rupture de desserte dans l’attente des décisions formelles, le délégataire a, nuance-t-il, été « autorisé à poursuivre la commercialisation des vols au-delà des échéances de juin et juillet 2026 » . « Le gouvernement envisage bien une prolongation d’un an dans le strict respect du cadre juridique applicable afin de permettre la continuité des activités économiques et d’assurer le désenclavement des populations » , ajoute-t-il, soit le temps de finaliser le nouveau Schéma directeur du transport aérien domestique 2026-2036.
Un an à défaut de plus. Car, à la question de savoir s’il envisageait une prolongation pluriannuelle de trois à cinq ans de la DSP, le président du Pays a opposé une fin de recevoir. « Une prolongation au-delà de 12 mois ne constituerait plus une mesure transitoire destinée à assurer la continuité du service public, mais s’analyserait comme un renouvellement déguisé ou une modification substantielle du contrat incompatible avec les principes de la commande publique et avec la loi » , explique-t-il.
Au-delà du strict verrou légal, Moetai Brotherson défend une approche de transition face à un système dont l’équilibre financier reste fragile pour le Pays. Pour lui, pas question de « figer le système existant« . Prolonger excessivement le contrat actuel sans en revoir « le périmètre et les équilibres » reviendrait, dit-il, à pérenniser des biais structurels majeurs, tels que des exclusivités sur l’avitaillement, l’assistance en escale et le fret. « La DSP actuelle constitue une avancée par rapport aux dispositifs antérieurs, mais elle reste perfectible », juge-t-il.
Raison pour laquelle le gouvernement planche sur une redéfinition de la DSP, dont la durée serait de 5 à 10 ans. S’adressant enfin aux employés d’Air Tahiti, le président s’est montré rassurant. « Le processus de renouvellement de la DSP ne remet nullement en cause leurs emplois » , promet-il.
Suspicion d’un marché public pipé pour le bassin d’Aorai
Le dossier brûlant de la matinée concernait la préparation des Jeux du Pacifique 2027, et plus particulièrement le retour à Aorai pour les épreuves de natation. Édouard Fritch a ouvertement mis en doute la régularité des procédures de la commande publique, dénonçant un marché déjà ficelé à l’avance avec la société italienne Myrtha Pools, spécialiste dans la construction et le montage de bassins aux normes olympiques.
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La ministre des Sports Vanina Pommier a révélé que le gouvernement avait catégoriquement refusé de s’affranchir des règles de la commande publique, malgré les invitations du président du Conseil des Jeux du Pacifique (PGC) Vidhya Lakhan, pour tenir les délais. Au delà d’une référence, Myrtha Pools, ajoute-t-elle, est une recommandation technique du Conseil. « Cela ne signifie pas que le marché est attribué. Cela signifie que nous travaillons sérieusement avec les acteurs qui connaissent le sujet » , justifie-t-elle.
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Surtout, elle accuse l’opposition de transformer l’infrastructure sportive en opportunité de communication. « En choisissant de faire de la piscine votre tribune, semaine après semaine, vous contribuez vous-même à entretenir la confusion que vous dénoncez », déplore-t-elle.
Décolonisation : « le choix du droit international » devant l’ONU
Autre thème : les relations internationales et le processus de décolonisation, via une question de Steve Chailloux portant sur la stratégie du Pays lors des prochains rendez-vous de l’ONU à Managua et New York, où le Comité spécial de décolonisation (C24) tiendra une session de fond, en juin.
Treize ans après la réinscription de la Polynésie française sur la liste des territoires non autonomes des Nations unies, Moetai Brotherson a expliqué pouvoir comprendre la « lassitude, voire colère » de ses (ex) partisans indépendantistes les plus radicaux. Car ajoute-t-il, « aucun peuple ne peut attendre indéfiniment que son histoire avance » .
Pourtant, le président maintient fermement sa ligne de conduite multilatérale : « Je continue aujourd’hui à faire le choix de la démocratie et le choix du droit international » , réaffirme-t-il.
Le Pays sera représenté aussi bien au Nicaragua qu’aux États-Unis, où l’objectif affiché reste inchangé : pousser la France à ouvrir un véritable dialogue de décolonisation sous l’égide de l’ONU, en finir avec la politique de la chaise vide et obtenir l’envoi d’une mission de visite onusienne. Moetai Brotherson insiste sur sa volonté d’élargir les alliances diplomatiques mondiales vers l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine.
Autant de sujets que Moetai Brotherson n’est pas prêt à lâcher. Le président du Pays exclut toujours une démission, d’autant plus, répète-t-il, que les candidats à sa succession « ne se bousculaient pas au portillon » . Pour le chef de l’exécutif, la configuration actuelle de l’Assemblée impose simplement une nouvelle méthode de gouvernance, plus collaborative, où le gouvernement devra composer texte par texte avec une assemblée « plurielle » .



