Après près de 8 ans de procédure, cette affaire qui avait fait, et fait encore, grand bruit a été audiencée devant le tribunal correctionnel, ce mardi.
Un mauvais moment à passer pour l’ex douanier, diplômé d’un Master en droit des affaires, et licencié il y a quelques jours de l’EPIC Vanille où il travaillait en raison de l’annonce médiatique de son procès.
La genèse du dossier ? Une dénonciation aux enquêteurs de la gendarmerie relative à son train de vie, peu compatible avec son salaire de 480 000 francs comme fonctionnaire.
Entre 2016 et 2019, le quadragénaire disposait en effet de 20 millions de francs sur son compte bancaire, mais aussi de 20 millions en petites coupures dans un coffre fort, et encore 20 millions supplémentaires sur un compte à son nom dans une banque américaine.
Les investigations ont également démontré des prêts en liquide faits à des particuliers, et remboursés par chèques avec un taux d’intérêts élevé.
Resté flou devant les enquêteurs, le mis en cause a fini par expliquer que cette manne provenait de son activité non-déclarée de négociant en perles, mais aussi d’importants gains réalisés dans des casinos de Las-Vegas, pour ce qui est du compte américain.
Mais l’ex-compagnon de la tante du douanier a lui aussi été entendu au cours de l’enquête. Face aux gendarmes, l’homme, également renvoyé devant le tribunal, a reconnu être consommateur d’ice et surtout s’en être fourni auprès du fonctionnaire. Entre 10 et 20 grammes au total, selon lui. Ce qu’il a encore confirmé à l’audience.
“Je ne comprends pas pourquoi il déclare ça”, a lâché à la barre du tribunal l’ex douanier, “je n’ai aucune idée des raisons qui le poussent. Je n’ai jamais vendu de l’ice. A lui, ni à personne. Je conteste fermement ces accusations”.
“L’origine des fonds venait de transactions liées à la perle. Dans ce milieu, tout se paye en espèces (…) C’est commun pour des transactions de plusieurs millions. C’est comme cela que ça fonctionne. Mais J’aurai dû faire les choses différemment et ne pas me lancer dans ces transactions sans les déclarer”, s’est-il défendu.
22 millions d’amende
Reste que la procureure ne l’a pas trouvé “convaincant dans ses explications”. “Il est mis en cause par son oncle. Et le montant des fonds, ce n’est pas rien. C’est de l’ampleur du trafic d’ice plus que de commissions d’intermédiaire en perles. Et son entourage est truffé de gens qui ont de près ou de loin eu affaire avec le trafic”, a-t-elle martelé avant de réclamer une “peine méritée” compte tenu des fonctions occupées à l’époque par le quadragénaire.
En défense, son avocat Me Edouard Varrod, a plaidé la relaxe concernant le volet “stupéfiants” du dossier, en émettant de “très sérieux doutes” sur les déclarations de l’oncle.
“Lors des perquisitions, les gendarmes n’ont découvert ni stupéfiants, ni balance de précision. Et il n’y a aucun échange sur les téléphones parlant de stupéfiants. Ils n’ont rien trouvé. Il n’y a aucun élément matériel”, a-t-il dit.
Le tribunal s’est finalement rangé à l’avis du parquet. L’ex-fonctionnaire a été reconnu coupable de l’intégralité des faits qui lui sont reprochés. Il a été condamné à 4 ans de prison ferme avec mandat de dépôt différé. Il sera donc écroué d’ici quelques jours.
Le tribunal a également assorti la peine d’une amende de 22 millions de francs. Son avocat a annoncé qu’il allait faire appel de jugement. Quant à l’oncle, il a écopé de 2 ans avec sursis.



