Des requins-marteaux de Rangiroa au Prix L’Oréal-UNESCO : le parcours de Tatiana Boube

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Ingénieure agronome devenue biologiste marine et plongeuse professionnelle, Tatiana Boube recevra mercredi le Prix Jeunes Talents France L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science. Doctorante à l’Université de la Polynésie française, elle consacre ses recherches au grand requin-marteau, une espèce en danger critique d’extinction dont elle tente de mieux comprendre les déplacements et les habitats à Rangiroa.

Elle aurait pu travailler dans les champs et étudier les plantes. C’est finalement sous l’eau que Tatiana Boube a trouvé sa voie.

Ingénieure agronome de formation, elle obtient son diplôme à Toulouse en 2017. Mais depuis l’enfance, une idée ne la quitte pas : travailler dans l’environnement marin. « J’ai toujours voulu travailler dans l’environnement marin dès mon plus jeune âge. C’est assez flou d’où ça vient, mais pour moi, c’était la seule voie qui m’inspirait. »

 

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Après ses études, elle part à l’étranger travailler pour des ONG et acquérir de l’expérience dans le suivi des écosystèmes marins. En 2019, elle arrive en Polynésie française et rejoint Mokarran Protection Society dès la création de l’association. À Rangiroa, elle devient d’abord coordinatrice scientifique et participe à l’acquisition des premières connaissances sur les grands requins-marteaux qui fréquentent l’atoll.

« On avait gratté la surface, on comprenait qu’il y avait une population qui semblait être assez importante, uniquement de femelles à une période de l’année. Et derrière, en fait, qu’est-ce qu’il en était ? Où est-ce qu’ils allaient ? Pour quels besoins ? Peut-être qu’il y en avait qui étaient sédentaires ici à l’année ? C’était toutes les questions. Et donc pour aller plus loin, il fallait aller au-delà de la photo-identification, parce que c’est une espèce qui ne fait pratiquement pas surface. »

Sept années consacrées aux grands marteaux

Pendant quatre ans, Tatiana Boube travaille bénévolement sur le sujet avant de transformer cette passion en projet de recherche. Depuis 2023, elle mène une thèse à l’Université de la Polynésie française dans le cadre du projet Tamataroa, afin de mieux comprendre les déplacements et les habitats du grand requin-marteau.

« Je travaille là-dessus depuis 7 ans. Depuis 7 ans, je ne pense qu’à ça jour et nuit. Ce n’est plus que ça, mon quotidien. »

Plongeuse professionnelle, la chercheuse étudie notamment la manière dont l’espèce utilise les différents milieux de Rangiroa : le large, la passe de Tiputa et le lagon. L’objectif est de déterminer où les requins se déplacent, combien de temps ils restent dans certaines zones et quels usages ils font de ces habitats.

Ces connaissances doivent permettre de mieux protéger une espèce classée en danger critique d’extinction. L’enjeu est d’autant plus important à Rangiroa que l’atoll accueille de nombreuses activités touristiques, notamment la plongée et la navigation.

« Qu’est-ce que c’est protéger une espèce, si on ne sait pas où elle va, combien de temps elle reste, pour quels besoins elle est là ? Du coup, l’idée, c’est de rassembler la connaissance, pour pouvoir fournir cette info au gestionnaire, à la commune de Rangiroa, pour qu’ils aient ça en tête dans les activités qui se développent sur l’île. C’est-à-dire qu’à l’heure actuelle, il y a quand même une augmentation des activités, et si on ne sait pas dans quelle mesure on vient empiéter sur les habitats de cette espèce, on peut potentiellement, involontairement, sans le savoir, faire disparaître cette espèce ici localement aussi. »

Une recherche récompensée par L’Oréal et l’UNESCO

Ce travail vaut aujourd’hui à Tatiana Boube de figurer parmi les lauréates du Prix Jeunes Talents France L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science, qu’elle recevra mercredi.

Depuis 2007, la Fondation L’Oréal et l’UNESCO distinguent chaque année en France 35 jeunes chercheuses prometteuses, sélectionnées parmi plusieurs centaines de candidatures par un jury d’excellence de l’Académie des sciences. Le programme entend soutenir les femmes scientifiques à une étape déterminante de leur carrière et contribuer à lutter contre les inégalités qui persistent dans le monde de la recherche.

Les doctorantes récompensées reçoivent une dotation de 15 000 euros, soit environ 1,79 million de Fcfp, destinée à soutenir leurs travaux. Pour les post-doctorantes, cette dotation atteint 20 000 euros. Les lauréates bénéficient également de formations en communication et en leadership afin de mieux valoriser leurs recherches et de les accompagner dans la suite de leur parcours scientifique.

Pour Tatiana Boube, la recherche passe aussi par la transmission des connaissances acquises sur le terrain. « Prendre ce temps de restitution qui est extrêmement important pour que les gens aussi regagnent confiance en la science. Malheureusement, à l’heure actuelle, il y a de plus en plus de méfiance vis-à-vis des scientifiques, vis-à-vis de la science. Et donc prendre ce temps-là, de restitution, pour moi, c’est hyper important. »

Un travail qu’elle ne revendique pas seule. Depuis sept ans, pêcheurs, plongeurs et scientifiques contribuent à mieux comprendre les grands requins-marteaux de Rangiroa. Avec, derrière chaque donnée recueillie, un même objectif : mieux connaître cette espèce encore mystérieuse pour mieux la protéger.

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