Fuite d’eau, atelier étroit, tour à glace délabré… les infrastructures du port de pêche sont en fin de vie. Certains aménagements ne répondent plus aux normes sanitaires. Dans ces conditions, difficile pour les pêcheurs de travailler correctement. Alors, tripler l’effort de pêche est impossible, sans atelier de transformation adapté.
« Plus tu vas valoriser le poisson, mieux ce sera, que ce soit pour le marché local mais également pour l’exportation, explique Yann Ching, président de l’Association des armateurs de pêche hauturière. Demain, on ne s’interdit pas de pouvoir transformer le poisson de pmanière un peu plus poussée ici pour pouvoir l’exporter. Donc, ce sont des scénarios qui méritent d’être étudiés parce qu’il faut que la valeur ajoutée reste en Polynesie française. Mais pour ça, on a besoin d’infrastructures dignent de ce nom et d’étendre le port de pêche. »
– PUBLICITE –
Et pour viser l’export, encore faut-il pouvoir proposer du thon à nageoires jaune et du thon obèse. Du thon rouge prisé des marchés étrangers. Les pièces, de 20 à plus de 30 kilos, représentent 90% des exports. Or, l’évolution des captures affiche une part importante de thon blanc : 88% de plus l’année dernière. Si les volumes atteignent 7 à 8000 tonnes, la capacité d’export diminue. L’année dernière, les exportations ont chuté de 30%. « Le marché local a pu quand même l’absorber mais on a dû effectivement tirer sur notre trésorerie pour pouvoir survivre, on va dire, à cette année un petit peu spéciale. »
D’où l’inquiétude des pêcheurs devant l’extension des réserves intégrales, des zones susceptibles d’englober les couloirs de migration des thons rouges. L’enjeu est désormais ailleurs : créer de nouveaux débouchés sur le thon blanc et conquérir de nouveaux marchés en Polynésie comme à l’international.
Pour Vatea Moarii, co-gérant de la société Ocean Products Tahiti, et vice-président de l’association des armateurs de pêche hauturière, « on a une filière où il y a toute la partie vraiment de transformation primaire qui est déjà plutôt bien équipée mais qui, voilà, dans certains cas nécessite quand même d’être rénovée, rafraîchie. Et ensuite, par contre, en ce qui concerne l’avenir de la filière, il va falloir qu’on s’oriente de plus en plus vers la transformation secondaire, c’est-à-dire créer plus de valeur à partir de nos produits. »
Poisson fumé, mariné, séché, ou sashini conditionné, à défaut de quantité, les mareyeurs visent la qualité. Mais pour ces produits à forte valeur ajoutée, il faut plus d’ateliers de transformation secondaire. Un projet qui ne figure pas encore dans le schéma directeur du Port de Pêche. Les mareyeurs sont pourtant nombreux à lorgner sur la zone de stockage des appâts. « Ça serait un nouveau relais de croissance et donc en fait aujourd’hui effectivement c’est clairement une orientation importante pour la filière. On est un peu à ce tourment-là. »
Mais le schéma directeur ne se limite pas aux infrastructures, il prévoit aussi de sortir les traiteurs du Port, où sont vendus 4000 à 5000 plats par jour. « On a identifié une opportunité de pouvoir aménager l’ancien bâtiment de la DPAM, qui se situe le long de la Papeava, et de pouvoir y construire donc au rez-de-chaussée une hall de vente pouvoir sortir le flux de personnes à l’extérieur du Port de Pêche, et ça permettra donc, à terme, de pouvoir sécuriser la zone du Port de Pêche« , détaille Timeri Sommers, ingénieure en charge des opérations au port autonome.

Mais la refonte du Port de Pêche est conditionnée par le futur pôle de réparation naval à Fare Ute. Celui-ci devrait accueillir les chantiers CNPS et Technimarine afin de libérer de la place pour les pêcheurs.



